Soutenez le forum !
1234
Partagez

Négoce sous la légation du Feu

Kobayashi Kazunaga
Kobayashi Kazunaga

Négoce sous la légation du Feu Empty
Jeu 17 Fév 2022 - 15:30


« Père, quand je serais grand, je voudrais être assez fort pour que toutes les guerres s’arrêtent. »

Je l’observais avec une tendresse infinie. Dans les yeux de mon fils dansaient les mêmes espoirs que ceux que j’avais vu briller dans les prunelles de sa mère. Je me rappelai, à cet instant, les raisons qui m’avaient poussé à entreprendre mon périple : faire de ce monde un havre de paix. Pourtant plus je marchais et plus j’avisais que mon rêve s’éclipsait. J’avais l’étrange sentiment que les promesses que je m’étais faites glissaient entre mes doigts. Quand bien même, je tentai encore de les saisir. Il ne s’agissait pas que de moi. J’avais promis à ma mie de donner le meilleur à ceux de mon sang.
Je vis que mon fils balayait les feuilles mortes avec sa semelle, comme s’il tentait d’effacer la mort et repoussait la venue de l’hiver. Cette saison était trop pâle, trop grise pour ses yeux pétillants. J’eus comme une sorte de remord. Je n’aimais pas lui mentir.

« Ce monde ira mieux demain.
- La dernière fois que tu m’as dit ça, j’ai voulu te croire. Mais le lendemain, on nous a raconté que la Capitale de ce pays avait été dévastée par la guerre. »


Je fis une moue du bout des lèvres. Je n’appréciais que fort peu que mon fils balaie d’un revers de main mes paroles et puis qu’il s’enferme dans un scepticisme qui naissait, fatalement, de l’étrange clairvoyance dont il était précocement hôte, inhabituelle pour un si jeune garçon. Un petit génie, oui.
Mais je savais que les génies pouvaient souffrir plus que les autres.

« L’Homme ne grandit que par l’erreur. Pour apprendre à nous méfier du feu, il a fallu que nous nous brûlions. Et puis avec le temps, nous avons compris que nous pouvions le laisser danser à l’extrémité d’un bâton.
- Mais quand nous l’avons maîtrisé, nous avons appris à nous en servir contre les autres !
- Nous avons aussi appris à réchauffer nos foyers, à inhumer nos morts, à cuir nos aliments et à partager des festins. Toute évolution peut mener à la ruine, comme toute évolution peut mener au partage. La Capitale a peut-être brûlée, mon fils, mais elle renaîtra de ses cendres. Veux-tu voir comme les humains peuvent être solidaires pour reconstruire ce qui a été brisé ? »


Il m’observa longuement, un peu perplexe. Je sentis alors jaillir de lui des forces confuses : quelque chose à l’intérieur de mon fils brûlait, et ce souffle puissant pouvait devenir de la colère. La mort de sa mère avait laissé dans son cœur abîmé une cicatrice encore saignante et suffisait qu’une pensée mauvaise s’y immisce pour que son esprit s’embrase. Il ne me répondit pas.

« Bien. Nous irons. »


* * *

Kazunaga et son fils traversèrent de larges bandes de terre, des bois secrets remplis d’insectes lumineux, des villages tranquilles où s’activaient femmes et hommes au labeur. Les plateaux et les collines qu’ils parcoururent déclinèrent sous leurs regards contemplatifs des paysages fantasques et tous deux amoureux de ces grands espaces s’arrêtèrent à titres réguliers pour s’offrir des moments de poésie. L’homme à la tête opaline eut une pensée pour ses deux aînés : il avait en plus du petit qui le suivait deux autres héritiers, mais il ne pouvait dire d’eux qu’il s’agissait de ses petits. Sa fille était devenue une femme et son fils, un homme. Cela expliquait leur absence.

Bientôt les deux pèlerins virent-ils les hautes murailles d’Urahi reflétant au loin les rayons d’azur gris qui tombaient sur la cité. Le petit agita son doigt en montrant la capitale, désireux et impatient d’en découvrir les rues intérieures. Kazunaga lui adressa un sourire, puis jeta un œil à la cargaison qui le suivait derrière.
Toute la caravane de marchandises avançait derrière lui. Avec eux, d’autres voyageurs s’affairaient à vérifier que les sangles ne s’étaient pas déliées durant le dernier déplacement : il fallait qu’elle soit assez lâches pour ne pas abîmer le bois ou les tissus, et en même temps assez ferme pour maintenir les marchandises dans leurs habitacles.

Un large bœuf qui remorquait tout un chariot d’alcool mugît à côté du shinobi. Quand il s’arrêta, Kazunaga entendît toutes les bouteilles d’alcool tinter dans leurs alvéoles. La bête qu’il avait acheté et qui s’était occupée de tracter toute sa marchandise depuis des semaines montrait des signes de fatigue : sa croupe était musclée et propre, mais ses nasaux ne cessaient de gonfler. Le liquide pesait très lourd, en telle quantité. Le vendeur d’alcool songea qu’il lui faudrait acheter un autre bœuf pour l’aider dans la tâche.
Mais avant, il fallait faire recette.

Négoce sous la légation du Feu 629z

« Cela fait bien longtemps, Urahi… »

Tout le marché s’arrêta à quelques centaines de mètres au-delà du Pont Araho, bien en dehors de la cité. Ils resteraient ici quelques jours.
Assez de temps pour que le petit puisse avoir un aperçu de la capitale renaissante.

Spoiler:
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t13002-kobayashi-kazunaga-presentation#114486 https://www.ascentofshinobi.com/t13014-kobayashi-kazunaga-dossier-shinobi#114573

Négoce sous la légation du Feu

Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Négoce avec des goélands - Pv Yume
» Négoce d'influence_PV HYÛGA TAKUMI
» 3/02. Sous un Mirage
» Sous les gravats [Solo]
» Sous les galets, l'or. [MLB FT MIDORI]

Ascent of Shinobi :: Territoires du Feu :: Urahi, Capitale de l'Empire du Feu
Sauter vers: