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Armée, premier Acte [Hagiwara Kentaro]

Arai Y. Masamune
Arai Y. Masamune

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Sam 17 Sep 2022 - 15:10
Une graine avait été plantée, une inception auto-induite que l’Arai devrait à présent prendre grand soin de cultiver méthodiquement pour la voir s’épanouir et se concrétiser. Si il voulait changer les choses, briser ce cercle sans fin de morts vides de sens et faire en sorte que son existence ait encore un but, alors Masamune devrait intégrer la bête qui avait laissé exploser ce conflit et la dompter de l’intérieur. Un parcours long, périlleux, mais qui s’avérait à présent d’une nécessité impérieuse aux yeux de l’ancien thérapeute, pour l’heure dépossédé de toute officine où recevoir ses patients. Pour espérer arriver à ses fins, cependant, l’Arai savait que beaucoup de travail l’attendait, que beaucoup d’étapes seraient à franchir avant d’espérer pouvoir faire infléchir le cours tragique que prenait semblait-il systématiquement l’Histoire. Méthodique, jugeant de sa propre condition physique et de sa méconnaissance du fonctionnement concret de l’armée impériale, il apparut alors indispensable au père endeuillé de se rapprocher de celles et ceux qui la constituaient déjà. Sur ce terrain d’entraînement où il avait eu sa triste épiphanie, où la nécessité de son devoir lui était apparue pour soulager sa douleur, Masamune avait également aperçu la silhouette de soldats, loin à l’autre extrémité des lieux cerclés de murs hauts et épais. D’un pas déterminé, son large manteau couvrant ses mains et son chapeau masquant partiellement les bandages qui lui enserraient un œil, l’homme brisé qu’il était se dirigea alors sans faire montre de la moindre hésitation vers le premier quidam venu.

Un quidam, en l’occurrence, qui se trouvait tout de même avoir plusieurs signes distinctifs particuliers, entre son épaisse toison rouge et ses tatouages tribaux qui paraissaient au-delà des contours de son uniforme. De son pas lourd et remarquable, l’Arai s’approcha donc, attirant d’abord physiquement l’attention du soldat pour l’interrompre dans son activité avant de s’annoncer de vive voix.

« Hoy. Vous êtes de l’armée, je me trompe… ? Arai Masamune », fit-il en tendant sa dextre calleuse et marquée par la vie au soldat pour lui proposer une franche poignée de main.

Observant sommairement aux alentours, le thérapeute expira profondément avant de poursuivre.

« J’aimerais savoir… Il y a toujours du recrutement ? J’ignore quel genre de critères sont en vigueur, mais je voudrais… Je voudrais candidater, oui. J’ai quelques doutes sur ma condition physique, mais rien qui ne puisse pas se régler avec un peu d’entraînement c’est certain.

Est-ce que… vous pouvez m’aiguiller un peu ? 
»

il devrait apprendre les ficelles, explorer les dédales de la hiérarchie, mais avant tout il lui faudrait réapprendre à se battre convenablement, une facette de son adolescence qu’il avait depuis longtemps laissé derrière lui au profit de prospects plus pacifiques. Mais se battre, il aurait certainement à le faire, pour arriver à apporter ne serait-ce qu’un peu de paix dans ce pays en proie aux carnages.


@Hagiwara Kentaro

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Hagiwara Kentaro
Hagiwara Kentaro

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Lun 26 Sep 2022 - 20:00
« Si tu rencontres un homme de valeur, cherche à lui ressembler. Si tu rencontres un homme médiocre, cherche ses défauts en toi-même. »
De Confucius.

Le froid de l’hiver grignotait toujours un peu plus les températures. Je ne me considérais pas comme une personne frileuse. Pourtant, il fallait admettre que le climat actuel de l’Empire du feu était propice à ce que les morts eux-mêmes luttent contre une mauvaise fièvre. Toutefois, je ne pouvais m’arrêter à de telles considérations. J’avais conscience que mes lacunes étaient bien trop nombreuses pour que je puisse me reposer sur mes lauriers. Comme soldat, j’étais pathétique. Les missions et les entraînements auxquels j’avais participé jusqu’à présent m’avaient montré mes faiblesses. Comment avais-je pu ne pas les voir tant elles étaient flagrantes ?

Dans de telles conditions, comment pouvais-je prétendre protéger ma fille ? C’était une illusion. Une simple illusion. Pourquoi ? Elle était là pour que j’oublie. Oui, que j’oublie à quel point mes incompétences avaient été fatales à Hatsuka lors du massacre de 202. Je m’étais alors retrouvé seul avec Ayumi. A cette époque, elle n’était âgée que de quelques mois. Sans ma femme à mes côtés, j’avais perdu pied. Pour la sécurité de mon enfant, j’avais demandé de l’aide à mes aînés. Depuis lors, elle habitait chez mes parents. Trois ans. Trois ans que cela durait. Et j’étais toujours incapable de m’occuper d’elle à plein temps.

Je devais compléter mon panel de techniques. Plus. Il en fallait toujours plus. Était-ce suffisant ? Non. Bien sûr que non. La force brute n’était rien sans un minimum de réflexion. Savoir utiliser ce que j’avais à ma disposition dans un enchaînement logique et adaptable à chaque adversaire… Voilà ce qu’il me manquait. Je pensais être en mesure de créer des plans de bataille. Force est de constater que ce n’était pas le cas. Loin de là. Un projet de combat et une enquête avaient autant de points en commun qu’un babouin avec un castor.

Certains diront que je suis trop dur avec moi-même. De mon point de vue, je ne l’étais pas assez. Était-ce une raison suffisante pour m’infliger un tel traitement ? Voilà bientôt vingt minutes que j’exécutais des pompes sur l’un des terrains d’entraînement du camp. A cause du froid, je ne sentais plus mes doigts depuis longtemps. Voulais-je me punir ? Mais de quoi ? D’avoir été trop laxiste sur ma formation ? Je n’étais pas prédestiné à être soldat… contrairement à mon frère. En tant que shinobi, un grand fossé nous séparait. Il fallait néanmoins noter que choper des engelures aux doigts n’était pas l’idée du siècle.

Je finis par me relever et époussetais mes vêtements, avant de me diriger vers mes affaires. J’ouvris rageusement mon sac et en sortis ma gourde. Celle-ci était remplie de thé qui, ma foi, avait fortement tiédi depuis que je l’avais mis dans ce récipient. J’avais cette désagréable impression de faire du sur-place, tant physiquement que psychologiquement. Que pouvais-je faire d’autre que de me donner le temps nécessaire ? Tout ne pouvait pas s’apprendre d’un claquement de doigt. Si c’était le cas, où serait le challenge ? Raaaaah. Je me fatiguais à penser le tout et son contraire.

Je m’assis sur le banc en bois, ma gourde entre les mains, mon sac au sol entre mes jambes. J’observais d’un œil absent les autres soldats. Certains étaient venus seuls, d’autres sortaient en groupe. J’en avais déjà repéré quelques-uns qui étaient toujours entourés, comme s’ils appréciaient de se donner en spectacle… Ou alors… La vérité, c’est qu’il y avait pleins d’autres raisons pour qu’ils arborent ce genre de comportement. Dans mon état, mon esprit refusait systématiquement de rester inactif et faisait des hypothèses sur tout ce que je voyais.

Mes oreilles furent alors happées par le son d’un pas lourd et… je ne sais pas… il y avait quelque chose qui le distinguait des autres. Mon cerveau chercha instinctivement d’où provenait ce bruit. Mon regard tomba sur un homme, aussi grand que moi, à quelques centimètres près. C’était peu commun de tomber sur un homologue avec une taille plus ou moins similaire à la mienne. Enfin, dans notre cas, c’était plutôt plus que moins. Je fronçais légèrement les sourcils lorsque je constatais que son grand chapeau cachait un duo visuel asymétrique. L’un de ses yeux était couvert de bandages. Celui que je ne voyais pas était-il aussi triste que celui qui embrassait le monde ? Quant à sa tenue, même si elle devait être des plus pratiques, était d’une couleur tout aussi mélancolique que son regard. C’est fort dommage ! Je suis sûr qu’avec un peu plus de coloris, ses vêtements mettraient en valeur ses longs cheveux gris.

La surprise se lut sur mon visage lorsque cet inconnu s’adressa à moi. La preuve en est que mon regard chercha un instant autour de moi une autre personne. Toutefois, lorsqu’il me tendit la main pour me saluer, je n’eus plus aucun doute quant à l’individu avec lequel il souhaitait s’entretenir. Maladroit comme je l’étais dans mes relations à l’autre, je bondis sur mes pieds, manquant de me prendre les pattes dans mon sac à dos. Par je ne sais quel miracle, je sus garder mon équilibre. La honte si je m’étais étalé comme une crêpe devant cet homme. Je vins serrer la main qu’il me tendait, un petit sourire gêné sur le visage.

« Euh… oui… euh… pardon, je… »

Oulah, démarrage difficile. Je retirais précipitamment ma main, mal à l’aise à cause de cette première intervention ratée de ma part. Je ne voulais surtout pas qu’il croit que son physique m’indisposait. J’étais, certes, intrigué par les bandages sur son œil, mais c’était surtout la tristesse dans son regard qui m’embarrassait. Je ne savais pas comment réagir convenablement face au chagrin de mes interlocuteurs. Je n’arrivais déjà pas à gérer le mien, alors celui des autres… Je finis par m’incliner devant lui pour lui présenter mes excuses.

« Je… Pardonnez-moi pour… pour mon indélicate intervention. Je… Je ne m’attendais pas à ce que vous m’abordiez… J’étais perdu dans mes pensées et… hum… »

J’allais m’arrêter là dans mes explications. Pas la peine de m’étendre sur le sujet. Je finis par me redresser pour lui faire face, ne cherchant alors pas à fuir son regard. Bien au contraire.

« Salutations sur vous, Masamune. Je… oui, je suis bien un soldat de l’Empire… Depuis quelques mois seulement. Que puis-je faire pour vous ? »

Ah. Me présenter ne serait certainement pas de trop. Il avait eu la décence de le faire. Masamune ne semblait pas vraiment dans son élément. Sa façon d’observer, même rapidement, les alentours… Sa façon d’être… Cette expiration profonde qui voulait dire certainement beaucoup de choses… J’étais certain qu’elle n’était pas liée à de bonnes émotions. Je devrais sans doute me montrer un peu plus avenant si je ne voulais pas le faire fuir à grandes enjambées. Je n’eus pas le temps de rattraper ma bourde que mon interlocuteur répondait déjà à ma question. Oupsi. Il faudra que je sois plus rapide à l’avenir. Toutefois, je trouvais ça gênant de lui donner mon identité maintenant qu’il quémandait des informations.

« Hum… De ce que je sache, le bureau de recrutement est toujours ouvert. »

Mon regard s’assombrit alors que je continuais mes explications.

« De toute façon, à la vue des événements qui secouent l’Empire depuis plusieurs années, le bureau de recrutement a tout intérêt à rester ouvert. »

Un air désolé s’afficha sur mon visage.

« En revanche, je ne connais pas ses horaires d’ouverture. Quant à savoir s’il faut des papiers… »

Je détournais le regard, un peu honteux.

« Je ne sais pas. La vérité, c’est que lorsque je suis allé m’inscrire, mon frère m’accompagnait. C’est lui qui s’est occupé de tout… ou presque ! J’avais une sacrée gueule de bois ce jour-là… Je ne me souviens que vaguement de ce qui s’est passé… Faut dire que je n’avais pas du tout envie d’être soldat à la base… »

Mes yeux se perdirent un instant dans des souvenirs pas si lointains que ça. Je murmurais plus pour moi-même que Masamune, bien que celui-ci put très bien entendre mes mots :

« Puis, il y a eu le massacre de 202… »

Je secouais vivement la tête. Non. Je ne devais pas replonger dans ces souvenirs douloureux. Mon visage retrouva sa jovialité habituelle, bien que le sourire que j’arborais ne trompa personne : il était l’écho de mon infinie tristesse. Si Ayumi n’avait pas été là…

« Si vous le souhaitez, je pourrais vous accompagner au bâtiment administratif pour que nous puissions récolter les informations nécessaires à votre recherche. Une fois votre admission validée et effective, vous serez soldat à part entière des armées de l’Empire. Vous aurez ensuite la possibilité de poser votre candidature pour l’une des trois unités : la coloniale, la territoriale ou la recherche. Il me semble qu’il existe des brochures détaillées pour chacune d’entre elles… »

Je me mis à réfléchir.

« Hum… avec les changements récents des capitaines, je ne sais pas si lesdits objectifs présents sur ces brochures sont encore d’actualité. Peut-être qu’elles ont été refaites… Le mieux, c’est que vous vous adressiez directement à un membre de l’unité que vous souhaitez intégrer. Vous avez déjà une idée sur la question ? »

Un groupe de soldats passa non loin de nous. Je me tus le temps qu’ils s’éloignent de notre position.

« Quel que soit votre choix, pour présenter votre candidature à l’une des trois unités, vous aurez à effectuer au moins une mission. De préférence, une en rapport avec l’unité que vous souhaitez intégrer. C’est le bureau administratif des armées qui s’occupe de distribuer les ordres de mission. En vérité, ce bureau s’occupe de pas mal de choses. Si vous rencontrez un problème, c’est généralement vers lui qu’il faut se tourner si vous ne trouvez pas de solution à votre niveau. »

Quant à ses inquiétudes concernant sa condition physique, je tentais de le rassurer du mieux que je pus. Comme à mon habitude, je mis très maladroitement les deux pieds dans le plat.

« Vous savez, ce n’est pas parce que vous avez un œil en moins que vous serez moins bon que les autres. Comme vous l’avez si justement souligné, ce n’est qu’une question d’entraînement. Nous avons tous des lacunes et des dons. Dans l’immédiat, le plus important pour vous va être de déterminer vos points forts et vos points faibles. Une fois la liste dressée, vous allez pouvoir établir un programme d’entraînement adapté à vos besoins. »

Par curiosité, je lui demandais :

« D’ailleurs, vous connaissez déjà vos domaines de prédilection ? Ou ceux que vous souhaiteriez développer pour vos techniques ? »

Heureux de pouvoir aider quelqu’un et d’avoir une conversation qui me tirait du cercle infernal de mes idées noires, j’avais complètement oublié de me présenter. Si Hatsuka avait été là, elle m’aurait tiré les oreilles. Non. Si n’importe quelle femme de mon entourage proche avait été là, je me serais tirer les oreilles. C’est donc rouge de honte que je finis par lui donner mon identité :

« Pardon, je… J’ai oublié toutes mes bonnes manières. Je… Je m’appelle Kentaro. Hagiwara Kentaro. »

Il allait vraiment falloir que je travaille ça : on pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert. Mon visage était bien trop expressif.
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Arai Y. Masamune
Arai Y. Masamune

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Mer 28 Sep 2022 - 0:17
Toujours dragué par le tumulte de ses pensées, qui l’entraînaient aussi lentement que sûrement sur une trajectoire sans retour, c’est à peine si Masamune remarqua la gêne qui s’était emparée du soldat aux cheveux rouges lorsqu’il l’avait abordé. Bien sûr, il vit ses pieds manquer de peu de s’empêtrer dans son sac, perçut distinctement son phrasé hésitant, lut instinctivement en lui le trouble qui sapa son aplomb. Autant d’automatismes acquis par l’Arai au fil de ses années de pratique en tant que thérapeute, mais qui lui semblaient en l’occurrence bien inutiles pour la poursuite de ses aspirations chimériques. Masamune avait pris le soldat de court, c’était évident, mais il n’avait en cet instant plus aucune capacité à éprouver de l’empathie pour son prochain. La gêne de son interlocuteur, sa subite impulsion à lui conter sommairement le récit de son propre enrôlement, tout cela lui importait bien peu, et c’est tout juste si le père endeuillé fut capable de rester là, stoïque, à écouter ce jeune homme aux cheveux rouges.

Poussé par sa souffrance, par cette douleur qui lui glaçait les os, l’Arai n’avait besoin que d’une chose : de réponses à ses questions, de lignes directrices à suivre pour pouvoir se laisser aller à ce courant vengeur qui lui battait les tempes. De son propre aveu, le soldat qu’il venait de solliciter avait également suivi la voie du corps militaire en étant mu par une pulsion vengeresse, une symétrie qui fit écho dans l’esprit de l’Arai et fit rougir les braises de son empathie à l’égard de son interlocuteur. Le caractère vicieux de ce cercle fait de tragédies et de militarisation n’était pas sans échapper à Masamune, mais ce dernier demeurait résigné à faire une différence, la différence, qui permettrait enfin de rompre ce cercle.

« ...Les tragédies forgent la nécessité d’agir », commenta-t-il sobrement à l’évocation du massacre de 202.

L’Arai n’avait pas vécu cet événement en première main, avait cru à tord qu’une même cité ne pouvait pas connaître plusieurs fois de tels niveaux de violence et de destruction. Bien sûr, il s’était trompé, et regretterait certainement à jamais de ne pas être resté implanté dans la cambrousse au sud du pays.

« Quelle unité, hm... »

La réflexion fut rapidement conduite pour Masamune, qui élimina promptement et méthodiquement du tableau de ses ambitions deux des trois grands corps d’armée. Un seul en effet, pouvait le placer suffisamment proche des éléments dont il aurait besoin pour arriver à ses fins et changer les choses de l’intérieur.

« ...La Territoriale. C’est là bas que je serai le plus utile. Que je pourrai… faire ce qu’il faut. Mais… chaque chose en son temps, j’imagine. »

Se passant une main sur son menton en ébouriffant sa barbe hirsute, le thérapeute en passe de se reconvertir se noya un instant dans ses réflexions, jaugeant par une expérience des sens la plus objective possible le niveau d’éveil de son corps transi par une sourde colère. Ce dont il était capable… Masamune savait de quel genre de prouesses il pouvait faire montre lorsqu’il était question de l’esprit, mais ce ne serait pas par le biais de ses facultés claniques enfouies qu’il parviendrait à gravir les échelons de l’armée. Du moins, pas au grand jour. L’Arai savait qu’en dehors de son héritage qu’il avait passé ces dernières décennies à renier et à dissimuler, il ne pouvait gère compter que sur sa force physique ainsi que sa relative dextérité pour faire valoir sa candidature auprès de ses futurs recruteurs. Le discours du soldat aux cheveux rouges, qui avait regagné une forme d’aplomb, faisait résonner chez le père meurtri par la perte toute l’ampleur de son manque d’expérience et de son inaptitude. Des propos qui, sans qu’il ait pu le deviner, secouaient rudement leur receveur.

Mais de ce genre d’électrochoc, Masamune en aurait bien besoin, et de bien plus encore, pour embrasser la carrière qu’il s’était mis en tête de poursuivre.

« Kentaro-san. Inutile de vous excuser, c’est moi qui suis venu troubler votre routine, et je vous suis reconnaissant de prendre le temps de me guider.

A l’époque… je me débrouillais avec hache et faux, même si… je les ai rarement utilisé pour me battre. Une chose de plus à apprendre. Je dois… je dois me souvenir. Comment brandir une arme, comment bouger,... me déplacer. 
»

Plus il y réfléchissait, plus la tâche lui semblait gargantuesque, mais l’option de l’abandon n’avait jamais été sur la table. Faisant quelques pas sur le côté en regardant vers le sol, Masamune tenta d’établir clairement ses priorités : aussi ébranlé qu’il était, il ne pouvait pas se laisser submerger, même avec cet œil en berne qui mettrait certainement quelque temps avant de guérir et de revoir la lueur du jour.

« ...C’est très aimable à vous, Kentaro-san, de m’offrir votre concours pour ces démarches. Cependant j’ai peur de devoir d’abord m’entraîner…. Avant de pouvoir espérer être à la hauteur. Je ne peux pas m’engager, si je me sens incapable d’éviter les coups même les plus simples, de me préserver moi-même. Telle sera ma première épreuve... »

Tel un chemin de croix, l’Arai avait jalonné la route qu’il devrait parcourir, n’osant pas explicitement demander à l’Hagiwara qu’il l’assiste dans cette entreprise. Expirant lourdement, Masamune fit quelques mètres sur le côté, comme pour s’isoler, puis se mit sans tarder à exécuter en boucle des mouvements de pompes séparées par des sauts sur place. L’échauffement débutait, et la résolution du père endeuillé, elle, se raffermit alors encore davantage.

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