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L'alchimiste des montagnes

Nomura Ieyasu
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Mar 8 Fév 2022 - 21:25
« Et… vous avez une idée, de quand elle reviendra ? A peu près, je veux dire…
- Écoute, si tu continues à poser ce genre de questions, il va falloir que j’en réfère au Shishiza, et le petit laissez-passer que tu t’es dégoté.. ? Tu pourras lui dire aurevoir. Non, celle que tu cherches est pas là, et non, t’auras aucune autre info sur le sujet. Maintenant circule avant que ça commence vraiment à m’irriter. »

Ieyasu déglutit non sans peine, le regard bas et la mine déconfite. Peut-être avait-il nourri trop d’espoir, en fin de compte, et ce malgré ses propres réserves. Chiwa Aimi, celle qui dirigeait l’hôpital et était à l’origine de déjà tant de prouesses médicales de renom, n’était pas disponible, et c’était avec elle, sans doute, la possibilité pour le jeune vagabond de recouvrer l’usage d’une main gauche, fusse-t-elle artificielle, qui s’éloignait à tire d’aile.

« Bien merci, je… Désolé de vous avoir dérangé » fit-il en ponctuant sa phrase d’une sobre révérence.

Il tourna les talons, naturellement, peu enclin à déclencher une quelconque forme de conflit avec les autorités de la Roche. Son séjour entre les montagnes s’était pour le moment bien passé, à l’exception de quelques mésententes à propos de l’usage qu’il avait fait de sa chambre, louée à l’une des auberge les moins onéreuses de la cité. Il s’avérait en effet que les tenanciers voyaient d’un relativement mauvais œil qu’on utilise les chambrées afin de se livrer à des expériences alchimiques, et le Nomura n’avait pu qu’acquiescer devant la prégnance de l’odeur qu’avaient laissé ses expérimentations sur le mobilier. L’épéiste autodidacte s’était depuis trouvé un endroit plus propice, pour le temps qui lui restait à passer dans la ville, pour dormir de façon sommaire tout en pouvant installer son matériel sans risque de gêner qui que ce soit. En dépit de son accoutrement de samouraï et de ses armes, Ieyasu parvenait à tisser des relations cordiales avec la plupart des gens qu’il rencontrait, ses traits juvéniles quoique tirés aidant certainement en cela. Cette fois, cependant, face à ce gradé dans le hall du centre médical, sa bonhommie naturelle s’était avérée bien inutile, et c’était bien bredouille que le bretteur commença à rebrousser chemin.

Toutefois, une quinte de toux aux sonorités inquiétantes attira son attention sur le côté, son regard bifurquant immédiatement vers le brancard qui semblait rapidement transiter d’une salle à une autre sous l’impulsion de deux médecins. Instinctivement, son corps s’arrêta net. Il ne semblait pas y avoir d’urgence, dans la façon qu’avaient les deux soignants de déplacer leur patient, mais Ieyasu avait vu, vécu et entendu trop de choses à présent pour ne pas rester bloqué sur cette quinte, qui semblait avoir été prête à arracher les poumons de leur porteur. Interdit, l’alchimiste en herbe songea à ce qu’il pouvait faire. A ce qu’il devait, faire. Expirant alors soudainement par le nez en prenant son courage à deux mains, il laissa finalement parler sa nouvelle confiance en ses compétences et se dirigea vers la salle où avait été emmené le patient, se laissant voir et s’annonçant sans détour dans entrebâillement de la porte.

« Ahem… Excusez-moi, j’ai… J’ai cru entendre que cette personne toussait et-
- Euhm pardon mais qui êtes-vous ? Vous êtes autorisé à entrer ici, au moins.. ?
- A vrai dire, je ne sais pas… mais peut-être...Peut-être que je peux me rendre utile, si vous le permettez. »

Le médecin, qui venait de terminer d’installer le patient confortablement dans la chambre de transit, oeilla Ieyasu avec méfiance tandis que sa collègue accordait à celui-ci un regard en coin tout aussi incertain.

« ...Et comment vous comptez faire ça, ici ? Cet homme a une simple fièvre des montagnes, on sait très bien traiter ça. C’est… gentil de proposer votre aide, j’imagine, mais merci, on se débrouille très bien.
- La… fièvre des montagnes... »

Le Nomura laissa son regard divaguer vers le sol tandis que ses pensées ricochaient à toute vitesse dans son esprit. Il connaissait cette maladie de réputation, et pour cause : nombreux étaient ceux qui la contractaient également à Tetsu dans les hauts sentiers d’altitude. Ce qu’il avait entendu, toutefois…

« ...Pardon d’insister, fit-il en campant soudainement sur ses positions, ses yeux relevés. Je connais cette fièvre. Et je sais aussi qu’elle n’a jamais provoqué d’épanchement pleural. »
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Mer 9 Fév 2022 - 0:47
Interloqués, les deux médecins se regardèrent soudainement avec de grands yeux, oscillant plusieurs fois entre eux et le jeune vagabond qui s’était planté là dans l’entrée de la chambre. Sur le moment, Ieyasu ne sut trop dire si c’était davantage de la surprise ou de l’outrage qui s’était invité dans l’expression des deux médics et pour en avoir le coeur net, il dut faire preuve de patience et attendre leur première réaction. Ce qui, pour le meilleur comme pour le pire, ne tarda finalement pas du tout.

« ...Un épanchement, quoi !? Rappelle-moi qui tu es, gamin !?
- Je m’appelle Nomura Ieyasu, et je veux juste aider, je vous assure. Cet homme… j’ai entendu, sa façon de tousser, et je sais qu’elle n’est pas normale. Je ne suis pas.. Je suis pas médecin, comme vous, mais j’ai beaucoup appris et- »

Le Nomura s’était arrêté de lui-même en voyant la jeune femme se pencher au-dessus du patient, tendre l’oreille de façon on ne peut plus concentrée contre son buste pour tenter de déceler ce que le bretteur manchot avait cru entendre un peu plus tôt. Son collègue, sur le côté, restait vraisemblablement atterré qu’un énergumène, un quidam tel qu’Ieyasu, qui n’avait rien d’un médecin, se permette de faire de l’ingérence au beau milieu de leur routine. Pendu aux lèvres de la médic, le tout jeune homme espérait presque qu’elle lui dise qu’il s’était trompé, qu’il avait mal entendu et qu’un examen plus approfondi confirmerait le diagnostic. Toutefois, le regard de l’eiseinin s’assombrissant, il comprit bien vite qu’il avait vu juste.

« ..Il a raison.
- Qu- Quoi ? Fit-il en se retournant vivement vers sa collègue.
- Je n’en connais pas beaucoup sur le sujet… mais j’ai beaucoup lu. Si c’est une infection, il aura besoin d’un concentré de Balisse et d’un concocté de Vesse-de-loup. En plus du drain, enfin je crois... »

Face aux regards insistants et inquisiteurs des deux eiseinin, Ieyasu n’eut d’autre choix que de s’expliquer, autant qu’il lui était possible, la raison de sa sagacité si sélective sur le sujet de la pathologie qui frappait vraisemblablement le patient qui était alité là.

« ...J’ai lu, je vous dis. Tout un tas de bouquins, pour en apprendre plus sur l’herboristerie, sur l’alchimie. Dans l’un des chapitres… le cas de l’épanchement était spécifiquement pris en exemple, pour la mise en œuvre de ces préparations. »

La coïncidence était à la fois extrêmement fortuite mais aussi infiniment bienvenue, surtout si elle pouvait ultimement permettre au jeune Nomura de participer à sauver la vie de ce patient. Ou du moins, de lui éviter des chirurgies qui se seraient avérées bien dispensables.

« Tu… Vous avez ça avec vous ?
- Non je… Il faut... »

L’esprit du samouraï autodidacte tourna soudain à mille à l’heure, tandis que tous les ingrédients et les outils nécessaires défilaient dans sa tête pour tenter de tout lister, de ne rien oublier. Et surtout, d’évaluer dans combien de temps il serait en mesure de fournir les décoctions qu’il avait mentionné. Soudain, lorsqu’il eut tout compilé en son for intérieur, son regard s’illumina, toujours grave malgré tout vues les circonstances, et alla fixer ceux des deux médecins.

« Je reviens au plus vite… ! »

Sans demander son reste, Ieyasu fila alors au dehors de la chambre, vers la sortie de l’hôpital. Les ingrédients. Il lui fallait les ingrédients, et vite. Comment, où, qui ? Qu’est-ce qui serait le plus rapide ? Kisuke pouvait-il l’aider ? Était-il sûr que l’alchimiste Hyûga aurait les bonnes substances à disposition ? Rien n’était moins sûr. Le jeune vagabond savait où trouver les matières premières à l’état sauvage. Il savait comment les préparer. Il avait le savoir, la rigueur, la précision. Ce qu’il ignorait… c’était si il aurait le temps de tout faire par lui-même.
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Mer 9 Fév 2022 - 15:34
Vesse-de-loup et Balisse. Ces deux ingrédients, songea le Nomura, étaient relativement rares dans les reliefs montagneux : si il ne voulait pas perdre de temps à en chercher dans les environs directs de la cité, qui était cerclée de reliefs escarpés, alors il devrait s’éloigner, trouver une zone forestière moins marquée par les remous telluriques millénaires typiques de la région. Cette conclusion dommageable mais inévitable mise au clair dans son esprit, Ieyasu se hâta de rejoindre les Crocs Rocheux, enregistrant rapidement son départ très temporaire auprès des gardes en poste, et fila à toute allure jusque dans les terres sauvages en s’éloignant le plus possible des axes de circulation qui desservaient la cité de la Roche. L’épéiste était loin d’avoir des connaissances médicales abouties, celles-ci se limitant à des bribes rudimentaires glanées ça et là dans les ouvrages qu’il avait parcouru, et c’était déjà un miracle qu’il ait ainsi vu passer devant lui un cas d’école décrit dans l’un de ses tomes dédiés aux applications de l’herboristerie. Le samouraï ignorait combien de temps mettait un symptôme tel qu’un épanchement pleural pour devenir réellement dangereux pour celui ou elle qui en était victime : dans le doute, maudit par son ignorance, il devait faire vite, très vite.

Se propulsant à travers une forêt de pins, le Nomura commença à ralentir sitôt qu’il prit mieux conscience de la nature du terrain, feuillu, humide, propice à la prolifération de champignons. Son regard alors bifurqua plus précisément vers le sol, sa course s’infléchissant également pour s’en rapprocher et pouvoir lire les signes, décrypter la Terre et ses fruits. Presque frénétiques, les yeux de l’alchimiste en herbe oscillèrent en tout sens, tâchant de repérer les traînées de mousse et le lignage des arbustes pour déterminer où il lui serait le plus facile de trouver ce qu’il cherchait. Avec méthode quoi qu’avec également beaucoup d’empressement, Ieyasu remonta le filon invisible qui reliait entre elles les variétés végétales, se penchant vers le sol et faisant glisser sa main unique au ras des stolons et des feuillages. Soudain, son regard pointa plus loin devant lui, vers l’écorce vieille et robuste d’un grand résineux, puis redescendit au pied de celui-ci. Il força la cadence, détailla les couches de mucus,…

« ….Oui ! »

La Vesse-de-loup. Les champignons marrons aux nervures caractéristiques trônaient là, presque fièrement, en attendant d’être recueillis. Triomphant, le vagabond ouvrit un sac de toile qu’il réservait à cet usage et y déposa précautionneusement le précieux ingrédient, en quantités largement suffisantes il l’espérait pour pouvoir palier quelques échecs potentiels dans la préparation de sa décoction. Ragaillardi par sa trouvaille, Ieyasu se redressa alors, plus déterminé que jamais, en faisant darder son attention loin au-dehors du bois où il se trouvait. La Balisse aimait les grands espaces, et il aurait de grandes chances d’en trouver non loin d’une exploitation agricole comme celles devant lesquelles il était déjà passé lors de son arrivée à Iwa. Sans tarder, il se remit donc en route vers les grands axes, fendant l’air en ne s’épargnant aucun effort et tâchant de repérer au plus vite les signes caractéristiques qui témoignaient d’une exploitation à grande échelle des ressources de la Terre. Au loin, les lignes des sommets et des crêtes qui entouraient le village tout proche imposaient leur silhouette majestueuse, et l’épéiste errant faillit se laisser aller à leur contemplation avant de se focaliser à nouveau sur la mission qu’il s’était fixé.

Des champs. Ignorant les regards autours de lui des caravaniers et autres voyageurs qui se rendaient vraisemblablement à l’ancienne Rokkusu, le Nomura traversa la grand route et fonça vers les haies d’arbustes en bordure de l’exploitation. Comme il l’avait escompté et espéré, la couleur violacée typique des baies qu’il recherchait apparut distinctement sous ses yeux, les tiges robustes qui les portaient en cette saison faisant ressortir aisément leur rondeur salvatrice au côté des herbes hautes et éparses. Un sourire béat aux lèvres, le tout jeune homme décrocha de son ceinturon un autre petit sac en toile dans lequel il déposa une douzaine de baies, avant de se redresser et de reprendre prestement la route des Crocs Rocheux. Il devait à présent rejoindre son laboratoire improvisé dans ce grenier qu’il louait, et vite, avant qu’il ne soit trop tard : l’alchimiste débutant avait beau avoir été efficace pour obtenir ses matières premières, tout restait à faire, et la vie d’un homme était potentiellement entre ses mains.
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Jeu 10 Fév 2022 - 14:49
L’épéiste manchot faillit trébucher en montant les marches de la grande bâtisse dans le grenier de laquelle il s’était installé – avec l’approbation des propriétaires et contre Ryos sonnants et trébuchants, bien sûr –, mais il reprit prestement son équilibre en se rattrapant sur sa main unique, filant dans l’atrium en colimaçon avec une seule idée en tête : réussir à concocter les antidotes dont le patient de l’hôpital avait besoin pour guérir de son infection pulmonaire supposée. En trombe, Ieyasu fit irruption dans ce qui lui servait désormais à la fois de chambre à coucher et de laboratoire relativement spartiate mais fonctionnel, décrocha son ceinturon et le plaqua sur son établi de fortune avec son coude gauche pour pouvoir récupérer ses petits sacs de toile à l’aide de sa dextre. Soigneusement, il commença alors à déposer quelques extraits des ingrédients qu’il était allé chercher au dehors de la cité de la Roche dans de petites coupelles, glanées quelques jours plus tôt grâce au soutient de Kisuke. Le Nomura, soucieux de ne rien laisser au hasard, s’en retourna dans un coin de la pièce exiguë pour attraper l’ouvrage dans lequel il avait vu exposé en détail l’exemple qui lui avait permis de détecter l’épanchement pleural au centre médical, bloquant les pages lourdes et usées du livre du bout de son moignon pour passer les lignes successives en revue avec son index.

« ...Concasser… Infuser. Un peu de Salpêtre pour augmenter l’imprégnation… Ne pas excéder quatre-vingts-sept degrés… J’espère que le thermomètre va tenir le coup... »

Son regard se rehaussa en direction de son matériel, installé sur la large table en bois brut et usé. Il y avait bien là tout ce dont il avait besoin, pour peu qu’aucun élément de la chaîne ne s’avère défectueux en cours de route. Son indicateur de température, en particulier, n’avait pas toute sa confiance étant donné son état apparent, mais l’homme qui le lui avait vendu l’avait testé devant lui et lui avait assuré avec une verve certaine qu’il pourrait encore remplir son rôle bien des années avant de flancher. Tout le procédé de fabrication remis en tête, Ieyasu se redressa et entama les phases préliminaires de la préparation. Cela lui avait pris des semaines, à l’époque, afin de s’acclimater un tant soit peu à la perte de sa main gauche pour parvenir à exécuter les actions les plus simples et routinières. Pendant un temps, le bretteur de Tetsu avait même cru qu’il ne parviendrait plus jamais à manier convenablement ces lames, pour lesquelles il avait pourtant développé une affinité innée au fil de son apprentissage solitaire à l’ombre des grands arbres qui jouxtaient l’exploitation familiale. Chemin faisant, à force de résilience de l’esprit, d’adaptation et de concessions sur les formes de combat qu’il avait historiquement privilégié, le Nomura était parvenu à recouvrer un niveau d’efficience qu’il jugeait convenable.

Aujourd’hui, il en allait de même pour sa dextérité dans l’usage de ses béchers, alambics et cycles de condensation-distillation, à la différence que bien des actions qu’il avait dû apprendre à maîtriser pour manipuler tout ce matériel, il les avait apprise alors que sa main gauche lui avait déjà été enlevée. Un aveugle de naissance, disait-on, parcourait le monde avec bien plus d’aisance et de philosophie que celui à qui l’on avait enlevé la vue après des années passées à se reposer sur ce sens fondamental. Le dérivé de cette théorie se vérifiait, une fois de plus, tandis que la dextre esseulée d’Ieyasu s’affairait en enchaînant la mise en forme des ingrédients, leur transfert, leur mesure et leur sublimation, aidée en cela par le coude gauche du tout jeune homme qui se rendait souvent bien utile. Quelques volutes de fumée envahirent peu à peu la pièce, de même qu’une odeur forte émise par les champignons transformés. Aucun temps mort, pour l’alchimiste en herbe, qui mettait rapidement de côté les éléments de vaisselles sales ou usagés pour continuer les préparations dans des récipients propres. Le thermomètre… tint bon, même si le Nomura douta énormément de la justesse de ses indications, mais à en juger par la couleur du résultat final, les quatre-vingts-sept degrés n’avaient pas été dépassés.

« ...Je l’ai. »

Il l’avait en effet. Entre son index et son pouce, la fiole qui contenait la décoction à base de Vesse-de-loup, pour terrasser l’infection. Entre son majeur et son annulaire, celle qui détenait le concentré de Balisse, apte à régénérer les tissus endommagés. Tout s’était passé de la façon la plus fluide qu’il était possible : malgré tout, Ieyasu fit tourner une dernière fois dans sa tête chaque étape accomplie, chaque transformation, pour s’assurer de ne rien avoir oublié. Tout était bon. Enfin était venu le temps, pour le jeune vagabond, d’aller faire le bien en sauvant une vie grâce à ses nouvelles compétences pharmacologiques.
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Jeu 10 Fév 2022 - 21:33
Face à l’enchaînement d’aller-retour et à la charge mentale imposée par la concentration dont il avait dû faire preuve pour mettre au point ses décoctions de guérison, force fut de constater pour le jeune samouraï autodidacte que son souffle commençait presque à lui manquer alors qu’il arrivait en quatrième vitesse aux abords du center médical d’Iwa. A peine moins de deux heures s’étaient écoulées, depuis son départ précipité de l’hôpital et sa découverte inopinée de cet épanchement chez un patient pourtant déjà pris en charge par les médics locaux. Une opportunité pour Ieyasu de mettre à profit ses nouvelles connaissances et compétences, de faire le bien, mais… faisait-il tout ça pour le patient… ou pour lui-même ? Tandis qu’il fonçait à vive allure en courant de rue en rue pour rejoindre le centre médical, le tout jeune homme fronça les sourcils à cette interrogation qui venait de s’imposer à lui. Qu’est-ce qui finalement l’avait motivé à ce point à aider cet homme : la certitude qu’il s’agissait de la chose à faire, ou l’espoir que son initiative soit vue et reconnue par les shinobis de la Roche ? Espérait-il, inconsciemment, que le bien qu’il ferait pourrait aider lui faire obtenir cette prothèse qu’il se voyait désirer subtilement un peu plus chaque jour ?

Un instant, alors qu’il continuait à courir, le Nomura s’interrogea. Une bonne action l’était-elle simplement par la nature de sa conséquence, par sa portée, ou bien devait-elle prendre son origine dans une démarche totalement et absolument altruiste ? Et être altruiste, était-ce une ambition portée pour le monde, ou un désir égoïste de modeler celui-ci selon ses désirs ? L’épéiste secoua la tête pour chasser ces questionnements infinis qui, tels l’Ouroboros, n’en auraient jamais fini de monopoliser son esprit en se répondant l’un l’autre. Ce qu’il faisait, il le faisait car il le pouvait, car il s’était donné du mal pour en arriver là, et qu’il aurait été dans le cas contraire égoïste et malfaisant de sa part de ne rien tenter pour influer sur le destin de cet homme, qu’il avait croisé à l’hôpital. Encore fallait-il, bien sûr, qu’il arrive à temps dans la chambre où il avait vu le patient en question pour la dernière fois.

Le souffle court, Ieyasu déboula dans le hall du centre de soins, ralentissant la cadence pour ne pas paraître ouvertement suspect aux gardes en poste ici qui auraient autrement pu interpréter différemment ses intentions. Les yeux rivés vers l’entrée de la pièce où il avait laissé les deux eiseinin et leur patient quelques temps plus tôt, il s’y rendit en trottinant, à la fois inquiet et impatient de pouvoir apporter sa contribution à la sauvegarde d’une vie. Lorsqu’il poussa la porte entrebâillée, toutefois, ce qu’il vit le déposséda aussitôt tant de ses inquiétudes que de ses espoirs inavoués. Les deux médics étaient toujours là, souriants, de même que leur patient qui avait bien meilleure mine que deux heures auparavant. Hésitant, Ieyasu fit un pas, puis deux, en se laissant voir et en décortiquant la scène du regard. Des rires. Les médecins riaient, avec ce monsieur d’une cinquantaine d’années, et ce ne fut qu’après un moment qui sembla longtemps s’étirer que le médecin se retourna vers lui.

« Ah, tu es revenu ! Je tenais à te dire, merci pour le tuyau. Parfois, il faut savoir ravaler sa fierté et prendre l’avis des autres. C’est ce qu’on a fait, et Tanaka-san ici présent s’en porte pour le mieux, pas vrai ?
- Haaaarh ça oui, merci la jeunesse, hreh.. !
- Vous… Il est guéri ?
- C’était bien une infection pulmonaire, comme tu nous l’as soufflé. Avec l’appui d’un eiseinin senior, on a pu extraire le liquide et surtout, purifier la zone des poumons pour couper le mal à la racine. On l’aurait sans doute repéré tôt ou tard, mais… Tu as évité à monsieur Tanaka certaines complications indésirables. Merci encore.
- Je... »

Ieyasu ne sut trop quoi dire, ni même quoi faire. Penaud, il se demanda même si quoi que ce soit était attendu de lui, en pareilles circonstances, et si il existait un moyen pour lui de ne pas paraître ouvertement ridicule avec sa tentative d’aide avortée. Il reprit finalement un peu de contenance et sortit les deux flacons de son par-dessus.

« Tenez. Je suis allé préparé ça, ce sont… deux décoctions complémentaires. Celle-ci contre l’infection, celle-là… pour régénérer les tissus. J’ai de quoi en faire pas mal d’autres, et je ne pense pas que celles que j’ai préparé me serviront de sitôt. Prenez-les. Si un jour un patient est affligé du même genre d’infection, et que… que vous n’avez pas la bonne personne disponible, alors elles pourront se rendre utiles. »

L’air d’abord légèrement surpris, quoique de façon positive, le médic regarda sa collègue avant de s’avancer et de tendre la main vers les flacons, que le Nomura céda volontiers au creux de la main de l’eiseinin.

« ..Merci, gamin. »

L’épéiste vagabond hocha sobrement la tête, signe de respect que lui rendit le shinobi de la Roche, avant de s’en retourner vers la sortie. Était-il...déçu ? Si vraiment il l’était, cela voulait-il dire qu’il avait fait tout ça pour les mauvaises raisons ? Il était pourtant malgré tout heureux de l’avoir fait, et c’est finalement à ce sentiment qu’il s’en tint pour l’heure en ressortant de l’hôpital. Armé, notamment, d’une nouvelle certitude : celle qu’il était capable, en une poignée d’heures, de produire un remède en partant de zéro… tel un véritable alchimiste.
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