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This is Halloween [Solo]

Senka
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Jeu 31 Oct 2019 - 23:46
Spoiler:
 

Un voile d’ébène venait de se jeter sur les habitations en contrebas. Le village entamait sa mélopée nocturne, les éclairages artificiels prenant le relais de l’astre diurne. Une profonde accalmie gagnait les rues alors que les premières gardes étaient prises par les soldats de la capitale. Ce fourmillement ténu n’enlevait en rien la paisible rumeur lointaine des quartiers festifs où les jeunes gens s’adonnaient à la pitance, la boisson et/ou la luxure. Autant d’activités nocturnes parfaitement normales qui dénotaient avec les aspirations plus morbides d’un Genin de la Foudre.

Shirō bénéficiait une fois de plus de la tranquillité de son antre. Le personnel de garde entamait la nuit dans les étages réservés aux soins, tandis que la morgue restait toujours déserte à l’exception de son gardien. Une propreté inhabituelle caractérisait l’endroit en cette soirée. Non pas que l’insalubrité des lieux soit d’ordinaire à déclarer, mais cette nuit les tables étaient désertes de tout client. Le légiste se tenait au milieu, mains dans le dos et regard porté sur chacun de ses établis de travail. Un peu plus d’une heure de rangement pour en arriver à ce résultat impeccable. Une précaution prise pour préparer la soirée à venir. Il l’avait attendu toute la journée, en venant même à traîner des pieds sur certaines tâches, lui d’habitude si dévoué dans son œuvre. Cette nuit serait spéciale, il le savait et son impatience n’avait cessé de le ronger dès lors que l’idée l’avait effleuré. Quelques jours de maturation et de préparation pour en arriver à cet instant fatidique.

Finissant l’inspection de son travail, les yeux du scientifique bifurquèrent vers ses tiroirs au contenu macabre. Il avait pleinement conscience de leur nombre et de leur contenu. Une lueur profonde mais étincelante raviva son regard alors qu’il se glissait presque sans un bruit jusqu’à ces sarcophages de glace. Le métal était rendu froid et sa morsure pouvait presque atteindre le visage de qui s’en approchait. Shirō n’eut le droit qu’à la langue paresseuse de cette hibernation forcée. Sa main prit pleinement conscience de la température si basse lorsqu’elle se saisit d’une des poignées, révélant au grand jour son occupant.

Le visage fermé et un corps parfaitement aligné avec les charnières de son tiroir, le défunt trônait maintenant à hauteur du torse de son docteur. Ce dernier ne s’attarda pas à son chevet qu’il convia un nouveau patient à se joindre au rassemblement. Puis un autre. Le manège se réitéra jusqu’à ce que quatre corps anonymes n’ornent le mur métallique où d’autres congénères patientaient. Les convives maintenant rassemblés, il ne restait plus qu’un claquement de doigt pour le maître de cérémonie.

Ce fut de concert que les quatre corps s’animèrent. D’abord timidement puis de manière franche et rythmée. Chacun gardait ses yeux clos tandis que les pas d’automates les conduisait jusqu’à leur potence. Les tables d’opération désertes quelques secondes auparavant perdirent de leur rutilance lorsque les pantins de chair vinrent s’y placer, suivant les ordres mentaux d’un marionnettiste tapi dans l’ombre. Revenant à la lumière, le gardien de ces lieux reprit place au milieu de son auditoire. Ils avaient tous retrouvé leur immobilisme de statue comme si aucun tour de magie noire ne les avait tirés de leur sommeil éternel. L’initiateur les abandonna une minute le temps de faire venir un petit chariot à roulette. Une simple armature de zinc permettait à un plateau recouvert d’un drap de rouler jusqu’au centre de la pièce. Le rectangle de tissu n’était cependant pas solitaire. Un défilé d’instruments le revêtait comme linceul. Cette fois tout était prêt.

Shirō déposa ses deux mains sur le plateau. Chacune tira un scalpel de l’ensemble d’ustensiles biscornus, dont l’usage de certains était moins évocateur que d’autres. La clarté aveuglante des scialytiques décrivit un ballet spectral sur les murs immaculés lorsque les lames vinrent se planter dans leur cône lumineux. A la manière d’un chef d’orchestre, le légiste resta un moment les dextres levées, inspirant longuement avant de laisser la pression de ses épaules redescendre au même titre que ses bras.

Son pas fut leste et véloce jusqu’à la table à sa gauche. Ce qui ressemblait à une glissade était suffisamment contrôlé pour l’amener pile en face de sa victime. Elle n’eut pas le temps de voir disparaître la lumière qu’un coup vif vint sectionner les chairs sous son passage. Ce premier coup fut suivi de deux autres, laissant d’immenses estafilades où l’on percevait une once de rouge. Le carmin se fondait encore dans les chairs à peine entamées. Puis la silhouette de Shirō laissa place aux lueurs fantomatiques alors qu’il décrivit le même mouvement sur le corps suivant. Chaque défunt eut le droit au même traitement énigmatique. Trois traits à la régularité chirurgicale dans une section dite en « Y ».

Les petites lames vinrent rejoindre leurs consœurs sur le plateau d’où elle venait. Quelques gouttes s’estompèrent en créant des auréoles rosées sur le drap. Les mains habiles du scientifique s’activèrent pour s’armer de nouveau d’outils au profil tranchant. Le silence qui régnait depuis l’après-midi dans la morgue était mort sous les sifflets des lames et des craquements nauséabonds des os sous les outils redoutables du légiste. Il ne fallut cependant pas plus d’une dizaine de minutes pour que chaque patient dévoile à la lumière artificielle ses chairs à vif. Un petit sourire en coin, Shirō s’octroya un moment de pure extase. L’odeur à peine ferreuse qui laissait un goût âpre sur le palais. Une sensation délicieuse qui lui réchauffait les entrailles, se diluant dans tout son organisme à la manière d’un orgasme assouvi. Le sentiment de réussite s’était à peine installé que la frénésie reprit. Beaucoup plus colorée cette fois.

De larges lames terminaient les membres supérieurs du légiste qui entreprit alors un véritable carnage. Chaque coup était porté à des endroits bien précis, émettant un bruit spongieux sous l’impact, suivi de près par le froissement de l’étoffe pour rejoindre la table d’à côté et faire subir le même châtiment. Le maître des lieux entamait une danse sordide où le glauque côtoyait le professionnalisme. Son geste était aussi souple que déterminé. Toute une frustration s’évacuait dans ce mouvement. Il n’avait plus aucune retenue pour ses pensionnaires. Si l’effréné élagage humain pouvait paraître le fruit d’un déséquilibre profond, il en était tout autre : le fruit d’une réflexion tactique.

Alors que chaque couperet tombé offrait un membre humain au scientifique, les idées fusaient en même temps dans son esprit retors. Celles de créations surnaturelles, contre-nature pour être exact. Toute cette matière première servirait pour une œuvre plus grande. Les projections liquides avaient décoré la pièce d’un parterre de gouttelettes éparses au schéma imprévisible. Certaines étalées par les allers-venues du chef d’orchestre. Les macchabées étaient à présent des représentations grotesques de puzzles en volume. Tous les outils avaient retrouvé leur place sur le chariot dont la pièce de tissu était maintenant rosée entièrement. Un seul coin semblait exempt de toute souillure. Shirō s’empara de la bobine de fil ainsi que de l’aiguille l’accompagnant.

Avec beaucoup de minutie, il entreprit de regrouper certaines pièces de son casse-tête. à la manière d’un vieillard au marché, il allait d’étales en étales pour faire ses emplettes. Un brin d’hésitation au-dessus d’une cuisse ou d’un avant-bras avant de finalement opter pour une main. Puis rapidement, il centralisa ces éléments sur l’une des tables d’opération. Faisant place parmi les restes sanguinolents, il amassa une partie d’entre eux afin de commencer un étalage calculé et minutieux sur la large plaque en inox. Il prit parfois le temps de reculer afin d’admirer son œuvre avec un peu plus de distance. Jusqu’à ce qu’un reflet de lumière vienne se cogner sur l’émail d’une canine dévoilée. L’artiste avait achevé son croquis.

L’aiguille et le fil se frayaient un chemin dans l’épiderme des différentes pièces de cet assemblage humain. L’épais lien noir venait souder chaque élément à la position finale que souhaitait le maître de cérémonie. Si les préparatifs avaient été rapides, cet exercice prit bien plus de temps. Une précaution pour ne pas bafouer tout le plaisir de l’artisan.

Les abords de la morgue reprenaient un peu de vie, sans jamais s’y immiscer, alors que les premières manifestations de l’aube se ressentaient. Un ultime nœud bien serré paracheva une nuit entière de dur labeur. Lorsque Shirō s’éloigna pour prendre assez de recul sur son œuvre, il fut aussi soulagé qu’épuisé. Une telle concentration l’avait éreinté. Mais le résultat serait la plus belle des récompenses. Timidement, il concentra assez de chakra avant de claquer des doigts. Le son produit se perdit en écho sur le carrelage de la pièce alors qu’un immense sourire carnassier venait orner le faciès de son gardien.

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