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Kamuy Maw Koro [Solo]

Kaguya Shitekka
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Sam 2 Nov 2019 - 17:11
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C'était un visage triste que présentait Saroruncasi à l'un de ses plus fidèles résidents : celui d'une côte ravagée par la force de l'eau. Le village de Sak Kotan se relevait encore doucement et péniblement de l'apparition brutale du démon de l'eau, plusieurs semaines plus tôt. Face à cette vision désespérée d'un monde encore en reconstruction, Shitekka paniqua. Lui qui idéalisait excessivement ses retrouvailles avec sa terre natale débordait d'angoisse. Couplé à la paranoïa qu'il avait développé au sujet des Kaguya, la peur de voir les siens souffrir lui faisait imaginer le pire. Il ne manqua pas de rapidement faire le parallèle avec la situation insulaire à l'orée de la fin de la vague de criminalité qui sévissait sur tout l'archipel. Malgré ses caractéristiques particulières, l'île du peuple Urumi n'était pas exempte de raids, de razzias et autres incursions barbares qui eurent leur lot de conséquences sur la prospérité de Shitekka et des siens.

Heureusement, le discours des marins à bord se voulait rassurant, à mesure qu'ils s'approchèrent du rivage. Les dégâts restaient visibles, mais les hommes du kotan s'activèrent pour réparer ce qui pouvait l'être. Au loin, il devinait la carcasse de quelques canots ainsi que d'un plus gros navire en réparation. En arrimant, il réalisait qu'une bonne partie des quais avaient été reconstruits. Le kotan dans sa globalité apparaissait comme à moitié debout. Dans l'ensemble, il n'y avait aucune habitation totalement détruite. La communauté de Sak Kotan travaillait d'arrache-pied, hommes comme femmes, enfants inclus pour redonner au lieu sa gloire d'antan.

Shitekka se sentit par conséquent rassuré par la mobilisation déployée par les membres du village. Il pouvait également compter sur l'équipage qui, face au jeune homme désemparée, tâcha de calmer ses craintes. Lorsque vint le moment des séparations, l'Urumi de sang mêlé remercia chaleureusement ceux qui lui permirent de refouler la terre de ses ancêtres. Parmi ses lourdes affaires, le Kaguya se délesta d'une bouteille de saké en gage de remerciement. Avec sa hotte bien pleine, l'enfant de Saroruncasi avait prévu des présents pour toute l'île, semblait-il. Après tendu la jarre à un dénommé Unayanke, son visage se décrispa, et solennellement, il invoqua les kamuys :

« Merci à votre équipage de m'avoir ramené à Saroruncasi. Puisse Hasinaw-uk kamuy vous offrir une pêche fructueuse, et Repun Kamuy vous assurer que les courants seront cléments avec vous. Je glisserai une prière auprès de Ape-huci à mon retour au kotan.
Bonne route à toi, enfant de Saroruncasi. Que le Kotan-kor-kamuy continue de veiller sur toi. »
Le balafré fut surpris de cette réponse, jusque dans les traits de son visage. Le marin n'y trouva à répondre qu'un large sourire tant sincère qu'étrange aux yeux ambrés du Chūnin, tandis que ce dernier retournait auprès des siens pour préparer le prochain départ en mer. Il aurait été moins surprenant que l'homme des mers s'adresse à Apasam Kamuy, voire Shiramba Kamuy, des déités qui apporteraient un soutien connu pour un voyageur devant traverser les épaisses forêts de l'île. Malgré ses diverses expériences surnaturelles proches des shamans de son peuple, Shitekka ne comprenait pas. Il se rappelait pour autant de sa rencontre avec Imekanu. L'expérience singulière qu'il vécut à ses côtés lui imposa de retrouver les siens pour lever le voile sur ces sensations qui hantaient l'Urumi.

Bien décidé à revenir chez lui, l'enfant de Saroruncasi réalisa une brève escale dans le Sak Kotan. Malgré la joie immense que lui procurait le simple fait de fouler la terre de son île natale, cela ne suffisait guère. Tout le monde autour de lui parlait l'urumi-itak, et sa présence attirait les curieux qui s'enquéraient de lui offrir un accueil digne de ce nom. Mais ces hommes et ces femmes n'étaient pas ceux de son kotan. Ce bonheur n'était qu'éphémère. Shitekka restait encore étranger en terre connue. Il se dépêcha donc de préparer ses affaires pour le long chemin qui le conduirait dans son havre de paix : Makotari-utara-koro Kotan.

Après une pause repas, et quelques heures au Sak Kotan, Shitekka s'apprêtait à prendre la route de la forêt orientale de l'île. Il avait pris soin de faire le plein de provisions afin de tenir quelques jours. La forêt aux hiboux, tel était le nom de cette zone, n'était pas particulièrement grande, mais il était facile de s'y perdre. Pour mettre toutes les chances de son côté, l'Urumi apporta avec lui un crâne d'oiseau en collier. Il s'agissait d'une amulette couramment utilisée par son peuple lors des voyages. Il prit soin également d'adresser quelques prières, au moyen de plusieurs inaus plantés dans un authentique autel.

Fin prêt pour l'ultime trajet le conduisant aux siens, Shitekka remercia les villageois pour leur hospitalité et quitta lentement le kotan côtier. Derrière lui, les quelques bâtisses de bois épargnées par Sanbi disparaissaient dans l'horizon, tandis que devant les premiers arbres pointaient le bout de leur nez. Dans ce décor familier, le Kaguya de sang-mêlé se sentait investi d'une énergie nouvelle. L'atmosphère mystérieuse et sereine des bois urumis envahissaient peu à peu l'esprit du Chūnin. Et ce dernier n'allait pas tarder à subir la raison de cet étonnant mystère…

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Dernière édition par Kaguya Shitekka le Mar 24 Mar 2020 - 19:01, édité 1 fois
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Jeu 9 Jan 2020 - 23:07
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La traversée de l'épaisse forêt qui séparait Shitekka de son village relevait plus du pélérinage que du simple voyage. Les foulées de l'Urumi l'avait en effet isolé progressivement de toute civilisation. Et bientôt, il serait totalement immergé dans cet environnement que la nostalgie qu'il éprouvait depuis des lunes exaltait sans aucune mesure. Cet endroit, c'était le fantasme longuement entretenu par un heimatlos. Un lieu sacralisé, à l'image des éléments animés de la conscience des Kamuys, qui par conséquent s'élevait dans son imaginaire au-dessus de n'importe quelle étendue sylvestre que comptait Mizu no kuni.

Il trépignait d'impatience, alors que ses yeux se noyaient dans le céladon de la futaie. Les légères brises de la fin d'après-midi charriaient dans leur sillage les essences des conifères et le chant des oiseaux. Shitekka ressentait leurs âmes effleuraient ses narines et ses oreilles. Il souriait; l'espace d'un instant, il aurait souhaité tout abandonner. Retourner dans cette nature qui lui manquait tant, et embrasser l'harmonie avec les esprits qu'il peinait à établir dans la Brume.

Son corps fut parcouru d'un frisson, alors qu'il s'engagea parmi les buissons et feuillages se froissant contre lui. Le ramat de cette forêt épousait son corps. Shitekka fit un premier pas, puis un second : il était temps d'entamer ce voyage vers la spiritualité.

Tani sinene axkas anik'e, etokota ekas utara tan kimun ru-cis koaaxkasaxci ru-cis nu. Irutaspano utara ukoaxkas ru-cis ne. Nejaxne kusu neja ekas utarapa emuj'e emosiroxpaxci.
Maintenant, je marche seule à travers la route de la forêt que mes ancêtres avaient l'habitude d'emprunter. C'est la route à travers laquelle ils étaient habitués à marcher pour se rendre visite. Mais maintenant mes ancêtres ont laissé notre terre abandonnée.
Sinene axkas anuva-kajki, pirika kamui utara pate ajsikopa-kanne, axkas anampe, hemata aneohajne kusu neani. Tani asi kamuj orovano niste rampo tamb'e pate anikotexci-kanne axkas an-nanko.

Bien que je marche seul, plaçant mes espoirs sur de bons esprits, qu'est-ce qui pourrait me faire peur ? Ayant reçu l'encouragement des protecteurs, je continuerai à marcher.
Le chant rituel de l'Urumi résonna paisiblement à travers les bois. Le verbe sincère, la voix emplie d'émotions, il avançait, heureux de retrouver cet univers où le spirituel et le réel se confondent. Son regard mordoré se nourrissait du vert foisonnant autour de lui. L'écho de ses pas épousant la végétation et le sol chantait les louanges de Shiramba-kamuy. Au gré des sapins, Shitekka s'enfonça volontiers dans ce havre de paix. Il ne s'agissait plus d'une sensation illusoire, comme au temple de Kiri, où en compagnie d'Imekanu. L'enfant de Saroruncasi était bien dans cet endroit où il avait tant erré.

L'euphorie qui envahit le jeune homme fut indescriptible. Un promeneur peu avisé aurait certainement pris peur devant l'expression extatique du balafré, tant sa communion avec la nature l'avait manqué. Mais derrière cet émerveillement excessif se cachait une réalité bien plus mystique. Cela faisait une dizaine de minutes que Shitekka évoluait à travers la sylve. Si l'altitude augmentait légèrement, il paraissait anormal de voir le Kirijin cherchant son souffle. Avec une allure ralentie, il haletait, avant que sa respiration ne s'intensifie. Sa vue se brouilla, et bientôt Shitekka fut forcé de s'arrêter brusquement.

Seul parmi les arbres une foule miniature, le Kaguya s'embourba dans cet étrange malaise. Il connaissait déjà cette sensation. A plusieurs reprises déjà, il avait vécu cette crise à la frontière entre le réel et l’indicible.

« Kotan-kor-kamuy… he an ? »
Imekanu avait levé le voile sur la curieuse transe qui paniquait son sensei : il s'agissait là du kamuy maw koro, un phénomène commun chez les Urumis. Investi de la volonté d'un esprit - généralement un petit animal, souvent le serpent - les plus chanceux parvenaient à créer un lien avec un kamuy mineur. Mais les transes du Kaguya avaient quelque chose de plus : sa vue se troublait, devenant insupportablement nette. Ses oreilles portaient jusqu'à lui toute une cacophonie inaccessible au plus grand nombre, du bruissement des feuilles jusqu'au frétillement d'un insecte.

Toutes ces préceptions exaltées à leur extrême eurent raison du calme légendaire du Kaguya de sang-mêlé. Affolé, il hyper-ventilait alors qu'il posa un premier genou à terre. Son visage se tordait de terreur, les mains couvrant ses pauvres oreilles. Il ferma les yeux, puis tenta de reprendre ses esprits. Il se rappela des paroles d'Imekanu. De sa voix rassurante. De l'aura angélique qu'elle exercait sur lui.

« Heise-ki… heise-ki… heise-ki… »
Son souffle s'apaisa, plus rassuré, moins confus. L'homme aux pupilles d'ambre se releva lentement, toujours en train de contrôler sa respiration. Il était temps pour Shitekka de lutter contre ses peurs. Il fallait cesser d'alimenter cette sorcière d'anxiété et de paranoïa, la même qui hantait les cauchemars du guerrier. Accepter ce don du kamuy-moshir. Doucement, l'enfant de Saroruncasi releva les paupières : un monde nouveau s'ouvrait à lui. Ses mains quittèrent l'entrée de ses tympans : la symphonie de la forêt qui se révéla à lui le laissa bouche bée. Quelques fractions de secondes furent seulement accordées à Shitekka pour profiter de cet univers ésotérique extra-sensoriel.

En guise d'ultime vestige de ce tableau onirique, l'envol d'un hibou sonna la fin du spectacle. Le gardien du kotan s'évapora dans la voûte céleste. Shitekka releva la tête. Il était prêt à poursuivre son voyage vers le monde urumi, passerelle mystique entre ainou-moshir et kamuy-moshir.

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Sam 11 Jan 2020 - 13:53
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Les chants liturgiques de l'Urumi s'éteignirent dans l'immensité de la forêt. Un silence religieux guidait les pas du Kirijin. Sur les traces de son passé, Shitekka quittait la civilisation pour s'enfoncer toujours plus profondément dans cet endroit. Nombreux étaient les hiboux qui hululaient dans les parages; les Urumis avaient ainsi choisi de trivialement nommer cette étendue boisée "Makotari-utara-koro hekim", la forêt aux hiboux.


Jusqu'ici pourtant, le Kaguya n'avait croisé aucun de ces rapaces nocturnes. À l'exception de cet oiseau blanc dont l'envol majestueux sonna la fin de sa transe, l'entourage bestial du pèlerin faisait profil bas. Ce fut alors seul parmi les conifères que Shitekka entama ce qui correspondait à une véritable ascension. La pente plus prononcée était parcourue d'une forêt dont la densité discontinue laissait apparaître quelques ruisseaux, parfois d'épais buissons et arbustes épineux. L'automne avait fait son office, offrant divers feuillages aux couleurs chaudes parmi les sapins.

Le chasseur évolua à travers cette toile lyrique, tandis que l'air se rafraîchissait. Bientôt, il avançait lentement le long de la pente, exhalant quelques halos de buée. Ce froid était bon signe pour lui : son village natal était au pied d'une chaine de montagnes, parmi lesquelles la plus grande de l'île. Atteindre le kotan se méritait. Et Shitekka était loin de se douter de l'épreuve qui l'attendait réellement pour prétendre à ce mérite. La marche se poursuivit alors que les bois s'épaississaient. Les feuillages automnaux s’effacèrent, laissant place aux mousses et lichens ainsi que de multiples fougères. Au loin, la brume écharpait l'horizon. Shitekka admira ce panorama enchanteur le temps d'une pause. Un léger cours d'eau fendait le lieu en deux berges pentues, parcourues des ombres des grands arbres. Le ninja s'installa à proximité du ruisseau pour s'abreuver. L'écoulement cristallin de l'eau apaisa son esprit, épuisé par les longues minutes de marche ascendante qu'il subissait silencieusement.

Cette pause fut bénéfique au corps mis à rude épreuve du Kaguya. Il parvint à contempler les alentours, paisiblement. De cette contemplation assis contre un arbre centenaire, ainsi que de l'eau pure du ruisseau, l'enfant de l'île rassembla toutes les forces nécessaires à la poursuite de son voyage. Un quart d'heure plus tard, le jeune homme se remit en route. Au loin, le soleil entamait sa chute vers l'horizon. L'objectif du voyageur était donc d'avancer jusqu'à la tombée de la nuit. La montée se calmait par la suite, laissant place à un plateau assez dégagé, idéal pour se reposer.

Guidé par le murmure de quelques kamuys dissimulés dans le vent, Shitekka poursuivit son aventure dans la forêt jusqu'à ce que le vent s'apaise à son tour. Son corps, échauffé par l'exercice, ne lui faisait dorénavant plus mal. Il se satisfaisait de retrouver ses sensations d'antan, tant corporelles que sensorielles. Son chakra, en revanche, paraissait lui fausser compagnie. Pareil à une boussole affolée en pleine mer, ses dons de sensorialité devinrent curieusement affectés. Sans explication en tête, et pressé de rentrer, Shitekka se soucia peu de ce dérèglement énergétique et poursuivit son ascension.

Le ninja regretta par la suite de ne pas avoir interprété - justement ou non - ce trouble du ramat comme un signe d'alerte. Alors que la brise s'éteignait, la brume elle s'intensifia. Si bien qu'elle recouvrait dorénavant l'intégralité des lieux. Un épais manteau d'albe enrobait la forêt, et la couvrait d'un profond cocon de silence. L'ambiance devint paradoxalement tant menaçante que mystique, ce qui déstabilisa l'ancien chasseur. Ses sens furent une nouvelle fois mis à l'épreuve dans cette chape de brouillard. À défaut de se fier à ses yeux - en dépit du don du Kotan-kor-kamuy, son odorat ou même ses oreilles, l'Urumi progressa au toucher. Avec son bâton de marche, il avançait lentement, alors que sa main vacante explorait la surface des arbres.

Par esprit de contradiction, et certainement du fait de ses envies de challenger acquises au gré des parties de mahjong, l'enfant de Saroruncasi persista à exploiter sa sensibilité pour le chakra. Tout était flou autour de lui, même sa propre présence. Tout comme ses yeux se troublaient en présence de la brume, un voile opacifiait la sensorialité de son chakra. Aussi loin que le ninja tentait d'aller pour se soustraire de la présence de ce voile, il persévérait à le suivre et l'entraver. Si ce jeu du chat et de la souris draina considérablement ses ressources, cela eut le mérite néanmoins de le distraire. Dans ce monde monochrome où le blanc dominait, cet exercice vain lui avait permis de sortir de la lassitude. Il s'était accoutumé aux nuances de rouge et de jaune qu'offrait l'automne. Au calme du vert végétal parsemé de l'écorce pleine de vie. La transition fut dès lors brutale. Shitekka apprécia également se délecter du moindre son à sa portée. L'écho de ses pas s'atténuait dans l'immensité de la brume, mais son contact avec les plantes et les feuillages ne cessaient de le tenir en éveil.

Au prix d'un léger ralentissement dans son voyage, le Kaguya parvint finalement à prendre suffisamment d'altitude pour s'extraire de la brume. Au pied d'un précipice, il prit le temps de distinguer tout le chemin qu'il avait jusqu'ici accompli, englouti totalement dans cette soupe de nacre. Il observa également l'astre coruscant et ses dernières lueurs s'enfoncer dans l'horizon. Il était temps pour le Kaguya de se coucher. Placé à proximité d'un point d'eau, il organisa son paquetage pour la nuit. Il put ainsi retrouver des habitudes laissées de côté depuis des mois, voire plus pour s'installer, manger, et se coucher. Demain l'attendrait la partie la plus délicate - et la plus mystique - de son trajet.
Le haut bois des hiboux.

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Dim 12 Jan 2020 - 22:59
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Malgré le passage de quelques nuages, le ciel étoilé offrait toujours un spectacle unique. Enfant de la nature, Shitekka se plaisait à contempler les lueurs de la nuit. Confortablement couché, il laissait son regard d'ambre s’accommoder avec plaisir avec cette obscurité qui n'avait rien de malsain. Car c'était bien au cœur de l'ombre que la lumière s'illustrait le plus. La valse immuable des astres plongea paisiblement le jeune homme dans un profond sommeil. Il avait beau avoir entrainé son corps durant de longs mois pour se battre comme un ninja, la marche du jour avait éreinté ses membres. Il y avait longtemps que le Kaguya n'avait ressenti une fatigue aussi enivrante. Le sommeil réparateur qui en résultait fut à la hauteur de cet agréable épuisement. Tout n'était que calme, et volupté.

Les premières lueurs du soleil réveillèrent naturellement Shitekka. Ses yeux s'accoutumèrent difficilement à cet éveil en pleine nature. Pourtant, le Kaguya rattrapa vite cette gêne face au spectacle du lever du soleil. L'éclat de l'aurore dans toute sa splendeur abreuvait les pupilles du Kirijin de vitalité. Le lustre mordoré, scintillant d'énergie, de l'oeillade de Shitekka se faisait l'écho de l'astre, un véritable reflet solaire dans ce vitrail organique.

Plus difficile, la fraîcheur intense du matin acheva le réveil du guerrier. L'impatience de retrouver les siens l'invita à s'activer pour partir au plus vite. Il se précipita de ranger ses affaires, et de se préparer au dernier voyage. Shitekka ne comptait pas faire d'escale à partir de maintenant : ses vagues voyages sur l'île lui permirent d'estimer qu'il était bientôt proche. Il ne lui restait plus qu'à traverser le haut bois avant d'arriver dans son kotan. Pour cette raison, ses provisions devinrent rares, presque inexistantes.

Après avoir contemplé une dernière fois la majesté du soleil surplombant cette immense mer de brume que le Kaguya avait traversé la veille, ce dernier se mit en route. Au loin, il devinait déjà les reliefs qui entouraient son village natal. Impossible cependant d'en distinguer le point culminant, tant sa couronne de nuages l'empêchait d'être visible pour le commun des mortels. Nishu-koro Aekote-nishpa, c'était son nom, était le plus haut sommet de l'île. De toute sa vie, jamais l'enfant de Saroruncasi n'avait franchi cette montagne, et encore moins vu son sommet. Il abandonna alors vite la vision de ce géant dominant sur toute l'île et emboîta le pas pour Makotari-utara-koro Kotan.

La forêt ne cessait de dominer l'environnement. Mais le froid matinal, annonçant l'arrivée de l'hiver, avait apposé son empreinte dans les lieux. Ainsi, en dépit de l'humidité de la sylve, c'était au gré des crépitements de l'humus gelé que Shitekka coula ses foulées. La nature se drapait alors d'un voile de cristal. Le froid, comme une photographie primitive qui capture la végétation aux yeux des visiteurs. Cette avancée en terre algide fut l'opportunité pour le balafré de se remémorer des chemins qu'il arpenta autrefois. La forêt se renouvelait sans cesse : les mosaïques d'arbres morts et vifs ne parvenaient plus à couvrir les sentiers et reliefs dessinés conjointement par le temps et les hommes. Le ramat abondait tout autour de lui.


Mais bientôt, tous les repères reconstruits par les sens de Shitekka s'apprêtaient à tomber en éclat. En fin de matinée, le jeune homme s'approcha d'une section particulière de son trajet : le haut bois des hiboux s'offrait à lui. Le Kotan-kor-kamuy abondait en divers déguisements. Le balafré distinguait effectivement par endroits quelques groupes de rapaces installés sur des branches. En avançant un peu, Shitekka remarqua que le chemin se divisait en deux à partir d'ici. Les deux sentiers, au premier abord similaire, étaient symétriques. Comme ils semblaient se recouper, Shitekka laissa son instinct parler et emprunta machinalement le chemin qui lui paraissait le plus familier.

Sans réellement prêter attention aux alentours, le Kaguya poursuivit sa route. Plusieurs minutes s'écoulèrent. Un sentiment étrange s'empara du pèlerin. Il décida de ralentir son allure pour observer son environnement. En y réfléchissant, il était déjà passé par ici. Une mégarde de sa part ? Shitekka décida d'avancer le long de ce chemin entouré d'arbres morts, une nouvelle fois. Quelques minutes plus tard, la même erreur se réitéra. Pire encore : l'enfant de Saroruncasi était à contresens.

« J'aurais juré avoir pris ce chemin dans le bon sens… »
Son égo fut piqué à vif : lui qui pensait connaître les alentours, en approchant de son village se sentait perdu. Le Kirijin décida alors d'insister, et d'emprunter le second chemin. Mais alors qu'il poursuivit le long de son chemin, il ne fallut pas plus de dix minutes pour que le jeune homme se retrouve à nouveau dans l'autre sens. Ce fut donc sur la première séparation que Shitekka s'arrêta. Il le réalisait enfin : quelque chose clochait ici.

Un premier réflexe de ninja l'incita à faire office de son pouvoir de sensorialité. Mais l'habitude du shinobi révéla une réalité effroyable. Le balafré supposa dans un premier temps qu'un Genjutsu le ciblait. Il chercha par conséquent la trace d'un adversaire, d'un sort l'affligeant, n'importe quoi justifiant son hypothèse. Mais il n'était pas question d'un ennemi. Tout autour de lui, une immense présence le happait. Un chakra colossal était à l’œuvre dans ces bois. Et cette énergie n'avait rien du fragile ramat qui imprégnait l'espace de Saroruncasi. Elle n'avait rien de naturelle. Face à ce mastodonte de chakra, le Kaguya s'effondra. Ce qu'il ressentait lui fit l'effet d'un coup de masse.

« Qu'est-ce que… c'est que ça … ? »
Tout ceci n'avait rien de commun pour Shitekka. Il ne reconnaissait pas là ce bois aux hiboux qu'il avait fréquenté par quelques fois dans son enfance. Une présence presque céleste s'était imposée autour de lui. Pourtant, les quelques instants de sensorialité que Shitekka réalisa lui firent de douter de cette apparition soudaine. C'était comme si… comme s'il découvrait un phénomène, présent de longue date. Son pouvoir de sentir le chakra, affûté auprès du monde shinobi, lui avait seulement permis de lever le voile pour observer par delà l'indicible.

Cette découverte ne permettait toutefois pas le jeune homme de s'extraire de ce labyrinthe en ligne droite. Il se releva, péniblement, sa tête encore sous le choc. En prenant bien le temps d'observer, et surtout de lever la tête, Shitekka réalisa que les hiboux se regroupaient uniquement d'un côté. Sur un chemin, il y avait des chouettes. De l'autre, il n'y avait que des arbres morts. Après réflexion, l'Urumi trouva curieux que la forêt des hiboux soit ainsi agencée. Il songea alors à son village, le kotan aux hiboux. Son regard se figea sur le parlement de hiboux. Sans aucune idée de la raison derrière cet étrange singularité qui le faisait tourner en rond, il décida d'aller là où il y avait des chouettes. Son village était après tout placé sous le signe de l'animal du Kotan-kor-kamuy.

Le premier essai fut concluant, avant qu'il ne revienne étrangement sur ses pas. Mais Shitekka décida de persister, à défaut d'avoir une autre idée. Il songea à couper à travers champs et d'ignorer le choix des deux chemins, mais il supposa justement que cela ne ferait que le ramener au point de départ. Sous l’œil attentif du parlement, il brava ses sensations confuses pour persister encore et encore. Le chemin évolua au fur et à mesure, lentement, et finalement…
La lumière au bout du tunnel.

Après de longues heures à tâtonner entre deux simples chemins, le Kaguya traversa enfin un chemin entre deux bois. Une sensation nouvelle s'empara de son corps, de l'avant vers l'arrière, comme un frisson. Puis il se retrouva de l'autre côté. Il le sentait, et en accentuant sa sensorialité, le chakra environnant était moins oppressif. Le paysage était enfin familier. Il n'avait que très peu changé, et cela incita l'enfant de Saroruncasi à presser le pas. La journée allait bientôt s'achever et il tenait à rentrer avant la tombée de la nuit. Au prix de ses dernières forces, il manqua de courir et fusa vers cette lumière qui se faisait de plus en plus grandissante.

Il le savait, mais n'osait pas en tenir compte. Autour de lui, il reconnaissait enfin des visages, surpris par sa présence. Mais pour arriver enfin, il avait besoin de le voir. Il abandonna la marche; Shitekka se rua à toute allure en direction de l'arrivée. Quand enfin, les premières bâtisses se dessinèrent au loin. Les gens s'interrompirent immédiatement dans leur activité, et s'agglomèrent autour de leur frère. Les mots ne parvenaient pas à sortir, tant il était préoccupé par l'arrivée. La seule façon pour lui de réaliser là où il se trouvait. Quelques instants plus tard, et le soldat de la Brume se retrouva au milieu des chaumières. Il leva la tête, devant l'imposant autel d'inaus sculptés aux formes des déités majeures. Ses yeux humides n'en revenaient pas. Cette fois, plus aucun doute pour lui, Kaguya Shitekka venait enfin de rentrer chez lui.

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Sam 25 Jan 2020 - 12:15
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L'enfant de Saroruncasi rentrait enfin au pays. Alors qu'il se tenait debout, face aux géants de bois représentant les kamuys majeurs, il réalisait vraiment ce qu'il venait d'accomplir. Autour de lui, les gens le reconnaissaient, et s'aggloméraient pour lui souhaiter chaleureusement bon retour. Après avoir ressassé les quelques souvenirs de son voyage, Shitekka revint enfin à la réalité. Les villageois du village aux hiboux avaient le privilège d'observer Ciyene - son ancien prénom - sous un jour qu'aucun n'avait vu à Kiri. D'ordinaire réservé, peu expressif, ici son sourire élargi et ses yeux éclaboussés par l'émotion contrastaient avec le ninja de Kiri qu'il devint pendant ces longs mois.

Entre Shitekka, Héros de Mizu et Ciyene, l'enfant de Saroruncasi, la frontière était à présent mince. En échangeant quelques mots avec les habitants, le balafré se replongea dans ses souvenirs. Ces derniers, plus réels que jamais, se confondaient à la réalité sans aucune once de nostalgie, la même qui grignotait le jeune homme. Bientôt, la foule se dispersa, et on laissa le soin au père et son fils de se retrouver sous les meilleurs auspices.

« Je crois que je n'ai jamais été autant heureux et surpris à la fois… Bienvenue chez toi, mon fils.
Merci, père… Je ne voulais pas perdre de temps à envoyer quelqu'un pour prévenir de mon arrivée. Dès que j'ai mis les pieds sur l'île, j'ai fait au plus vite pour revenir ici. »
Il repensa à cet instant à ses péripéties dans le haut bois aux hiboux. Cette mésaventure lui avait fait perdre du temps, mais au final, il ne se souciait déjà plus d'avoir erré sans but sur ce long sentier; Shitekka était à nouveau chez lui, et c'était tout ce qui comptait. Alors qu'un léger silence s'installa entre les deux Urumis, Shakushain en profita pour jeter un œil à son fils. Les deux hommes ne s'étaient pas vus, et n'avaient pas échangés un mot depuis près d'un an.
« Ciyene, je te sens… grandi. Tu es véritablement un homme, on dirait. »
De longs mois d'adaptation au sein de la Brume, un tout autre monde, avaient effectivement forcé Shitekka à mûrir. Ce gain de maturité s'accompagna d'une réelle évolution mentale. Initialement réfractaire au Yuukan, le Kaguya de sang-mêlé rejetait à moitié cette société dans lequel il ne trouvait pas ses repères. Ses motivations au sein de Kiri n'étaient que purement d'ordre pécuniaire: quitte à passer pour un rapiat, Shitekka s'était investi corps et âme pour amasser le moindre ryō afin de soigner sa mère.

Au gré des missions, des catastrophes, et des rencontres, l'enfant de Saroruncasi devint finalement un fils de l'Eau. Il réalisa que face au Sanbi, et aux autres grandes menaces par delà le monde, son salut tenait dans son investissement au sein de Kirigakure no satō afin d'assurer la défense de l'archipel tout entier. Cela le chagrinait toujours de se l'avouer. Mais il songea également au sacrifice de son feu sensei, et de la précédente Mizukage. À sa mère convalescente. Chacun avait œuvré pour Mizu, et indirectement pour Saroruncasi. Il était temps de voir plus grand pour le balafré.

Les deux hommes discutèrent sur le chemin de la maison. Il était plaisant pour Shitekka de converser spontanément dans sa langue natale, là où à Kiri, ses rares interactions en langue urumie se comptaient sur les doigts de la main. Le Kaguya fut presque dérouté par l'hégémonie de sa langue paternelle en ces lieux, lui qui s'habitua à parler dans la langue commune de l'Archipel. L'enfant de Saroruncasi s'impatientait de retrouver sa famille, quand soudain un groupe d'hommes leur barra la route. Shitekka et Shakushain s'immobilisèrent immédiatement; ils reconnurent alors le chef du kotan et ses associés. Le vieil homme, reconnaissable entre tous avec sa longue barbe grisonnante, son regard perçant et ses vêtements richement décorés, se présenta avec son conseil d'anciens. La venue de Kaguya Shitekka au sein du kotan n'était pas passé inaperçue. Aussi, le chef s'enquerra de la raison de la venue du fils de Shakushain, dans un vocable distingué caractéristique des anciens.

Aussitôt Shakushain interrompit son fils pour décrire la visite inopinée de l'Urumi à ses proches. Si le Kaguya de sang-mêlé fut surpris de la réaction de son père, il réalisa petit à petit que Shakushain cherchait à rassurer le chef de la présence d'un Urumi devenu Kirijin. Bien qu'enfant de Saroruncasi, Shitekka était devenu un ninja, et par conséquent une potentielle menace pour l'île. Après quelques explications convaincantes, le chef discuta avec le petit conseil, avant de revenir vers Shitekka. Solennellement, il souhaita un bon retour auprès de Ciyene. Puis le conseil se dispersa et retourna à ses occupations.

« Isonash-nispa avait l'air… agité. Les anciens aussi. J'ai l'impression d'avoir raté quelque chose au kotan. Je me trompe, père ?
Il s'est passé bien des choses depuis ton départ, Shitekka. Il y a quelques mois, des sisams sont apparus au nord de l'île. Certains étaient … troublés, terrorisés. Ils cherchaient un refuge. Mais d'autres ont commencé à piller des kotans, et à tuer. On a dû agir pour les repousser. »
Il ne devina pas de suite que ces personnes venaient en réalité de la Prison Oubliée de Wasure, mais Shitekka préféra laisser son père poursuivre ses explications édifiantes.

« Ce fut compliqué, mais les kotans de l'île se sont organisés pour vaincre les sisams. Kiri nous a rapidement aidé, aussi, mais ponctuellement. Et quand on pensait que tout allait revenir au calme, il y a eu… la Vague. Tu as dû en voir les conséquences en arrivant sur l'île, j'imagine… »
Le visage de Shakushain s'assombrit. Dans le silence pesant qu'il laissa planer, son fils devina que la situation s'avérait plus grave encore que les dégâts matériels qui frappèrent le port duquel il arriva.
« Il y a eu ensuite… une seconde Vague. Une perturbation dans le ramat. Tout le monde l'a ressentie. Invisible, mais omniprésente. Insipide, mais puissante. Les kamuys… ça n'avait rien à voir avec eux. Ce n'était pas leur œuvre. Ça nous a tous affecté. Le ramat nous a irradié. Son intensité était folle. Certains ont pris feu. D'autres se sont désintégrés comme poussière au vent… Les esprits étaient absents. Ils ne répondaient plus à nos appels à l'aide. C'était… horrible. »
Le silence revint au galop. Les deux hommes fixèrent le sol, d'un air morne. La Résonance avait atteint Saroruncasi, et ses habitants de plein fouet, songea tristement Shitekka. Père et fils marquèrent un temps de deuil en repensant aux évènements. À présent, la présence d'Isonash, chef du kotan, et sa suspicion faisaient sens. Alors que Shakushain releva la tête, fixant l'entrée de sa maison au bout de l'allée, Shitekka resta inerte un peu plus longtemps. Son père apposa une main sur son épaule, et afficha un sourire rassurant.
« Nous avons toujours réussi à vivre en harmonie avec les kamuys. Nous avons réussi à rester unis lors de la guerre. Nous avons réussi à repousser les sisams. Cette seconde Vague, nous la surpasserons aussi. Les kamuys sont revenus, et ils nous aideront dans cette épreuve. Et puis… je te fais confiance, Shitekka. Pour l'heure, rejoignons notre famille, et pensons à autre chose. Je ne veux pas les effrayer davantage avec ce drame… »

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Dim 22 Mar 2020 - 19:06
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Les deux hommes s'apprêtaient à rentrer dans leur maison pour retrouver les siens. Shitekka avait pris le pouls du village, encore sous le choc des récents évènements. Il réalisait le comportement de chacun, de l'inquiétude des anciens aux réjouissances ponctuées de surprise des autres lors de sa venue. Père et fils firent quelques pas jusqu'à arriver devant une bâtisse en bois, au toit de paille. Naturellement, ils entrèrent par l'Ouest, comme dans tout cise, maison traditionnelle urumie.

A l'intérieur, le sol fait de nattes de bambou était occupé par quelques présences. Shitekka jeta un œil à l'ensemble de la maison familiale, qu'il n'avait pas revu depuis des mois. Il prêta attention aux ornements apposés sur les nombreuses poutres qui soutenaient la structure, à l'imposant foyer central qui occupait une place sacrée au cœur du domicile. Mais malgré les parures, les sourires de ses cousins et oncles, quelque chose manquait en ce lieu.

Soudain, il réalisa. Un soubresaut traversa violemment son cœur. Cet éclair de douleur prenait sa source dans un profond sentiment de vide qui le frappait à la vue de cette maison. Quelque chose manquait. Ou plutôt… quelqu'un.

« Où est… huci ?
»
Shakushain fit pris de détresse en voyant le visage assombri de son enfant. Le reste de la maisonnée s'emmura aussitôt dans le silence en surprenant Shitekka débouler ainsi. Certains baissèrent la tête. D'autres fuirent du regard. Tous étaient, à leur manière, en deuil.
« Désolé, fils… Shakushain apposa une main tremblotante sur l'épaule de son rejeton. Je… je n'osai pas t'en parler de suite. »
Le silence vrombissait dans les oreilles de la petite famille si tôt Shakushain termina d'annoncer indirectement la nouvelle. Le père de famille fut déchiré à la vue de son enfant, incapable de couler la moindre larme. Le Kaguya métisse avait jusqu'ici lui aussi connu son lot de disparitions : son mentor, Shyko, mais aussi la Mizukage, celle qui lui avait fait confiance pour enquêter sur son propre clan.

Voilà pour la première fois qu'il se confrontait à une première perte au sein de sa famille après la Grande Guerre. Sa grand-mère, celle qui lui avait tout appris, en l'absence d'une réelle présence maternelle. Il avait appris à chasser comme un homme, mais à tenir aussi la maison pour son père. En ces instants douloureux, il se remémorait son visage paisible, qui derrière ses quelques rides, irradiait de gentillesse. Il se souvenait des prières qu'il récitait, assisté par sa Huci. Tout ces moments précieux firent serrer le poing du jeune homme, alors que l'ambre de ses iris luisait avec peine.

Shitekka s'absenta pendant de longues minutes dehors, le temps de digérer la nouvelle. Shakushain culpabilisa de n'avoir pas pris le temps d'annoncer la triste disparition de sa grand-mère. Aussi, à son retour, il tâcha d'être le plus proche de son fils, en le guidant autour du feu pour manger avec sa famille. En ces temps de crise, il était important de profiter des siens. En sa qualité d'invité, le Kaguya démarra le repas en trempant le bout de ses baguettes dans une coupe de vin. Quelques gouttes du breuvage perlèrent, et furent projetés dans le feu sacré. Le déjeuner pouvait commencer.

Fidèle aux traditions, le balafré respecta le silence au cours du repas. Si aucun n'échangea un mot, surtout dans ce contexte de deuil, Shitekka retrouva l'ambiance si particulière qu'il avait laissé de côté pendant presque une année. Une atmosphère agréable, où les odeurs de la cuisine se mélangeaient agréablement au sein de la cise. Le bruit du feu crépitant, et de la fumée piquant ses narines. Ce calme apaisa provisoirement le jeune homme, malgré le vide dans son cœur.

En y réfléchissant, le projet de Shitekka avait mûri. Entouré des siens, son esprit était plus serein. La présence spirituelle qui se manifesta à plusieurs reprises en son sein s'était apaisée. Il avait conscience de la nature de cette présence. Cela constituait à présent l'une de ses raisons d'être ici. Après le repas, l'enfant de Saroruncasi échangea quelques mots avec sa famille. Un grand plaisir le frappa en s'immergeant à nouveau dans cet environnement totalement urumi: le simple fait de parler sa langue natale dans une cise lui faisait un bien fou.

Finalement, Shakushain et Shitekka décidèrent de marcher seuls le temps de discuter entre père et fils. Le balafré avait invité son père à faire cette balade afin d'exposer sereinement l'esprit qui partageait son corps : nul autre que le Kotan-kor-kamuy. Quand Shitekka révéla tout ce qu'il savait à ce sujet, son père afficha un air stupéfait. Son fils habitait en lui l'esprit de la déité gardienne des terres. Rares étaient ceux qui pouvaient se targuer sur l'île d'un tel fait. La plupart des Urumis possédaient un esprit gardien: il prenait généralement la forme d'un serpent. D'autres kamuys étaient capables de posséder les Urumis, mais le hibou était l'un des plus rares, derrière l'ours. Après la surprise, Shakushain fit pris d'empathie face au malaise de son fils. Il cherchait un moyen d'apprivoiser ce pouvoir qu'il craignait. Alors que les deux hommes approchaient de la rivière, le chasseur se tourna vers sa progéniture.

« Il est un moyen pour toi d'apprendre à entrer en harmonie avec le Kotan-kor-kamuy, Shitekka. Son doigt désignait alors une imposante montagne, dont le sommet était dissimulé par les cieux. Tu te souviens de Nishu-koro Aekote-nispa ? Les Anciens racontent que son sommet est l'endroit le plus proche du Kamuy-moshir. Là-bas, tu seras certainement en mesure de parler avec le Kotan-kor-kamuy.
… sur cette montagne ? Je… je pensais que quasiment personne n'était parvenu à atteindre le sommet ?
Tu as raison, Shitekka. Mais je sais que tu es capable d'y arriver. Après tout… tu es … un héros de Mizu, non ? »
Cette dernière phrase arracha un sourire gêné au balafré. Le Kirijin eut l'impression que son père s'apprêtait à dire autre chose, mais ce compliment le contenta amplement. Avec un nouvel objectif en tête, Shitekka fixa longuement sa prochaine destination. Le Nishu-koro Aekote-nispa : le Roi des Nuages.

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Mar 24 Mar 2020 - 10:22
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Avec un nouvel objectif en tête, Shitekka fixa longuement sa prochaine destination. Le sommet des kamuys. Incapable pour l'heure de discerner le pic de cette imposante montagne, le balafré se sentit vite intrigué par un tel défi. Par-delà cette couronne nuageuse, il existait des hauteurs presque jamais atteintes par l'Homme. Plus que de parvenir à communier avec son ange gardien, Shitekka souhaitait accomplir cet exploit. C'était dans sa nature, cultivée par des mois de mahjong riichi.

Un tel voyage ne se préparait pas du jour au lendemain. Avec toute la volonté du monde dont disposait le Kaguya, ce dernier était bien conscient qu'il fallait prendre du temps pour s'assurer de réussir à remonter, mais aussi à redescendre en toute sécurité. Ce temps serait l'occasion pour lui de profiter un peu de sa famille avant de partir à l'ascension de Nishu-koro Aekote-nispa. En voyant le visage serein de son fils, Shakushain jugea bon le moment de révéler ce qu'il aurait du confier à son fils bien avant le repas.

« Tu sais… Shitekka. Huci parlait tout le temps de toi, quand tu n'étais pas là. Elle se rappelait des bons moments passés avec toi, et quand tu étais pénible enfant aussi, haha. Mais jamais elle ne t'a oublié. »
Malgré les traits assombris du visage de son fils, Shakushain parvint à distinguer un léger sourire. Rassuré, il poursuivit, non sans émotion.
« Elle était forcément triste de te savoir si loin, avec des ninjas. Mais elle était fière que tu te battes pour notre petite famille, quitte à entrer dans un monde qui t'était inconnu. C'était son réconfort. Elle s'adressait aux kamuys tous les jours, en leur demandant de te protéger et de veiller sur toi. »
La douleur était présente, mais Shitekka accepta plus facilement le triste sort de sa grand-mère. Il fit volte-face à son paternel, le visage dissimulé. Un léger silence s'installa, avant qu'il ne décide à accepter la vérité.
« … dis-moi… ce qui lui est arrivé. »
Son père hocha la tête, consentant à lui dévoiler les faits. Il décrivit alors une vieille femme éprouvée par les raids de dangereux évadés de Wasure. Sa vie fut elle-même mise en danger par un des prisonniers libérés par l'Homme au Chapeau. Les prières adressées aux kamuys ne tenaient depuis plus de la simple piété, mais bien d'un instinct de survie exacerbée par la détresse. L'apparition brutale du Sanbi, suivie de près par la Résonance éprouvèrent une ultime fois cette femme.

Après les quelques explications de Shakushain, Shitekka resta immobile, sans dire mot. Il ne savait pas quoi lui répondre, mais il réagissait bien intérieurement. Un mélange confus d'émotions tourbillonnait en lui. Du chagrin, du regret, bien sûr, mais aussi de la rage, de l'amertume. Ses pensées ne savaient plus vers qui se tourner : vers sa Huci, mais aussi vers l'Homme au Chapeau, dont les manigances mirent plus d'une fois en danger ses proches. Ces révélations ne firent que renforcer le pacte qu'avait formulé Shitekka à l'égard de l'Archipel.


* * *
« Tu es sûr que tu veux partir maintenant, Ciyene ? L'iyomante va commencer d'ici quelques jours, et tout le monde tient à ce que tu participes avec nous.
Ça ira, père. Je reviendrai à temps, je le promet. Les kamuys ne peuvent attendre, et moi non plus. »
A la bordure du kotan, sa famille ainsi que son père essayaient tant bien que mal de le convaincre de rester encore un peu avant son voyage initiatique. Face à eux se tenait un Shitekka emmitouflé de différentes couches. Parmi les peaux de bête et autres vêtements, le Kaguya apparaissait définitivement comme un pur produit de Saroruncasi. Comme à l'aller, il avait un bâton de marche, orné de crânes d'oiseau porte-bonheur, et son paquetage était conséquent pour lutter contre le froid en altitude. Ainsi vêtu, le Chūnin était paré à accomplir son ascension vers le sommet des dieux.

Après quelques accolades chaleureuses, et échanges de sourire, Shitekka salua une dernière fois les siens. Ému, mais néanmoins déterminé, il initia une longue marche vers le Roi des nuages.

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Mar 24 Mar 2020 - 12:00
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Une immense chaîne de montagne se dressait devant Kaguya Shitekka. Aussi loin que son regard le pouvait, la cime de ses géants lui était inaccessible, recouverte d'un épais manteau de nuages. Le Roi des nuages portait bien son nom : son sommet nécessitait de braver cette mer de coton avant de pouvoir y trôner. Cela ne faisait pas peur au balafré. Au contraire, malgré une allure lente, il avait hâte de démarrer son ascension et de se prouver à lui-même capable d'être au plus proche du domaine des kamuys.

La première étape de l'Urumi fut la traversée des sous-bois entourant le kotan. Ce fut là l'épreuve la plus facile pour le Kaguya qui auparavant avait franchi le haut bois aux hiboux. L'altitude n'était plus un problème également. Ainsi cette légère ascension se fit sans accrocs pour le Kirijin. Au cours de cette marche silencieuse, toute son attention fut tournée vers sa grand-mère. Une ultime pensée lui fut adressée. Cette ascension, il la dédiait à cette dernière. Ses sens s'affutèrent au gré de la marche. L'enfant de Saroruncasi retrouva le calme de la sylve, ponctuée du vent faisant se frétiller les feuillages. L'odeur des pins guida ses pas, alors que la vue de cette mer de jade et d'albe apaisa son esprit.

Malgré l'automne qui frappait l'Archipel, Saroruncasi commençait à se couvrir d'un léger manteau nivéen. Du fait d'une position maritime particulière à la croisée de courants marins et de vents frais, l'île de la grue possédait une grande saison hivernale qui démarrait lentement au cours du classique automne. Ainsi, à la fin de cette première journée, Shitekka distinguait déjà les premiers pics enneigés qui siégeaient à la cour du Roi des nuages.

Pour se reposer, le Kaguya avait trouvé le coin idéal : les sources chaudes de Hunchi Pet. S'il fallait se risquer à quelques escalades sur des parois rocheuses abruptes, le jeu en valait la chandelle : le shinobi put se délasser dans un bain chaud naturel. Cette vive chaleur détendit son corps tout endolori de la marche, et des autres jours précédents desquels il n'avait pas totalement récupéré. Le temps d'une heure, il s'était coupé de la réalité pour ne faire qu'un avec le don de la Waka-ush kamuy, déité aqueuse du panthéon urumi. Si la sortie du bain fut difficile, la simple vue de Nishu-koro Aekote-nispa incita le balafré à se presser de manger avant de se coucher. Demain, l'ascension allait devenir beaucoup plus difficile. Il se hâta dès lors d'adresser quelques prières aux divinités avant de se reposer à la belle étoile.

Le lendemain, l'épreuve de l'ascension s'avéra plus pénible, comme attendu. Cela n'empêcha pas Shitekka de redoubler d'effort pour ne pas perdre de temps. Il avait promis à son père, ses tantes et ses cousins qu'il serait de retour pour la cérémonie sacré de l'ours, l'iyomante. En repensant à cette promesse, le Kaguya trouva la force nécessaire pour affronter les chemins de pierre et de glace qui le conduisait lentement, mais sûrement vers le Roi de la nue. Peu à peu, le froissement des feuillages se raréfiait comme l'air, au profit du bruit des pas s'enfonçant dans un mélange de neige et de gravier épais.

A la fin de la matinée, Shitekka observait enfin clairement son objectif.

« Nous y voilà… Kotan-kor-kamuy, attendez-moi, car j'arrive bientôt à vous. »
Devant lui se tenait un panorama incroyable : les montagnes alentours semblaient s'écarter pour afficher le Roi des nuages avec plus de splendeur Sa cohorte de nuages l'accompagnait encore, mais d'ici une heure, Shitekka approcherait du pied de cet immense colosse pour se confronter à cet auréole nuageuse. Signe providentiel, le Kaguya sentit en lui l'esprit de la chouette faire écho à son annonce. Son oeillade ambrée semblait mieux distinguer sa destination, alors qu'au loin, les nuages commençaient à couvrir le ciel.

Débuta alors la partie la plus périlleuse de l'ascension du Kaguya.



La fatigue n'était jusqu'à présent pas insoutenable. Mais loin de pouvoir emprunter des chemins dégagés, Shitekka fut forcé de s'en remettre à sa paire de pioches pour entamer une lente escalade de quelques parois plus ou moins inclinées. Tout son corps fut mis à contribution dans cet effort, alors que le vent se levait pour apporter dans son sillage une pluie de flocons.

Chaque mètre gagné représentait une terrible souffrance pour les muscles du guerrier. Malgré sa condition physique, le manque d'air et l'effort nécessaire pour se hisser toujours plus haut harassaient son corps. Le froid mordant le freinait parfois dans sa course. Mais l'appel de Kotan-kor-kamuy continuait de le motiver à lutter contre le vent. Bravant les lamentations sinistres des bourrasques glacées, il avança, encore et toujours.

Il hésitait parfois à regarder derrière pour constater sa progression. Mais le vertige et le vent l'en empêchaient. À mesure qu'il approchait des nuages, le doute commença à germer dans son esprit. Son corps faiblissait; il se demandait s'il allait pouvoir y arriver. Plus son ascension se poursuivait, plus les pauses se multipliaient. Shitekka cherchait de plus en plus son souffle; l'air de la montagne ne lui octroyait guère l'énergie dont il nécessitait. Il puisa alors ses dernières ressources, implorant les kamuys de l'assister dans son pèlerinage. Mais les esprits ne lui offrirent aucune réponse, aucune aide. Dans cette tempête, Shitekka était dorénavant seul, livré à lui-même.

Son moral avait pris un coup. Il avait décidé de s'installer à l'abri sur le flanc d'une falaise, dans un abri que la nature avait construit au gré des éons. Bien que protégé, le bruit constant du vent balayant les alentours lui rappelait constamment le défi qui l'attendait dehors. Le feu qu'il avait allumé fut son seul réconfort du jour. En l'absence de réponse, il se contenta de l'apparition de l'Ape-huci, kamuy du feu, pour se donner les moyens de poursuivre sa démesurée ascension. Il lui fallut plusieurs tentatives pour se décider à repartir. Son corps lui disait non, mais son âme vacillait entre le oui et le non. Sa dévotion fut son seul moteur à partir de maintenant.

Il n'était plus question de mètre. L'avancée du guerrier se comptait dorénavant en coup de pioche. La morsure du froid avait progressivement éteint toute sensation sur ses extrémités, et le bout de son nez, désormais couvert d'une épaisse écharpe. Il fallait alors compter sur sa vue entravée par le blizzard pour réaliser son avancée. Comme pour se réchauffer, Shitekka appelait sans cesse le Kotan-kor-kamuy, tantôt pour signaler son arrivée, tantôt pour réclamer son aide. L'écho de sa voix s'éteignait à chaque fois dans le vide vertigineux des montagnes.

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Mar 24 Mar 2020 - 16:14
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Le Kaguya n'avait plus la notion du temps. Seul importait la fin de ce voyage qu'il réalisait à présent presque suicidaire. L'air manquait terriblement, mais la joie de se retrouver au cœur de la couronne du Roi des nuages lui suffisait amplement. Shitekka établit son campement dans ce monde de neige omniprésente. Si l'après-midi touchait à son terme, l'épais manteau de nuage et de neige plongeait le jeune homme dans une pénombre presque totale. Il n'en fallait pas plus au balafré pour décider de manger sur place et de se reposer jusqu'au lendemain. Au fond de lui, il espérait sincèrement que la tempête s'apaiserait afin que son voyage puisse se poursuivre sans embûches.

Le sommeil fut léger. Les bourrasques déferlant constamment dans les parages empêchaient le ninja de s'enfoncer pleinement dans un repos réparateur. Il marqua plusieurs siestes dans la nuit, ponctuée de quelques chants adressés aux kamuys toujours absents. La volonté qui maintenait Shitekka debout s'étiola, alors qu'il peinait à allumer son feu salvateur. Shitekka commença à se maudire. Shakushain l'avait averti, et il commençait à réaliser qu'il avait pris son avertissement à la légère. Son statut de héros de Mizu ne le protégeait pas de tous les périls de la nature.

Le lendemain fut dans la continuité de la veille. La tempête ne s'était apaisée, et Shitekka avait passé une nuit compliquée. Il n'avait pas la sensation d'être réellement reposé. Poursuivre l'ascension serait une grave erreur ; le Kaguya décida donc de passer la journée sur place, non sans être frustré. Le balafré avait l'impression de gâcher son temps, tout en réalisant l'importance de se reposer pour mieux affronter le blizzard dehors. Dans sa tente de fortune, il se recroquevilla, chercha le moyen de s'endormir. En vain. Ses pensées le maintenaient éveillé ; il fit alors le vide dans sa tête. Il se concentra en fixant longuement les maigres flammes de son feu de camp, avant que les kamuys des rêves ne viennent le chercher. Accompagné d'une légère brise chaleureuse, il ferma les yeux, profitant d'un repos bien mérité.

À son réveil, l’atmosphère avait changé. Les rafales s’étaient apaisées, et les nuages laissaient passer quelques rayons de soleil. Si sa nuit de sommeil prolongée n'était pas parfaite, elle avait permis au Kirijin de récupérer les forces nécessaires à son ascension finale. Il se réveilla ainsi en s'étirant longuement, s'étendant au maximum après une longue période à se rouler en boule à proximité de son feu.

« Aaah… On dirait que les kamuys ont finalement écouté mes… requêtes. »
Il se rappelait encore la veille de son escalade folle. Il se revoyait lutter contre un vent glacial qui dévorait ses membres et son visage. Il se revoyait aussi vociférer de multiples plaintes, seul, à l'égard de ses divinités. Il implorait presque pitoyablement ses kamuys de l'aider, de l'écouter, et ne put apprécier que l'écho de ses hurlements étouffés par la tempête. Parler de requête le fit sourire, tant la détresse l’accablait la veille au point d'abandonner sa dignité. Profitant de cette météo favorable, Shitekka rassembla dans la précipitation ses affaires, et se mit en route une fois restauré. Son stock de vivres était quasi-épuisé : il réalisa de ce fait que cette pause serait par conséquent la dernière. Sans retour en arrière possible, il se figea quelques instants devant l'imposante falaise de glace qui l'attendait. Le Kaguya prit une grande inspiration, ses poumons accoutumés à l'air rare, puis débuta ce qu'il espérait être le dernier voyage vers le sommet.


Les premières minutes furent pénibles, à l'image de l'avant-veille. Le corps endolori du métisse se réveillait progressivement. Coup de pioche après coup, il sentait à nouveau ses bras courbaturés, ses jambes mises à mal par l'effort et le froid. Mais sa motivation restaurée lui permit de poursuivre envers et contre tout.

Si le temps s'était adouci, la neige n'en restait pas moins présente. Quelques coulées de poudreuse mirent à mal les nerfs du grimpeur, craignant de chuter à chaque instant. Autour de lui, quelques flocons continuer de tomber. Quelques brises soutenaient les chutes de neige, alors que le Kaguya, toujours aussi paranoïaque, se préparait à tout instant au blizzard de la veille. Dans le même temps, la progression de Shitekka portait ses fruits : chaque mètre gagné le rapprochait du sommet. Cette avancée devenait palpable: l'enfant de Saroruncasi voyait sa vue libérée de plus en plus de cette imposante couronne de nuages. Mieux encore, il commençait à distinguer le relief du Roi des nuages. Cette vision presque salvatrice l'encouragea à continuer.

La notion du temps continuait de rester dans le flou. Coup après coup, mouvement après mouvement, il avançait, inlassablement. Kaguya Shitekka entrait à présent dans un état de concentration intense. Ses pensées s'étouffèrent, laissant son corps s'exprimer pleinement.

La douleur persistait ; le balafré l'ignorait, ou plutôt, l'acceptait.

Le doute continuait de le hanter. Le grimpeur lutta constamment contre lui.

Avait-il la force de poursuivre ? Aurait-il la capacité de repartir ? Ses vivres lui suffirait-il pour le reste de son expédition ? Que ferait-il, une fois en haut ? Est-ce que les kamuys l'écouteraient ? Est-ce que le kotan-kor-kamuy l'écouterait, en particulier ? Qu'avait-il véritablement à gagner en se risquant à aller jusqu'ici ? Qu'avait-il à prouver ? Avait-il réellement besoin de prouver quoique ce soit ?

Chaque question formulée dans son esprit semblait le faire reculer. Et pourtant, alors qu'il vacillait, Shitekka poursuivait son ascension vers le sommet du Roi des nuages. Son souffle s'accentuait péniblement. Ses yeux peinaient à rester ouverts. Bientôt, la falaise laissa place à de grands espaces enneigés. Frappé par la fatigue, et malgré la pente moins raide, le shinobi poursuivit le voyage en rampant. Ses bras portaient son corps avec difficulté, alors qu'il se laissait trainer contre la poudreuse encore fraîche.

Le sommet était proche. Tout proche. Mais le risque de s'arrêter l'était aussi. Si la tempête n'avait pas refait surface, un froid extrême s'empara des hauteurs de Saroruncasi. Malgré son épaisse couche de vêtements, Shitekka endurait difficilement ces conditions pour lesquelles il réalisait s'être préparé trop rapidement. Toute la motivation récupérée le matin-même s'évapora petit à petit au gré des brises glaciales. Il ne subsista que d'ultimes pensées adressées aux personnes les plus chères à ses yeux. Sa mère. Son père. Sa famille au kotan. Une dernière pensée fut même adressée à Imekanu. Le regret l'avait envahi sur cette même pensée.

Soudain, une sensation étrange s'empara de l’entièreté de son enveloppe charnelle. Une douce aura de chakra l'entoura, et sans comprendre quoique ce soit à la scène, le froid qu'il subissait de plein fouet s'atténua peu à peu. Incapable d'expliquer ce qu'il se produisit, Shitekka puisa dans ses dernières forces pour réduire la distance qui le séparait du sommet tant attendu. Initialement au sol, il rampa en s'aidant des bras, puis des jambes, avant de se relever à genou, puis enfin, de marcher. Son allure s'intensifia, jusqu'à atteindre la limite que le vent violent des hauteurs extrêmes fixa à sa place. Quand enfin…

« Je… je… je l'ai fait. J-je j'y suis enfin arrivé ! »
Le gel de sa mâchoire lui donna de la peine à articuler ces quelques mots emplis d'espoir. Mais il en fit fi aussitôt que ses yeux lui permirent d'observer la récompense de son dur labeur : sur le sommet du Roi des nuages, Shitekka régnait seul en maître sur une immense mer de nuages qui s'étendait à perte de vue. La frontière de ce champ d'albe donnait sur l'océan. Un immense soulagement parcourut le corps du guerrier, lui faisant oublier l'espace d'un instant la douleur accumulée sur ses pauvres muscles. La sensation singulière qui s'empara de lui s'évanouissait au même instant.

Il était enfin parvenu à sa destination. Il était temps pour lui de tenter de communier avec les kamuys. L'enfant de Saroruncasi leva les yeux au ciel ; la frontière entre l'ainu-moshir et le kamuy-moshir était la plus fine en ces lieux. Il s'en était persuadé au contact de Shakushain. Quelques pas plus tard, le balafré se plaça sur un autel improvisé, formé à partir d'un bloc de glace laissé par la nature. Pareil à un explorateur en des lieux jusqu'à lors inconnu, il fit appel à son Shikotsumyaku pour former un piquet rituel qu'il planta sur le sommet de Nishu-koro Aekote-nispa. Ceci fait, sa tête continua de fixer les cieux, alors qu'il commença à appeler les kamuys. À plusieurs reprises, et en des termes différents, il essaya d'inviter les esprits à lui confier le secret de son pouvoir. Le moyen de communiquer avec le Kotan-kor-kamuy. De comprendre son don. De l'accepter.

Les kamuys ne lui répondirent pas.

« … Pourquoi … ? »
Il essaya une seconde fois. Puis une troisième fois. Et une énième fois.
« Pourquoi… pourquoi vous ne me répondez pas, Ô Vous qui êtes au Domaine des kamuys ? »
Shitekka commença à paniquer. Son regard cherchait désespérément un signe. Il se souvenait de la chouette aperçue dans la forêt. Il cherchait la même silhouette rapace dans les airs. Aucune présence n'apparut au cours des longues minutes d'observation du Kirijin.
« Qu'attendez-vous de moi… ô Kamuys ? Où dois-je aller pour trouver Kotan-kor-kamuy ? Que dois-je faire pour réussir à le comprendre ? »
Sa tête s'abaissa finalement.

Les esprits ne lui répondaient plus. En cet instant, abandonné des déités, Shitekka se sentit profondément seul. Sans ses proches autour de lui pour le soutenir, ses camarades Kirijin pour l'épauler, Shitekka se sentit profondément seul. Ses mains abandonnèrent l'inau planté précédemment. Réalisant finalement la fatigue accumulée jusqu'ici, ses mains trouvèrent appui sur le monticule de glace qui lui faisait face. En luttant contre le froid de la glace, il suivit du regard ses mains pour trouver la meilleure position. Soudain, ses yeux d'ambre s'arrêtèrent sur un point. L'autel de glace offrait un spectacle incroyable. Inimaginable.

Shitekka avait trouvé l'esprit de la chouette. Ce kamuy, avec lequel il cherchait tant à entrer en communion. Ce même gardien, qui depuis tout ce temps veillait sur les terres de Saroruncasi. Dans ce reflet, il s'était trouvé. Lui, et le Kotan-kor-kamuy.

Il n'avait plus besoin de mots pour comprendre ce qui lui arrivait. Ni pour s'adresser à celui qu'il cherchait tant. Tout s'opérait dans son esprit. Un dialogue de l'âme. Son ange gardien était là. En lui. Et il lui offrait sa protection. Il était là depuis tout ce temps. Et son pèlerinage jusqu'au sommet de Saroruncasi lui avait permis de libérer pleinement ce don offert par le gardien kamuy. Une larme parvint à se frayer un chemin sur la joue frigorifiée du spirite. La voix de l'esprit rapace le guida jusqu'au bord du sommet. Là, son ramat frissonna dans tout son être, avant que la sensation précédente ne refasse irruption.

À présent en pleine possession de ses sensations, l'homme au regard mordoré se parait dorénavant d'un manteau de plumes blanches. Un épais duvet chaleureux qui lui avait permis de résister au froid des hauteurs extrêmes. Sa pupille se fendait au gré de son chakra, jusqu'à lui octroyer une vue familière mais pourtant nouvelle du monde qui l'entourait. Si jusqu'à présent un calme intermittent planait en ces lieux, il distinguait à présent le murmure des nuages ici bas. Il ne restait plus qu'un ultime détail, que lui souffla au creux de l'oreille son protecteur invisible.

« Prend ton envol, fils de Saroruncasi. Car à présent tu es le Gardien de Saroruncasi, et tu dois retourner veiller sur les tiens. »

Shitekka se laissa tomber dans le vide. Quelques secondes plus tard, son chakra afflua dans ses bras, et alors qu'il étendait en grand ses deux membres, l'enfant de Saroruncasi commença à planer. Puis à s'envoler, embrassant l'air glacial de ses ailes d'argent. Son corps changé apprécia les variations de l'air, les différences entre deux brises. Il y eut un temps d'adaptation, au cours duquel un mélange de peur intense et de confiance absolue envers la déité incita le Kaguya de sang-mêlé à apprendre dans l'instant à s'arracher à la gravité. La prise de vitesse s'accompagna d'un gain de stabilité, avant que soudain il ne disparaisse dans la mer de nuages, ne laissant apparaître qu'un unique battement d'aile. Le premier d'une longue lignée, destiné à le faire rejoindre les siens, et bientôt sa Nation.

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Kamuy Maw Koro [Solo] Shitenousigna

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