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Pôles opposés — ft. Seiun

Wara Kamui
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Sam 15 Jan 2022 - 19:18
La rencontre du troisième type ici retranscrite eût lieu avant le soporifique Sommet de la Coalition,
et fut bercée par le frisquet zéphyr de l'automne 204.


Un homme à tout faire, voilà le rôle qu'avait tenu Kamui toute la journée. À croire que la casquette de soldat-mercenaire ne suffisait plus, on lui avait attribué celles de manutentionnaire et de baladin. Il fallait comprendre l'Empire : à leurs yeux, le pseudo-Wara n'était qu'un soldat tout frais, qui avait de petites tendances irrévérencieuses et tête en l'air. Un trublion pas bien méchant, mais qui n'avait pas encore prouvé sa fiabilité — le type parfait à qui refiler les tâches ingrates, pour les liquider et le mater par la même occasion.

Épaulé de quatre soldats vétérans, il avait été affecté à l'escorte et au transport des biens d'un riche marchand au sein de la cité. De la vieille noblesse, qui était partie se terrer quelque part pour échapper à la guerre, avant de revenir se cacher derrière les douves et murailles du Retour de Flammes. Une personnalité qui n'inspirait pas grande sympathie à Kamui, en somme, lui qui avait un passif avec les suffisants de son acabit. Son apport financier à la cité lui en touchait une sans faire bouger l'autre.

Pour autant, il s'agissait d'une mission, et les valeurs du colosse au coeur tendre lui intimaient de toujours respecter la parole qu'il avait donnée et la confiance qui lui était accordée.

Alors il s'exécuta sans broncher... ce qui poussa les vieux briscards à le regarder faire, sans doute, et à profiter de son travail pour se la couler douce. Pire encore, son entrain avait inspiré le client qui le fit même décharger les charrettes à la main.

Mais par dessus tout, véritable cerise sur le donburi, la vieille mégère qui servait de femme au marchand s'était mise en tête de lui causer sans arrêt, et même de lui faire du rentre dedans dans le dos de son mari.

« Monsieur Kamui ? Monsieur Kamui ! criait-elle, enjouée et insistante. Vous savez, nous aurions bien besoin d'un garde du corps aussi grand et fort que vous...
J'entends bien, madame, mais je...
Vous n'êtes plus dans votre prime jeunesse, que songez-vous faire après votre service dans l'armée impériale, hmmm ? surenchérit-elle, interrompant le soldat, sans gêne. »

Plus dans ma prime jeunesse ? se répéta-t-il intérieurement, aussi vexé qu'affolé. Qu'est-ce qu'elle me chante, la vieille peau ? Mais avant qu'il ne puisse rétorquer à l'injure, Kamui fut coupé par l'intervention du client, jaillissant de l'entrebâillement de la porte de son nouveau domicile avec un grand sourire.

« Monsieur Kamui ! »

Je commence à en avoir ma claque...

« Plus qu'un coffre pour aujourd'hui ! Vous pouvez aller le chercher aux portes de la cité.
À pied ? souffla Kamui.
À pied. L'un de vos collègues m'a rapporté que le chariot a cédé sous le poids de mes richesses ! Mauvaise nouvelle, n'est-ce pas ? dit-il en éclatant de rire. »


Sur le chemin du retour...


L'énorme coffre hissé sur son épaule, l'exilé cheminait sous le ciel qui se teintait des couleurs du crépuscule, la lune reluisant timidement au-dessus de sa tête baissée. Il était plongé dans une profonde réflexion existentielle, ignorant les regards interloqués qui l'accompagnèrent jusqu'à l'embouchure de la ruelle dans laquelle il s'engouffra pour couper au travers des quartiers Sud. S'il avait su qu'il aurait à mettre sa prodigieuse force à de telles fins, il aurait fait un peu plus d'efforts pour dissuader l'autre héritier de les embrigader dans les rangs impériaux.

Pensif, mais pas distrait pour autant, Kamui n'avait pas fait l'impasse sur l'étrange impression d'être suivi qui avait germé depuis peu dans un coin de son cône. Bercé par le tintement métallique des objets qui s'entrechoquaient dans la malle au rythme de ses enjambées, il lançait quelques oeillades furtives autour de lui, à la recherche de ce qui pouvait bien mettre ses sens en alerte.

Au beau milieu des ruelles d'Urahi, en soirée, il était presque isolé de tous. Si un filou — ou un suicidaire — voulait tenter sa chance, le moment était plus qu'opportun.






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Sam 22 Jan 2022 - 14:29
Automne 204
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Les hurlantes nocturnes retentissaient à la chaîne au delà des murs empiriques et de leur béton qui repoussait la faune originelle. Les loups, frustrés, aimaient rappeler que ces terres étaient les leurs, et chantaient chaque nuit leur mécontentement. Des menaces à peine audible qui berçaient pourtant tes marches solitaires les quelques rares fois ou ton esprit s’évadait du centre de recherche. Dernièrement, l’unité prenait trop de ton temps pour que tu t’isoles dans tes propres recherches, te contraignant donc à traîner la patte dans des rues abandonnées à elles même. La nuit: peut ou pas d’ombres, beaucoup se reposent, beaucoup craignent de s’aventurer sans compagnie sur des terres trop habituées à brûler de l’intérieur.

Les mutineries menaçaient chaque règne, chaque ordre, chaque personnalité: et ce côté hydrique de l’Empire était tout autant sa force que sa faiblesse. Une convergence d’opinion n’arriverait jamais, le bateau serait instable, coulerait, renaîtrait avec une nouvelle structure, et ce jusqu’à la nuit des temps. Une situation qui te convenait à merveille, car la stabilité dévorait l’oubli et l’anonymat. Tout acte devenait marquant, les grands noms s’installaient et ne laissaient plus de place à l’impulsion, aux divergences.

Ruminant sur ton nouveau statut déjà bien trop clinquant à ton goût, consciente d’en avoir besoin pour vivre indépendamment des ordres donnés aux soldats de bas étages, mais aussi prisonnière de la trace indélébile qu’elle laissait derrière toi. Tu étais identifiée, cernée; probablement incomprise. Tes caprices devenaient silencieux, dissimulés derrière des règles bâtardes liées à ce régime. Il n’y avait plus de place pour les mesquineries, la barbarie et les concours de circonstances qui te positionneraient en prédatrice constamment en alerte.

Perchée sur des murs trop hauts pour être de simple délimitations, trop bas pour devenir forteresse, tu avançais en suivant de loin un besogneux crouler sous la taille du coffre qu’il portait. Les rayons lunaires ne permettaient que de dessiner les contours de la bête immonde que cette action créait. Un réflexe singulier, viscéral, fait germer des mains curieuses qui serpentent le long du mur, s’approchant dangereusement de la charge. En un instant, la serrure est forcée, et la boîte dégueule son contenu dans un fracas tantôt métallique et boisé. Les objets avaient comme roulé sur leur porteur avant de s’écraser au sol; les moins résistants d’entre eux s’était brisés sur le coup, les autres appelaient simplement à être récupérés.

Tu bondis quelques secondes plus tard devant le travailleur, affichant un sourire à moitié ombragé par la nuit.

- Besoin d’aide ?

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Dim 23 Jan 2022 - 21:36
Le vacarme des biens qui, comme animés par l'âme irritante de leurs possesseurs, s'étaient mis à choir fit office d'ultime goutte d'eau. Pris de colère, Kamui envoya voler le coffre presque vide contre le sol poussiéreux de la ruelle, en poussant un grognement rauque et empreint de tout l'agacement qu'il avait amassé jusque là. Porter une telle charge à lui seul, si ce n'était pas un véritable problème pour quelqu'un de son gabarit, lui faisait l'effet d'un crachat à la gueule. Il était soldat, sa mission était de veiller à la sécurité du convoi et de ses occupants ; or, il se retrouvait à devoir supporter les roucoulades d'une mégère bouffie en fin de vie, en portant ses affaires de surcroît.

« Je me laisse encore entraîner dans ce genre de merdes... grommela le moine, contemplatif du carnage qui l'entourait. »

Puis, un cheveu vint se déposer en plein dans la soupe déjà nauséabonde qui lui était servie ; une femme à la drôle de ganache s'était matérialisée au beau milieu des ténèbres qui cernaient l'étroit passage, et lui proposait maintenant son aide.

Kamui n'eût pas besoin de se froisser un neurone pour déduire qu'il avait affaire à un drôle d'oiseau, de mauvaise augure par-dessus le marché.


« C'est bien aimable à toi, mais ne te dérange pas pour moi ; c'est de ma faute, même si j'avoue que je suis également tenté de tout laisser ici, confia-t-il de prime abord. »

De la pointe de sa lourde botte, il retourna l'une des coupes d'un service de thé ouvragé qui reposait à ses pieds. Fracassé lors de sa chute, il était irrécupérable et avait très certainement perdu toute sa valeur. À la moue qu'il fit, il n'était pas bien de deviner qu'il était profondément dégoûté. Ses traits se détendirent à peine lorsqu'il posa son regard sombre sur la femme drapée d'ombres, arriviste providentielle qu'il n'avait jamais vue auparavant. Qu'un soldat ignore l'apparence de la Porte-Parole de son Empire était assez cocasse, mais il fallait souligner de quel olibrius il était sujet : Kamui était un nouvel élément, pas bien attentif aux détails, mais surtout initialement assez désintéressé de la politique impériale.

Pas étonnant, donc, qu'il s'adresse à l'ange de jais comme s'il s'agissait d'une simple fouineuse.

« J'ai pas vérifié si le coffre était bien fermé, au départ, mais connaissant le bonhomme... je pense qu'il l'avait verrouillé, à double tour, poursuivit l'exilé. Je ne vais pas t'accuser, petite, mais je te demanderai de pas trop patouiller la marchandise. Je peux ramasser ça tout seul. »

Son ton se fit plus ferme, sans appel. C'était une mise en garde. Kamui n'était pas un homme violent, en dépit de l'éducation qu'il reçut ; de plus, il refusait l'éventualité même de frapper une femme, rétrograde qu'il était. En revanche, il était prêt à faire usage de la force et de la Lumière, pour repousser cette impertinente tissée d'ombres, si elle essayait de chaparder sa cargaison. Il était en mission, et tout remonté qu'il était contre les clients, il n'avait qu'une parole... à priori.


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