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[ARC 5] Le haut de la montagne

Byakuren Masato
Byakuren Masato

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Lun 24 Sep 2018 - 19:19
Ses doigts s'allègent des quelques grammes que représentent les missives. Masato souffle du plus profond de ses entrailles pendant que son autre main vient recouvrir toute une partie de son visage. Il masse ses arcades opalines qui semblaient porter tout les maux du monde. Les enveloppes retombent en silence sur son bureau accablé par les requêtes. Chacune porte un sceau différent, témoignant de leur exotisme. Hi, Mizu, Kaminari... Maintenant Tetsu. Le Yuukan était en ébullition et Tsuchi s’étiolait à mesure que les pays voisins s’assiégeaient les uns les autres.

Il avait toujours rêvé de paix, recueilli les plus démunis, accordé la grâce à ceux qui cherchaient la rédemption. Mais aujourd'hui, toute la bienséance d'un sang royal ne suffisait plus à contenir la voracité des envieux.

La lettre de sang qui surplombait ses consœurs annonce son nouvel échec : Yoshitsune n'était plus, et il emportait avec lui les idéaux d'un peuple apaisé par les promesses prononcées lors de la cérémonie de l'Iwashukusai. Tout allait trop vite. Les informations fusaient, se distordaient. Impossible de séparer le vrai du faux. On pointait aujourd'hui du doigt une erreur grossière ; Celle d'un Nagamasa qui n'acceptait pas le retour d'un souverain à son trône. La conquête du Shogunat.

Nouveau soupir. Ses confrères avaient une indélicatesse barbare. Autant leurs sangs étaient dignes, autant leurs méthodes étaient risibles. Ne comprendraient-ils jamais que dérober par le fer ramenait toujours la vengeance à leur seuil ? Ce Taïra Fugaku ne démordrait pas à la règle, héritier légitime ou non. Ses choix d'aujourd'hui seraient les conséquences de demain.

Le Daimyo s'enfonce un peu plus sur son trône gelé. Il avait déjà canalisé les amertumes du Yuukan une première fois en destituant Akimoto : Il aurait aujourd'hui du mal à justifier une trêve envers un pays qui venait d'élaguer une nouvelle fois la tête d'Iwagakure. Masato était un homme de sang froid, la sagesse incarnée, et il était plus que jamais conscient des réponses qu'il devrait donner au peuple de la Roche. Car laisser planer le doute trop longtemps équivalait à semer les graines de la discorde. Et cette peur du vide gangrenait les cités jusqu'à ce qu'elles se brisent de l'intérieur.

Le Seigneur se lève. Ses gardes se rapprochent, ils savent déjà ce que l'opalin va annoncer :

« Faîtes venir Kyôshirô »

Une partie de la milice disparaît à l’unisson ; faisant voler par leur élan les quelques feuilles encrées. Quelques grammes de papier, mais un poids immense sur le pays de la Terre.

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Bakuhatsu H. Kyôshirô
Bakuhatsu H. Kyôshirô

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Lun 24 Sep 2018 - 19:34
Depuis qu’il était aux services du Seigneur Byakuren, il avait dû s’accommoder de beaucoup de choses. La première était peut-être de devoir être en alerte à n’importe quel moment et n’importe où. Il ne comptait plus les fois où, croyant enfin pouvoir souffler un peu, il avait eu à revoir ses prévisions et repartir pour une garde, une ronde, une mission… Mais depuis qu’il avait rejoint les rangs de la milice du Daimyô, jamais il n’avait attendu une convocation. C’était inédit, et ce fut ainsi que lorsqu’on vint le chercher dans la cuisine – il mangeait après ses hommes – il avait déjà tout débarrassé et ne fit que se lever.

« Je sais. »

Voilà tout ce qu’il eut à dire, empêchant quiconque d’énoncer clairement ce qu’attendait le Seigneur de la Terre. Mais pour ceux qui connaissaient bien le Chef de la Garde personnelle de sieur Byakuren, ce n’était pas si compliqué à comprendre. En réalité, on avait seulement besoin de savoir une seule chose : son nom, et toute la signification qui en découlait.

En quittant la cuisine, il plia un document en deux, puis en quatre. Après l’avoir placé dans le pli inférieur de son vêtement – du plus simple appareil, ce tissu blanc surplombé d’un autre noir, comme toujours – il regarda le couloir dans lequel il marchait d’un pas ferme. Là, il se souvint d’une discussion pleine de sympathie avec Byakuren Yume. Ici, il se souvint avoir rappelé à l’ordre l’un des gardes pour avoir fait une pause durant sa ronde. Malgré ces souvenirs aléatoire, Kyôshirô lui-même était incapable d’en comprendre leur retour.

Il franchit la grande porte, et regarda directement son Seigneur dans les yeux. Lorsqu’il le faisait, il avait toujours ce profond respect qu’on attache à celui que l’on considère comme ce qu’il est, dans son entièreté. Byakuren Masato n’était pas son modèle, il n’était pas non plus ce grand guerrier que l’on rêvait de vaincre un jour ; il était tout simplement le seul homme que Kyôshirô respectait sur tous les détails de sa personnalité et de son action. Le véritable respect, avait-il toujours pensé, était de penser sincèrement que la personne était parfaitement à sa place. Et c’était le cas pour le Daimyô : il ne pouvait y avoir mieux pour le grand Pays de la Terre.

« Seigneur, dit-il simplement en inclinant légèrement le buste, comme depuis toujours. »

Mais après des années de loyaux services, il n’avait pas besoin de demander la raison de sa convocation. Il la connaissait. Il savait ce qu’il s’était passé à Tetsu no Kuni. Il connaissait bien des visages dans les alliés du nouveau Shogun…
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Byakuren Masato
Byakuren Masato

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Lun 24 Sep 2018 - 20:19
Masato avait apprécié Kyôshirô  dès le premier jour où leurs regards s'étaient croisés. A l'instar d'un bon nombre d'autres sujets, il n'avait pas baissé les yeux et ses prunelles parlaient avec plus de franchise que les mots eux-mêmes. Ce jeune garçon maintenant devenu homme n'avait pas changé : Il accrochait avec fermeté l'attention et n'en démordait plus. Les yeux en miroirs de l'âme, les siens en témoins de fidélité.

Le Bakuhatsu ne dérogeait pas à ses habitudes, sa ponctualité presque exagérée, comme s'il s'était arrêté de vivre pour lui-même, prêt à répondre aux appels avant même qu'ils soient lancés. Parfois, Masato se le reprochait, d'avoir ôté à cet enfant le droit d'exister, mais il ne le montrait jamais, conscient que son statut ne lui permettait pas ce genre d'état d'âme.

« Tu dois savoir pourquoi je te fais appeler, Kyôshirô .. »

La voix grave et sérieuse d'un homme vieillissant. Masato avait une aura qui ne faisait que s'intensifier avec le temps. Au plus il voyait les horreurs, au plus il savait s'armer contre. Et ses combats étaient les plus durs, ceux des mots, ceux des choix. Il avait pendant longtemps voulu garder cette neutralité qu'il symbolisait ; mais la patience ne permettait pas toujours de protéger au mieux ses terres sacrées.

Sa main ramasse la lettre qui jonchait au sol. Il la survole une deuxième fois, comme pour confirmer que la réalité est aux portes du village.

« Yoshitsune est mort. Il est mort au nom des Nagamasa qui soutenaient l'ancien Shogunat de Tetsu. Iwa perd encore son visage. »

Les faits sont relatés sans exagération. C'était là toute la grandeur du seigneur de ce pays, il scindait son cœur de la raison pour n'être plus que l'arbitre d'un combat qu'il cherchait à éviter. Quelles que soient les raisons, quelles que soient les formes : Le fond ne regardait que son confrère de seigneurie et Iwa n'avait pas à prendre part à un conflit qui prenait ses racines dans une histoire de clan. Voleur ou volé ; la justice devrait s'arrêter aux terres qui étaient sous la juridiction de Tsuchi. Malgré tout, le pays du fer était un voisin, parfois un frère, parfois une âme sœur. Les clans s'étaient scindés par la distance mais leurs liens allaient bien au delà. Les frontières que Masato ne pouvait franchir n'étaient que de vulgaires chemin aux yeux de ceux qui partagent un passé commun ailleurs.

Il savait. Il sentait. Une action de représailles serait réclamée : elle était légitime, mais hors de son pouvoir. Masato n'avait plus d'autre choix.

« Je veux que tu veilles sur Iwa, comme tu le fais pour moi. Donne au village ce dont il a besoin pour se redresser et couper court aux ambitions vengeresses. »

Une directive peu anodine. Voilà que le Daimyo donne à Iwa son ultime trésor : Le commandant en chef de la milice royale. Bakuhatsu Kyôshirô.

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Bakuhatsu H. Kyôshirô
Bakuhatsu H. Kyôshirô

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Lun 24 Sep 2018 - 21:29
La première phrase que Byakuren Masato eut à l’égard de Kyôshirô rassura ce dernier et le conforta dans l’idée qu’il se faisait de cette convocation. En effet, il savait. Tetsu no Kuni avait changé de visage, de Seigneur, de Shogun, d’autorité et même d’alliés. Ce Samouraï, héritier soi-disant légitime et oublié, avait repris ce qui devait être sien selon les lois traditionnelles et le sang. Mais le sang, justement, avait été versé par la même occasion. Et parmi ce bain, Nagamasa Yoshitsune avait baigné. Ainsi, Iwagakure no Satô avait perdu sa troisième Ombre comme la première : par un meurtre de sang-froid.

Il était tout à l’honneur du Daimyô de Tsuchi no Kuni d’appeler le Tsuchikage comme le « visage » de la cité militaire d’Iwa. Cela pouvait être perçu comme anodin, mais ce mot était d’une intelligence particulière : le Kage avait beau rester la plus grande majorité de son temps entre les murs de son village, il en était pourtant le représentant international et ainsi, la figure à laquelle se rattacher. Et s’il avait bien fait son travail jusqu’à la veille de sa mort, Yoshitsune devait représenter une perte lourde pour bon nombre des Iwajins.

Ce serait mentir que de dire qu’à l’entente du souhait du Seigneur Byakuren – ou de l’ordre selon la façon de voir la chose – Bakuhatsu Kyôshirô ne s’y était pas attendu. Plus que les circonstances logiques qui découlaient des évènements de Tetsu no Kuni, le Chef de la Garde avait déjà frôlé cette situation à l’élection du successeur de Borukan Akimoto. Mais à ce moment-là, les choses étaient différentes : le village avait toujours son chef et une transition était simplement nécessaire. Aujourd’hui, la révolte et la crise d’identité menaçaient la Roche.

« Je veille sur vous depuis quinze ans, monseigneur. Mais vous savez mieux que quiconque que cela m’a parfois demandé de tuer pour vous protéger. Il en vaudra de même pour Iwagakure no Satô. Si vous voulez que je protège le village et guide ses habitants, il nous faudra agir sur Tetsu no Kuni. Et vous devez savoir pourquoi, si votre rapport est le même que celui que j’ai eu en mains… »

Il se retint de soupirer. La situation le désolait au plus haut point, et les personnes auxquelles il pensait titillaient son animosité qu’il se devait de maintenir en cage. Pour l’instant.

« Le nouveau Shogun compte une grande partie de mon clan comme principal allié. Et les Bakuhatsu sont toujours les ennemis des Chôkoku, l’un des clans fondateurs de la Roche. Avec ce qu’il s’est passé, je peux comprendre que vous ne souhaitiez pas que nos shinobis partent aveuglés par la vengeance. Mais vous ne pouvez leur interdire d’attaquer un jour les terres du Fer, tout simplement parce que s’ils ne le font pas… »

Son unique œil ouvert se posa sur ceux du Daimyô de Tsuchi no Kuni. Les mots étaient lourds de sens.

« … c’est mon frère qui attaquera le premier. »

Lourds de sens, surtout pour Kyôshirô, qui ne pouvait s’empêcher de se sentir responsable de la situation, propre à son clan. Et maintenant, cette dernière avait permis cette avalanche d’évènements tous plus regrettables les uns que les autres.
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Byakuren Masato
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Lun 24 Sep 2018 - 22:20


Sans surprise, l'invité au palais fit part des ses pensées. Là où les autres auraient plié le genou et se serraient précipités sur un trône encore tiède, lui faisait preuve d'une réticence justifiée : Il savait la frappe militaire inévitable, là où Masato lui demandait de calmer les ardeurs. Les rides du seigneur se creusent de plus belle : Tenir tête à Kyôshirô n'était pas le but de cette entrevue, mais récolter son avis était toujours nécessaire. Il était devenu, au fil des âges et sans même le savoir, un conseiller qui allait au delà de ses devoirs purement militaires.

Une étincelle s'embrase dans les prunelles royales quand le soldat amène lui même la réelle raison qui le pousse à argumenter en faveur d'une prise d'arme. L'adversité. Son clan. Son propre frère. Cet intérêt qu'il portait au gardien ne cessait de grandir. Sa fierté aussi. S'il était capable d'évoquer ainsi sans détours l'impact de sa famille au sein de cette prise de pouvoir ; alors c'est qui était prêt. Prêt à leur faire face ; gorgé de sang-froid.

« Bien, j'attendais que tu l'évoques de toi-même. Voilà pourquoi tu es aujourd'hui l'Ombre idéale, tu sauras guider le village avec tes connaissances au sujet de ton clan. Sois honnête avec Iwagakure, et le village te le rendra. »

La Daimyo s'approche un peu plus du soldat. La mine soudain grisée par l'âge et par la tristesse d'entendre un enfant prêt à assaillir son propre frère. D'un coup, son expression était devenue celle d'un père au cœur morcelé. Il gardait sa grandeur par sa stature imposante, mais ses traits semblaient fatigués, nébuleux.

« Je redoutais d'un jour en arriver là. Voir des guerres rugir, des villages imploser, des fratries s’entre-tuer. Tu es dévoué Kyôshirô, mais répondre à cet appel du fer et par le fer ne fera que réitérer leurs propres ambitions néfastes. La guerre est semblable au feu, lorsqu'elle se prolonge elle met en péril ceux qui l'on provoquée. . »

Et nous brûlerons nos propres ailes.

La seigneurie reprend place ; fin des confidences. Il s'était affirmé alors dans sa volonté de non assaut, mais il n'avait pas non plus révoqué l'idée que le combat était inévitable. Son message ; La défense comme meilleure attaque. Si Kyöshirô connaissait si bien son frère au point de confirmer qu'il viendrait de lui même chercher conflit ; alors la préparation était impérative.

Le garde royal connaissait ses ennemis, les Nagamasa aussi. Ils seraient donc la clef de voûte qui maintiendrait une armée optimisée pour ce genre d'adversaires.

« Nous tuons pour défendre Kyôshirô, pas pour reconquérir. . »

Impartial, ferme, à nouveau distant. Il reprenait sa place de Seigneur du pays. Il était un roi qui régnait par la sagesse. Le seul roi à n'avoir jamais touché une arme. L'unique à avoir obtenu son pouvoir sans le demander. Le Lotus Blanc, Byakuren Masato.

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Bakuhatsu H. Kyôshirô
Bakuhatsu H. Kyôshirô

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Lun 24 Sep 2018 - 23:13
L’Ombre idéale ? S’il savait le Seigneur de la Terre forcément sincère dans son propos, le fait était que le Borgne lui-même ignorait s’il serait vraiment le bon chef pour la cité de la Roche. Iwagakure no Satô n’était-elle pas une cité devenue plus commerçante voire bienveillante que véritablement militaire ? Et les prises de décisions à Hi no Kuni et ce refus de quitter leurs terres n’avaient-elles pas fragilisé la position internationale du village ? Tant de questions que le Bakuhatsu avait eu le temps de se poser, mais auxquelles il n’avait su trouver les réponses. S’il s’était dit qu’il pourrait en découvrir certaines lors de sa prochaine visite dans le village, il n’aurait jamais pu s’attendre à ce que ce soit, finalement et peut-être, dans le rôle de Tsuchikage.

« La seule et unique fois que j’ai voulu battre le fer contre le fer, j’en ai perdu un œil. Et un chef aveugle ne saurait protéger ni beaucoup ni longtemps. »

Il avait dit ça avec un rictus qui reflétait bien le trait d’humour qui venait soulager la tension qui pouvait s’être installée. Après tout, le Seigneur Byakuren faisait face à une situation dangereuse pour sa cité militaire et de fait pour toutes ses terres. Quant à Kyôshirô, il avait besoin de cette note d’humour pour s’écarter de ses souvenirs les plus douloureux.

« C’est bien pour protéger les nôtres qu’il nous faudra avoir l’initiative. Mais je vous promets, monseigneur, que si je deviens l’Ombre de la Terre les actions d’Iwagakure no Satô ne seront pas dictées par la vengeance où les intérêts personnels. Et si ces sentiments persistent chez certains Iwajins, je saurai les utiliser pour qu’ils servent l’intérêt commun. »

Byakuren Masato était un homme de paix. Avant qu’il n’ait été recruté dans sa garde, Bakuhatsu Kyôshirô était un homme de combat. Mais le Borgne avait grandi, mûri et passé quinze ans à acquérir les leçons de vie d’un Seigneur. Et contrairement aux Tsuchikages qui s’étaient succédé en moins de trois ans, le Daimyô de Tsuchi no Kuni n’avait pas changé depuis qu’il le connaissait. Il était toujours là et ses conseils en étaient presque devenus absolus.

Mais cela ne voulait pas dire que chacune de ses paroles n’engendrait jamais de difficultés. Aujourd’hui encore en était la preuve. Si le Seigneur avait toute la légitimité de placer la personne de son choix comme visage d’Iwa, ce ne saurait être aussi simple que ça, pensait Kyôshirô.

« Vous voyez en moi l’Ombre idéale, mais je doute que ce soit le cas de mes possibles futurs soldats. Je connais les Iwajins, j’ai travaillé parfois avec eux. Mais ces derniers me connaissent aussi ou ils apprendront à le faire. Et la première chose qu’ils verront en moi, messire, c’est que j’eus été votre main, le Chef de votre Garde. Si en plus de canaliser leur volonté de représailles vous leur placez votre plus proche soldat à leur tête, ils douteront. Certains penseront que vous prenez la totalité d’un pouvoir militaire pourtant délégué jusqu’alors. »

La sincérité devenue habituelle par laquelle le Bakuhatsu s’exprimait envers son Seigneur était le résultat d’une quinzaine d’années de services. Sans doute que Byakuren Masato avait su apprécier voir l’un de ses gardes lui apparaître véritable, en tout point de vue. Saurait-il apprécier, malgré cette franchise, la suite ?

« Si je saurai leur démontrer avec le temps qu’ils ont tort, il m’apparaît impératif d’avoir quelque-chose à leur présenter dès le premier jour. Quelque-chose, ou quelqu’un… »

Ce fut justement parce que le Seigneur pouvait commencer à se douter d’où son Chef de Garde voulait en venir que ce dernier reprit aussitôt.

« Votre fille désire depuis un certain évènement développer ses arts ninjas. Si vous lui autorisez de venir à Iwa, je me porterai garant de ses progrès, de son éducation shinobi et de sa sécurité. Et à travers elle, tout comme moi, les Iwajins ne pourront nier la confiance que vous leur portez. Et l’homme le plus sage que je connais a toujours dit qu’Iwa rend toujours ce qu’on lui donne. »
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Byakuren Masato
Byakuren Masato

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Mar 25 Sep 2018 - 0:37

L'Ombre idéale d'aujourd'hui. Masato savait plus que quiconque ce que signifiait ce rôle ; Un visage après l'autre. Les Kages endossaient les responsabilités pour un pays entier, et plus d'un était tombé en se sacrifiant pour des idéaux propres au pays de la Terre. Le borgne évoquait sa condition avec une légèreté qui en disait long : Il saurait éviter ses erreurs de jadis, ou du moins, les prévenir.

Le Daimyo n'enchérit pas au sujet des aveux de vengeance. Pour lui, même se nourrir d'une rancœur pouvait atrophier les esprits au point de les rendre fous. Se servir de la haine ne pouvait que se terminer sur dans l'excès. De l'amertume naissait l'adrénaline, de cette fougue, les erreurs... Et de ces écarts, les regrets. Les braises de la vengeance n'étaient pas à entretenir mais à étouffer. Simplement, si le suggérer était chose simple, le réaliser ne dépendait que de tout un chacun. Une variable incontrôlable, pas depuis le trône seigneurial. Kyôshirô aurait ce rôle de médiateur, il avait entendu plus qu'il ne le fallait l'avis de son Daimyo pour en prendre soin.

Non désireux de s'étendre sur sa position, Masato se tait comme il sait si bien le faire : Avec tout le poids de son titre dans son silence. Il confirme alors ses acquis, son envergure.

La suite de l'entrevue s'égare judicieusement sur la légitimité d'une telle intronisation. Masato le redoutait, mais il avait fait ce choix en toute conscience de la perception que pourraient avoir les Iwajins sur cette nomination. Pourquoi un milicien privé ? Pourquoi pas un des grands noms qui régnaient déjà au village ? Pourquoi le frère d'un clan qui soutenait la nouvelle féodalité de Tetsu ?

Ces questions résonnaient sans réponses. La crainte de voir les pouvoirs politiques et militaires se réunir était justifiée. Un regard externe ne verrait qu'un homme de main de Masato prendre la tête du village, sans pour autant l'avoir un jour désiré. A cette problématique, le Lotus Blanc n'avait que sa parole comme témoin de bonne volonté. Il se savait adulé, il se connaissait respecté. Malgré tout, les temps de deuil modifiait les habitudes ; des morts répétées influençaient sur le moral général, et ce qui avait été respect un jour pouvait devenir aversion le lendemain. Cette ultime tentative, Masato la pensait sincère, donc crédible, et il n'avait pas cherché à amener la nouvelle avec plus de garanties qu'il n'en fallait.

Du moins, pas avec le genre de garantie que son garde suggéra.

L'évocation même du nom de sa fille eut raison de toute la sagesse que le Byakuren pouvait afficher. Son visage se souleva, en témoin de virulence, et son attention fut nouvelle. Développer ses arts ninja ? Sa propre fille ? Impensable !

« Kyoshiro ! »

Une intonation différente, courroucée. Le seigneur voulait couper net la conversation : parce qu'il savait où le borgne voulait en venir, et que l'idée le mettait en horreur. Ce père réveillé était tout autant accablé par la cohérence que cette suggestion apportait au débat. Parce qu'il comprenait toute l'ampleur de cette demande, il en souffrait davantage.

« Ma fille est une enfant qui se cherche encore ! Elle n'a jamais combattu et ne combattra jamais ! Les Byakuren ne DOIVENT pas guerroyer ! Notre famille est restée neutre depuis des générations, et cela ne changera pas. »

Sa voix s'affaiblit, il s’essouffle. Il sait que dans le fond, il tourne le dos à une solution atypique, mais ses valeurs et sa moralité l'empêchent de voir au delà des fondations qui ont bâti son règne.

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Bakuhatsu H. Kyôshirô
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Mar 25 Sep 2018 - 17:40
Le ton était monté, un instant. Sans pour autant se sentir oppressé, Kyôshirô baissa les yeux et écouta son Seigneur sur cet instant décisif. Les lois de la famille Seigneuriale, l’interdiction de combattre pour les Byakuren. Cela faisait des décennies qu’elles étaient en place et le Bakuhatsu les comprenait bien. Mais la situation du village d’Iwagakure no Satô et, par extension, celle de tout le Pays de la Terre était trop cruciale pour que le possible futur Tsuchikage se laisse aller à un immobilisme, y compris dans les lois informelles de son Seigneur.

« Que vous, Seigneur, ne combattiez d’aucune manière participe à ce que notre pays soit reconnu comme l’un, si ce n’est le plus grand du Grand Continent. Refuser de mélanger le pouvoir militaire du pouvoir politique est une force sage et sûre. Mais votre fille n’est pas à votre place et même si un jour elle devait l’être, rien ne l’empêcherait de se conforter à votre Loi. La vraie force est celle que l’on possède mais qu’on se retient d’utiliser pour l’intérêt commun : vous me l’avez appris. »

Son regard, composé et soutenu d’un seul œil ouvert, était reparti comme affronter celui de Byakuren Masato. La franchise permettait de dénuder de tout artifice cette conversion ô combien importante. Et les deux hommes savaient qu’en agissant et parlant ainsi : Iwagakure no Satô se verrait alors offrir la meilleure solution pour son futur, tout comme Tsuchi no Kuni.

« Vous savez bien qu’en me mettant au poste d’Ombre de la Roche, vous me ferez tôt ou tard confronter à mon frère. Que penseront les Iwajins de ce fait alors que vous refusez à votre descendance d’apprendre à se défendre si tel est son souhait ? A l’inverse, n’imaginez-vous pas l’impact pour eux de voir que l’importance qui est donnée au village ainsi que l’urgence de sa militarisation est telle que même une Byakuren serait prête à participer à leurs actions ? »

Il n’avait pas besoin de rappeler l’importance politique d’un potentiel refus. Les Iwajins auraient sans doute du mal à accepter le confort duquel les Byakuren enverraient leur élément maître pour aider leur village. A l’inverse, si Yume…

« Je ne suis pas père, mais vous me demandez de devenir celui d’Iwagakure no Satô. Vous avez le pouvoir d’envoyer un message fort aux soldats de ce pays tout en exauçant l’un des vœux les plus chers de votre fille. Seigneur. »

Kyôshirô plaqua alors son poing sur la poitrine, et ploya le genou droit sur le marbre du palais. Il n’allait pas insister davantage. C’était désormais au père de ce pays de prendre la décision finale. Et de sceller le début de l’ère du prochain Tsuchikage.
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Byakuren Masato
Byakuren Masato

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Mar 25 Sep 2018 - 22:14


Plus les arguments du borgne se construisent, plus les épaules du Seigneur s'affaissent. Il avait toujours estimé que le choix de ne jamais s'essayer à l'art ninja était le plus fort de tous ; mais voilà qu'on lui rappelait ses erreurs en lui montrant une règle encore plus noble. Les plus respectables des meneurs de guerre étaient ceux qui avaient la puissance de faire plier une nation toute entière mais qui ne s'en servait pas. Masato en savait quelque chose. Et sa hantise n'était aujourd'hui nulle autre que de voir son propre reflet dans les ardeurs de sa fille. Un miroir lointain, qu'il s'était juré d'oublier.

« Tu me demande de donner ma propre fille en gage de bonne volonté ? La seule enfant qu'il me reste ? »

L'horrible écho au meurtre de la première princesse lui fait rage. De son propre abandon ; des obligations relatives à la seigneurie qui avaient en partie condamné son enfant. Ces mêmes lois qui devaient protéger le statut des Byakuren et qui imposait de les destituer quand leur morale s'adonne à la violence. L'art ninja est violent, il est cruel. Une enfant qui rejoint les rangs militaires se crève d'office les yeux. Elle ne sera plus jamais la même. Elle n'aura plus jamais sa neutralité. Si Yume s'engage pour protéger le trône ; elle ne le reverra pas.

Soupir.

« Qu'elle réalise ses vœux. Qu'Iwa gagne sa garantie... »

Il approuve ? Il reproche ? Un peu des deux à la fois.

« ...Mais tu connais autant que moi les lois des Byakuren. A l'instant même où Yume aura quitté le palais : Elle y perdra sa place. »

Il est froid, il abdique. Masato a perdu toute son envie d'être vigoureux. Il doit rester neutre, impartial, même lorsqu'il s'agit d'abandonner sa fille. Ce village dément lui aura, au fil des années, tout enlevé. Jusqu'à son dernier espoir, son dernier rêve pour la paix : Yume.

Il se tourne, le sujet est clos. Son dos s'éloigne et toute sa carrure va finalement se glisser au fond de la pièce. Sa silhouette tamisée, son visage qu'il ne parvient plus à contrôler : Il se cache. Il n'a plus le courage de faire face à une situation qu'il aurait voulu ne jamais voir arriver : La dernière héritière au trône partait en son nom. Et dieu sait que ce nom attirait les attentions ; qu'elles soient bienveillantes ou non.

Le garde était, par le comportement de son seigneur, plus qu'invité à disposer. Pourtant, en dernier écho, d'une voix tintant comme un glas ; Le Père se confie

« Prends soin de ton nouvel enfant... »

Il parle d'Iwa

« ...Et prends soin du mien. »

Aveu timide et inquiet. Une requête d'un père à son confident ; son dernier rempart.

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