Soutenez le forum !
1234
Derniers sujets
Partagez

Ombre et lumière [Solo]

Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Dim 26 Jan 2020 - 17:05

Ombre et lumière



- Yume-hime...

Ton corps se tourne et dévoile un dos squelettique aux domestiques. Tu t’enfouis sous des drapés plus épais que tes propres muscles, pour y cacher ce qu'il restait de toi. Après la bataille des Cataclysmes, ton esprit était tombé dans un puits trop étroit pour qu'il puisse remonter de lui même. Des journées de sommeil ; tu avais chuté face à l'un des pantins de Mamushi qui n'avait pourtant pas l'air d'avoir besoin d'être hypnotisé pour se montrer hostile à l'égard des autres. Il avait voulu brûler, ravager, dissoudre ce qui l'entourait comme si le seul monde qui pouvait lui plaire ne vivait plus. Des braises aux cendres ; s'étouffant lui même avec l'air qu'il consommait. Un match nul, qui t'avais valu un coma de plusieurs jours. Ton dernier souvenir ; cette explosion massive, ce grondement qui semblait venir du cœur même des entrailles terrestres. Le cœur du monde avait éclaté : emportant avec lui dans une rafale tiède, ce qui menaçait une fois de plus tes jours.

Tu aurais préféré que ton regard ne s'ouvre plus jamais. Qu'il n'ait pas à voir ce mur immaculé et ces visages penchés vers toi, avec leurs yeux humides et concernés. Qu'ils cessent de te regarder, de te voir, de s'inquiéter. Tous ceux dont les cœurs avaient étés un jour concerné par ton existence finissaient par disparaître. On t'avait annoncé la fin de Kyôshiro sans préciser que son sacrifice avait été ultime. L'absolu voulait qu'il ne reste de lui que des souvenirs. Son corps n'était plus, disparu par le feu et l'argile, fondu à jamais dans un trou béant qui illustrait désormais parfaitement l'état de ton âme. Une vie sans corps ; contre ton corps sans vie.

Il n'y avait dans ton regard plus que des larmes sèches et une ombre tamisée.

►►►


Il ne fallut que quelques semaines pour que la gouvernante et ses assistants comprennent que tu avais perdu le sens du dialogue et de la communication. Toute forme de stimulation externe se soldait sur un échec ; même la venue de tes parents (pourtant difficiles à tirer de leurs obligations) n'attrapa même pas ton regard... Bien au contraire. Ils avaient fait de toi un rêve brisé. Yume n'était plus. Du moins pas plus qu'une coquille vide, attendant que les heures s'écoulent sans même que lui temps lui paraisse long.

Des journées qui s'alignent, se superposent, sans rien de plus, sans rien de moins. Petit à petit, l'équipe de soin (conséquente) qui t'étais attribuée se mit à disparaître. Il y avait des cas plus graves que le tien au village ; et tu avais une santé parfaite. Le problème venait d'ailleurs ; de tes convictions éteintes, qu'une médecine traditionnelle ne pouvait comprendre ou raviver.

- On ne peut plus rien pour elle ; si son esprit s'éteint, c'est qu'elle en a décidé ainsi.

Un choix. Une fatalité. Rejoindre l'autre côté du monde ; celui où tous t'attendent, où ta place de princesse est légitime. La lumière qui vient du bas, l'ombre qui ronge le ciel. Pour une fois, les envers s'inversent, deviennent l'opposé. Tu es Reine d'obscurité, ne brillant que dans les nuits les plus obscures, dans les sommeils les plus profonds. Un paon blanc qui était prédestiné à ne pas voler, mais à plonger indéfiniment vers le bas.


_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Dim 26 Jan 2020 - 23:01

Ombre et lumière


Des heures devenues jours. Des jours devenus semaines, qui à tes yeux, ne faisaient l'écho que de quelques secondes. Il n'y a point d'ennui lorsque le cœur n'est plus. Pas d'attente, pas d'espoir. Tu avais décidé de sacrifier le bon pour faire table rase du mauvais. Les souvenirs deviennent alors des mirages, drôles d'illusions que tu regardes sans que ton âme s'auto détruise. Le feu ne brûle plus, le froid ne congèle plus. Il ne reste de tes sens qu'un simili à peine perceptible. Ton corps est là, il bouge et respire, mais ne vit plus ; car tu avais décidé de l'oublier, de t'oublier.

- Yume-hime... C'est l'heure du repas.

La monotonie reprend son cours ; Des bouchées sans goût, un festin sans appétit. Un tas de restes, de surplus. Plus le temps passe, et plus les assiettes sont fournies, diverses. Ils pensent qu'en jouant de surenchère, ils te convaincront de revenir ; ils se leurrent, ils ne créent que de l’écœurement, du gaspillage. Ils ne récupèrent rien, jettent tes repas au bétail.

Derrière les portes, des murmures qui grandissent, se multiplient.« Elle n'a pas bougé depuis deux semaines, c'est comme si elle était … » Elle n'ose finir sa phrase, par peur de porter malheur, mais tu entends bien ce qu'elle souligne. Déjà morte ? Tu l'étais depuis le jour où tu avais osé pensé que ta liberté était légitime. Ton arrogance n'avait que trop coûté.

Tes yeux virent vers une fenêtre entrouverte sur un monde pourtant opaque. Le verre te reflète une vision disproportionnée ; translucide. Tu haïssais ce que tu voyais. Tu haïssais ce que tu étais devenu. Ce que tu avais fais. En jouant avec les cœurs par des miroirs cristallins, en reflétant ce qu'il y avait de pire en eux, pour les déstabiliser, pour gagner, pour survivre. A trop vouloir équilibrer ce qui te paraissait injuste, tu avais créé un terrain mystique et tordu, loin de toute réalité.

Du rêve au cauchemar.

►►►

Spoiler:
 

Quand tes yeux s'étaient posé sur le miroir ; tu pensais qu'il projetterai au loin tes hantises du moment. Parce qu'il y avait pire, tu trouverai pire. Tu voulais comprendre ce que tes capacités étaient en mesure de créer. Tu voulais t’acquitter de la culpabilité en subissant ce que tu avais imposé aux autres. Le cristal tranchant ; la glace révélatrice. Au premier regard, il impose, exige, implose.

Tes prunelles s'attardent sur la surface plane et brillante du miroir. Elles n'y voient que le reflet de leur azur assombri. Elles cherchent désespérément une réponse, un signe ; mais rien hormis ton teint blafard ne vient repeindre sa surface. Tes sourcils se froncent, ton poignet jette l'objet au loin, qui se brise dans un fracas aigu. D'un cristal naissent une centaine d'autres ; des brisures qui avaient plus de sens que le miroir lui même.

L'illusion n’opérait pas sur toi. Ton destin était de survivre pendant que d'autres tombaient en ton nom. Tu serais l'unique héritière, l'isolée, la tête qui dépasse, qu'on veut arracher en vain. Les aversion du monde contre la féodalité se retournait contre ton propre peuple. Leur fidélité hérétique était ton poids, ton fardeau. Tu serais condamnée à regarder les autres périr en ton nom... En un nom damné.


►►►

Ta première sortie se déroula presque trois semaines après le Cataclysme. Tu pensais que les domestiques s'en réjouiraient, qu'ils oublieraient ton état second ; pourtant, leurs voix n'étaient pas rassurées, au contraire.

- C'est de pire en pire... Elle maigrit à vue d’œil... Ne peut-on donc rien faire... 

Leur avis n'importait pas. Mais elles ignorèrent tes mouvements comme s'ils étaient inexistants. N'étant pas dans la capacité à analyser leur comportement, tu décides d'avancer quand même, d'ignorer leur réaction comme tu l'avais décidé jadis. Peu d'émotion, plus d'émotion ; Ton corps peine à marcher mais il oublie qu'il est faible et disparaît au coin d'une porte, dans l'ombre d'un nouveau chemin.

Iwa semble figée dans le temps, assombrie par l'automne qui dévorait petit à petit tourne forme de vie. Il n'y avait plus de couleur à tes yeux ; les feuilles tombantes étaient toutes d'un nuancé grisé.

Malgré l'heure, malgré la foule, malgré la fatigue. Ton corps est attiré par le début du vide. Franchissant sans mal les remparts, tu observes finalement ce que tu redoutais le plus. Ce trou béant à l'entrée du village. L'Oeil du Cyclone. Le nom était censé être un hommage ; mais il sonnait à tes oreilles comme une malédiction.

Une nausée t'emporte, te fait pencher en avant. Ton visage se ferme.

Ombre et lumière [Solo] 3Qs5dhn

A côté de cette faille ; des stèles, des pierres, des statues. Les reliques de vies arrachées. Un cimetière improvisé et sinistre, où les charognards cherchaient encore de quoi vivre. Corbeaux obscurs et vifs, dont les serres s'emparaient des tombes comme pour statuer de leur emprise sur elles. « Ils sont à nous » « Les morts sont à nous »

La pluie avait laissé quelques nappes de larmes au sol ; et pour la première fois, tu pensais voir ce que le miroir avait dicté pour toi. Les reflets de ces âmes perdues ; leurs silhouettes, dressées ça et là devant leurs tombes. Ils regardaient tous vers toi ; te jaugeaient. Kyoshiro se tenait parmi eux. Son œil unique ne fixait que toi.

Tes genoux tombent sur un sol boueux, sous un poids que tes épaules ne sont pas capables de supporter.

- Pardon.... Pardon.

Le néant reprend sa place. Tes paupières sont trop lourdes, ton corps chute pour de bon. L'obscurité devient reine pendant que ton esprit vacille. Tu crois entendre des cris familier ; les domestiques s'agitent. «Elle pleure, la princesse pleure.. Oh, grand dieu s'il vous plait... Aidez nous ». Leurs voix s'éloignent, reviennent. Comment s'étaient-elles déplacées à toi si vite ? T'avaient-elles suivi dehors ? Ah... Qu'importe. Tout était trop épuisant ici.

Plus rien. Rien qu'une bulle d'encre qui t'isole de nouveau.






_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Jeu 20 Fév 2020 - 11:54

Ombre et lumière


Ces servantes qui te disaient en larmes étaient aveugles ou folles ; il n'y avait en toi qu'un gouffre asséché, incapable d'être démonstratif, d'évacuer, de ressentir. Étrangement ; ton monde était devenu distordu, loin de celui de ceux qui t'entouraient, au point que tu ne comprennes même plus les mots qu'on t'accordait. A maintes reprises, les voix commentaient des actions, des scènes, des situations qui t'échappaient, au sens littéral comme figuré. Tantôt confondant ta propre personne avec une autre (quelle audace), tantôt en t'accompagnant d'une façon tellement dramatique que leur présence même te devenait insupportable.

Les murs étaient tes meilleurs compagnons ; il te rendaient en écho des dires erronés ; en isolait d'autres. Plusieurs fois, tu avais verrouillé à clef ta porte de chambre afin de t'éclipser de ces parades « curatives », mais à chaque reprise ; la porte s'ouvrait comme si elle n'avait jamais été condamnée. Des infractions qui te valurent au début un simple regard amer ; mais sur le long terme, tu haussais presque le ton afin de réclamer qu'on te laisse chaque outil qui permettrait d'enfreindre ton intimité et tes règles. Les seules réponses que tu avais ; l'ignorance. Ces servantes étaient rentrées dans une application tellement machinale de leur rôle que tu n'avais même plus ton mot à dire sur leur façon de faire.

Ahh... Nous y voilà – songeais-tu en constatant ton propre reflet dans une fenêtre ombragée par la nuit. Seule la lune donnait assez d'elle même pour te garantir un visage plus limpide que jamais. Un fantôme entre ses rideaux ; ses joues creusées sans raison. Ce point de non retour ; cette vie tellement dénuée de sens qu'elle est traitée comme une défunte hantant ces lieux. Il n'y avait plus d'affect, plus de sincérité ; juste cette cruelle réalité que tu serais un poids pour les autres, à jamais.

Tes paupières se ferment, prêtes à le faire pour toujours ; mais un jeu de lumière vient les interrompre à mi chemin. Deux yeux immenses ont remplacé le paysage nocturne visible au travers de la fenêtre. Ils brillent d'un éclat sombre et froid ; te jaugeant, te jugeant,. La dernière ombre ?

Ombre et lumière [Solo] M0RhZ5W

- TU NE DEVRAIS PAS ÊTRE LA !

Une voix puissante, rauque ; si forte qu'elle en fit trembler les murs et ton cœur et peut-être aussi les murs de ton coeur. L'intonation était si agressive qu'elle t'avait fait sursauter ; arrachant à la volée la lampe à huile qui trônait sur ta table de chevet. Le fracas du verre sur le sol attire ton attention vers l'endroit désormais souillé par l'huile. Tu entends au loin les domestiques qui peinent à se lever, qui accourent sans ambition.

L'instant d'après. Les prunelles avaient disparu dans le néant.

Le silence reprend son droit pour un faible temps. La doyenne semble paniquée de voir qu'une simple lampe soit brisée ainsi. « Comment la princesse a-t-elle pu faire ça » « Vous n'avez rien vu ? »  « Surveillez la mieux BON SANG ! » De l'agacement, même de la colère ! Tu te sentais mise à nue ; devant ces femmes qui enragent, qui t'infantilisent. Pourquoi diable devenaient-elles hystériques pour une bête histoire de casse ? Tu avais beau parler ; expliquer, tes mots filaient comme du vent. Elles t'ignoraient ? Pire... Elles te méprisaient ? « … Nettoyez tout ça et appelez tout de suite le médecin »

Encore ? Vraiment ? Un médecin pour ça ?

Ton corps fuit cette pièce, cette médisance. Personne ne cherche vraiment à te retenir ; ils sont tous bien trop préoccupés à nettoyer les sols plutôt qu'à nettoyer ton âme. La fuite ne te mène nulle part, tantôt sous un arbre fatigué, tantôt sur des terrains isolés, ayant pour seule compagnie les cressons lunaires... Qui eux au moins te répondaient avec justesse.



_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Lun 9 Mar 2020 - 3:22

Ombre et lumière


Ton visage plonge vers un sol boueux et humide. Il se noie au milieu des flaques qui te renvoient l'immensité du ciel et ta pâleur qui faisait tache. Des feuilles orangées flirtaient avec les eaux de pluie, t'inspirant une nouvelle crainte. L'automne ? Déjà ? L'été était passé en une journée, probablement trop triste d'avoir à regarder la réalité d'un village endeuillé.

Un premier frisson se réveille le long de ta nuque en même temps que le souffle ni froid ni chaud qui endort la végétation à petit feu.

Ombre et lumière [Solo] PbMEvKD

Tu t'étais échappée de ton mouroir sans réfléchir aux conséquences, te retrouvant plantée devant une nature endormie et une solitude accablante. Tes sourcils se froncent ; le village était bien calme, même pour une période meurtrie et amère. Pas un civil en vue ; pas un bruit. Seuls tes pas amortis par une terre mouillée créaient de l'écho dans des ruelles désertes. Une peur naît ; inconstante, mais assez puissante pour réveiller en toi un soupçon de curiosité, d'éveil.

Une seconde de lucidité te laisse entrapercevoir, au loin, deux éclats bleutés ; dont la froideur brillait tristement au loin. La sensation d'être épiée, jugée, jaugée de loin. Ce même regard qui avait percé ta nuit la veille.

Sans trop comprendre, ni réfléchir ; tu avances nus pieds vers un sentier inexistant. La rocaille des Crocs Rocheux se veut glissante, tranchante, mais elle te pousse à ne pas réfléchir trop longtemps ; tu plonges vers une descente sans fin, en quête d'un tout... ou d'un rien

►►►

Le syndrome de l'arc en ciel rend ton voyage caduc. Arrivée aux pieds d'une colline sans prétention ; le feu glacial y a disparu ; il apparaît de nouveau au loin. Tu étais pourtant persuadée de l'avoir associé à ce mont ; ce qui avait donné un but bien défini à ta marche. Mais l'illusion se jouait de toi ; et plus tu t'en rapprochais, plus elle s'éloignait au loin. Tes pieds meurtris par la marche réclament répit ; tu t'affales au sol, usée. La seconde ou tes yeux quittent l'horizon de vue suffit à effacer toute trace de ce qui t'avais attiré. Les deux perles azurées n'étaient plus ; il ne restait que toi et ce que tu supposait être ta folie grimpante.

L'hypothèse est balayée par un souffle chaud qui te balaye le dos. Tu heurtes un mur rocheux dans un sursaut ; te retournant tant bien que mal pour inspecter tes arrières. Face à toi, une bête immense, aux prunelles qui te donnaient l'impression de percer ton âme. Ton souffle se bloque ; comme une proie qui chercherait à disparaître de la vue de son prédateur. Sans bouger, sans respirer.

Les secondes deviennent des heures, à attendre que quelque chose se passe... Jusqu'à ce que le géant, paré d'une toge immense ; s'approche d'une patte, révélant pleinement sa parure argentée.

Ombre et lumière [Solo] ELuCytZ

- Quelle pauvre créature tu fais

Ton esprit s'embrouille, ignore presque que la bête sache parler. Tu es bien trop occupée à décrire le titan de plumes qui te faisait face.

- Si tu t'égares trop loin ; tu ne pourras plus jamais revenir.

Muette face à des conseils jetés à la volée ; presque qu'indécise sur la façon dont tu devais les interpréter. Tu n'avais pas l'impression d'être partie si loin du village pour te soucier d'un éventuel point de non retour... pourtant, ces quelques mots sonnaient lourdement, assez pour t'arracher toute forme de parole.

L'oiseau de glace semble s'impatienter ; tu n'étais pas la compagnie rêvée, et ton mutisme pouvait sonner comme de la provocation, bien qu'involontaire.

- RÉVEILLE TOI !

D'un coup ; d'un seul ; sa patte frappe le sol avec une vélocité telle qu'il se brise en une crevasse infinie. Ton corps est trop faible et trop lent pour réagir ; te voilà emportée par le vide ; avec comme seule accroche l'image de l'oiseau qui s'éloigne et s'éteint.

Ta chute ne s'arrête que lorsque l'ombre a avalé tout ce qui se trouvait autour de toi ; Une nuit précoce, glaçante... et morbide.



_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Dim 22 Mar 2020 - 23:31

Ombre et lumière


Ce ne sont pas les nombreuses contusions marquant ton corps qui te réveillèrent, mais bien le froid mordant qui voulait t'emporter avec lui. Le manque de luminosité, la proximité avec des murs gelés, tout te confortait dans l'idée que tu étais tombée pour de bon au cœur d'un monde sans vie. Pourtant, quelques éclats brillants viennent illustrer un nouveau tableau de l'horreur ; Ce qui t'entourait n'était pas de la terre, ni même de la roche ; mais bien du cristal translucide. Les surfaces étaient assez lisses pour que les lucioles qui apparaissaient puissent en dessiner les moindres facettes : et derrière ces points lumineux, des ombres venaient naître... Aussi cruelles qu'effrayantes.

Ombre et lumière [Solo] 69bcFxx

Des squelettes qui te jugeaient même sans yeux : prisonniers à jamais de ces murs de verres, du temps passé, de la mort. Certains semblaient implorer, hurler ; tu voyais la douleur partout, l'horreur d'une fin précoce. Tu poses tes mains contre la paroi, comme pour rejoindre celles de ceux dont les âmes sont déjà loin. Et enfin, une larme coule car tu as finalement compris. Toutes ces choses, toute cette succession d’événements. Tu t'étais noyée dans ton propre jeu.

Ton poing frappe une première fois la prison de glace qui ne bronche pas. Un second coup, une troisième ; tes mains s'acharnent, se brisent, s'étiolent face à la barrière qui te sépare du monde. Une fissure devient crevasse, une crevasse devient brèche ; une plaie béante et cisaillée. Les morts devraient te tomber dessus par vagues : mais ils restent statiques, ils s'illuminent, brillent si fort que tes prunelles ne peuvent le supporter.

Quand ton œil se ré-ouvre ; ce n'est pas la désolation qu'il voit, mais le même plafond de chambre que tu avais fixé des années durant. La larme est bien là, mais le reste s'est évaporé. A tes côtés, le miroir que tu avais créé dans le but de tester tes propres capacités s'était fissuré. Tu t 'étais échappée d'un monde parallèle ; de tes propres peurs.

Là voilà... Ta plus grande peur. Un monde comme celui-ci. Un monde brisé, saturé, meurtri. Un monde où les autres meurent sous tes yeux. Un monde ou tu es incapable d'aider, d'assurer, de protéger : de vivre sans avoir à être rongée d'une culpabilité viscérale. Ta plus grande peur ? Ta propre ombre ; celle qui te suit partout, acte tes passages, ta présence... Ta vie.

Autour de toi, l'effusion commence ; elles sont une bonne dizaine à te fondre dessus ; à pleurer sur ton lit, à capter ton regard pour que celui-ci ne s'endorme plus jamais. Tu peines à te redresser ; le constat est amer. Tes bras, tes mains, tes muscles avaient fondu et ressemblaient à des os nappés d'une simple couche de peau. Un squelette avec visage, avec sa parole comme seule preuve d’authenticité. Même ta voix est méconnaissable ; essoufflée, fluette.

- Combien... de temps... ?

Les visages se croisent, geignent, se demandent si la réalité est bonne à dire. C'est au final la doyenne d'âge, ta plus vieille servante, qui répond autoritairement.

- Plus de deux mois hime-sama...

Une autre s'empresse d'enchaîner, comme accablée d'une culpabilité soudaine

- Nous étions désespérés... Nous avons fait venir soigneurs, médecins, experts … mais personne ne savait quel mal vous aviez....

Ton visage se penche du côté du miroir de poche. Un soupir s'échappe.

- Ce n'est rien... C'était... De ma faute.




_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Mar 7 Avr 2020 - 3:13

Ombre et lumière


Ces « quelques mois » avaient suffit à rendre des années à l'état de poussière ; Même marcher semblait être une épreuve, non pas pour une question de fatigue, mais bien de la stabilité perdue qui peinait à refaire surface. Tu avais cette étrange impression de flotter et d'être aspirée si facilement que tes mouvements en devenaient décousus et involontaire.

Plusieurs semaines furent nécessaire à rendre les multiples thérapies -grassement payées par tes parents- efficaces. Tu pouvais enfin bouger à ta guise ; les séquelles étaient oubliées mais pas leur origine. Tu t'étais condamnée toi même dans un cercle vicieux, ou la terreur faisait écho à ce qui était on ne peut plus normal ; une vie sans contrôle, criblée de doutes et de regrets.

La plupart des servantes ne cessaient de t'accorder de gracieuses éloges ; sur ta combativité, sur le fait que tu te sois réveillée de toi-même, sans l'aide de spécialistes. « Une combattante, une revenante »... Mais l'étais-tu vraiment ? Ton miroir s'était-il brisé parce que tu l'avais voulu ou parce que quelqu'un... ou... quelque chose, t'avais aiguillé vers la réalité ?

Les voix qui te parlaient ; ces bêtes immenses qui t'observaient, étaient-elles simplement le fruit de ton imagination... Une sorte de système de défense forgé inconsciemment afin de te protéger ? Intérieurement, tu peinais à croire que ton esprit aille aussi loin dans ses inventions ; mais d'un autre côté, le surnom que l'on te donnait depuis toute petite prenait aussi aujourd'hui tout son sens.

Byakuren Yume ; le paon blanc.

►►►

Quand les journées s'étiolent, qu'elles s'éteignent ; on sait que l'hiver ne manque pas d'arriver. Petit à petit ; les feux se font de plus en plus présents, le soleil de moins en moins serviable. Les nuits sont longues et lentes ; beaucoup trop pour que ton corps, qui avait dormi des mois durant, y trouve un quelconque réconfort. Au contraire. Ton cerveau était en ébullition, ravagé par la réalité de ton pouvoir ; de la complexité de ses limites. Et plus le temps passait ; plus ton intime conviction d'avoir à chercher au delà des règles classiques des arts ninjas s'intensifiait.

Yume - 夢 – Rêve

Tes mains griffonnaient perpétuellement ton propre prénom, des nuits durant, sans même en comprendre la raison.

Akumu - 悪夢- Cauchemar … Où autrement dit « mal » et « rêve »

Un mauvais rêve, qui demeurait pourtant stigmatisé au rôle de rêve, du néant, de l'abstrait, du subconscient. Mais aujourd'hui plus que jamais ; ton subconscient avait prit un visage, une forme, une matière. Tu le contrôlais avec maladresse, l'avait créé sans le vouloir. Depuis le début ; ce don sonnait comme une tare, une malédiction.

Une Byakuren ne devait pas manipuler les arts ninjas ; la noblesse l'interdisait. Pourtant, toute ta vie avait été attirée par une force qui te dépassait ; un appel à la souffrance, un destin hors de ta portée. Comme si... Tu avais été damnée dès la naissance ; pour payer quelque chose. En voulant bien faire, tu n'apportais que le malheur et la désolation. Depuis le début, les gens autour de toi mourraient, et tu demeurais indemne, pourtant fragile et tuable cent fois. Peut-être que ta peine n'était pas de périr ; mais d'avoir à regarder en face la mort sévir autour, en étant impuissante, incapable de la contrer.. Ni même... de la refléter.

►►►

L'effusion de questions auraient pu te mener au même point que lorsque que tu avais décidé de poser ton regard sur ton propre miroir ; mais cette fois-ci, tu avais envie de faire confiance à quelque chose qui te dépassait ; ton mauvais rêve.

La bibliothèque d'Iwa était une mine d'or pour celles et ceux qui désiraient s'instruire en silence ; Tu y avait d'ailleurs déjà passé des journées entière à vouloir déceler les clefs des arts shinobis sans pourtant y réussir via la théorie. Seule, la connaissance n'avait aucun poids. Il fallait faire pour comprendre, marcher pour courir ; subir pour se remettre en question.

Tes enquêtes s'arrêtèrent à plusieurs ouvrages qui relevaient plus de la mythologie et des contes illustrés que de faits réels. Pour la première fois, tu cherchais à comprendre le sens de ton identité en revenant à sa base la plus primaire ; que signifiait ton emblème ? Shiroi Kujaku – Le paon blanc. Il y n'y avait que peu de légendes liées aux passages des bêtes ailées, communément appelés Paons. La plupart en dressaient le portrait de manière très méthodique et scientifique, ce qui t'aurais intéressé avant ton coma. Mais désormais, tu voulais aller au delà de la science, et te fier à des narrations plus romanesques, plus visuelles.

Un vieux manuscrit, jaunit par le temps, oublié par le reste, narrait les voyages itinérant d'un chercheur de lumière... (Difficile d'imaginer quel genre de métier cela pouvait bien représenter). Il disait alors que de toutes les sources de lumière qu'il ait pu visiter ; seul le temple du Ciel lui avait apporté une réponse précise à ses questions.) L'illustration qui y été liée représentait un temple qui semblait prisonnier de la roche et d'une froideur ambiante.

« Bercé des neiges éternelles ; jamais ne vit, jamais ne meurt ; le temple surplombe et guette, comme l'ailé légendaire qui accorde la vie aux défunts, et la mort aux vivants. »

Ombre et lumière [Solo] JSZ0znq

Le livre se referme mais la page reste marquée ; ce temple existait-il vraiment ? Et... Pourquoi avais-tu ce sentiment de l'avoir déjà vu ?



_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Dim 19 Avr 2020 - 23:18

Ombre et lumière


- Ce n'est pas un endroit pour les humains...

Tu avais insisté avec une ferveur qui ne te ressemblait pas ; au point que ta propre mère cède finalement et cesse de nier en boucle avoir déjà vu l'étrange temple. Elle s'était noyée dans des excuses et réactions tellement décousues que tu avais très vite compris qu'elle te cachait quelque chose.

- Comment pourriez-vous le savoir sans en avoir entendu parler... ou bien même.. Y être allée ?

Tes yeux accusent ceux de ta mère qui fuyaient désespérément vers l'extérieur ; Ta question ressemblait à un ultimatum, comme un piège dont la seule issue de sortie serait d'avouer une vérité cachée jusque lors.

- Est-ce qu'il aurait un quelconque rapport... Avec mon symbole ?

Chaque noble avait un nom et un un Mon (紋 = un symbole qui le représentait). Le tien avait toujours été « Le paon blanc ». Cette fois-ci, c'est l'angoisse qui se refléta sur le visage de Yoru ; elle savait qu'elle perdait, et surtout... Qu'elle t'ouvrait la porte à un risque frénétique... La curiosité d'un passé et d'un futur.

Dans un soupir ; ses mains se croisent et emprisonnent majestueusement son ventre, comme une mère le ferait.

- Tu... Tu as toujours représenté pour nous, un rêve inespéré. L'idée de recueillir une enfant nous avait comblé de bonheur, assez pour nous rendre attachés à ton destin avant même qu'il ne soit dessiné. A l'époque, ton père avait déjà eu du mal à se remettre de la mort de sa première femme ; ta venue était en quelque sorte, une façon pour lui de lui dire adieu, et de se concentrer sur le futur. Nous étions très impatients de te rencontrer ; Les dernières semaines furent une épreuve, d'angoisse, d'amour, de paix. Nos sentiments étaient confus ; au point d'en oublier la vigilance.

J'ai été empoisonnée. Pas par le genre de poison qui tue ; mais celui qui prive. Ce qu'on voulait m'enlever, c'était toi... et seulement toi. J'ignore encore pourquoi, et par qui, mais ta venue semblait poser problème et.. en quelques heures seulement, la toxine avait déjà rongé toute ta vigueur et ta vitalité.


Elle ne pleure pas mais ses cheveux plongent vers le sol comme une cascade éteinte.

- Tu allais mourir ! Que pouvions nous faire d'autre qu'intervenir ?!

Ton esprit s'embrouille, peine à comprendre ce que cette histoire pouvait avoir à faire avec le temple en question. Elle semblait culpabiliser de cet aveu.

- Nous avions convoqué les plus éminents experts ; les plus riches, les plus savants, les plus diverses. Et ils étaient unanimes ; nous devions nous préparer... Et évacuer notre peine dès à présent. Nous étions révoltés... et désespérés.. Au point de nous tourner...

Vers des moyens qui dépassaient ceux de simples humains... Vers la croyance.


Elle avait ensuite instauré une pause. Son discours pouvait paraître irréel et fou, mais après tout ces éventement, tu peinais à séparer folie et réalité, et comprenait donc à moitié ses confessions. Le palais serait un lieu sacré, un autel où certaines prières pouvaient être exaucées... par des dieux.






_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Dim 10 Mai 2020 - 16:32

Ombre et lumière


Suivre les vents du Nord jusqu'aux crocs les plus ardus de la ceinture ambrée ; Tourner vers le col des rivières endormies ; Continuer jusqu'à ce que l'espoir disparaisse, et là, la montagne enneigée réveillera aux plus méritants son temple ; le refuge des âmes perdues.

A l'époque, tes parents avaient donc voyagé seuls avec ces quelques indices tellement lyriques qu'ils paraissaient à peine réalistes : parce que leur désespoir était tel qu'ils n'avaient plus besoin de la réalité. Ils s'étaient évadés, et un miracle s'était produit.

Ton pragmatisme d'antan t'aurais plongée dans des doutes bien trop présents pour que ton cœur se décide de considérer sérieusement ces aveux comme une piste ; mais les années avaient effacé tes illusions... Ou plutôt, les avaient remplacées par de nouvelles. Tu n'avais plus foi en rien, mais en tout ; ce qui paraissait aberrant était tout aussi crédible que la plus logique des théorie.

Ce voyage était nécessaire. Une quête de rédemption que tu n'osais pas nommer ainsi, mais ton cœur cherchait l’apaisement, et il ne le trouverait que dans la vérité sur ta place en ce monde. Le plus difficile fut de trouver une bonne justification à ton errance solitaire. Ni la Genin d'Iwa, ni la princesse déchue n'était en mesure d'avoir un laisser-passer afin de voyager secrètement vers des desseins personnels. Il te fallut donc monnayer des gradés, prévenus d'avance que vos chemins se sépareraient après quelques heures de marche. Ce n'était pas évident, la plupart des engagés militaires avaient une conscience pure et craignaient d'être associés à une quelconque désertion. Seul ton visage eut raison de ces doutes ; comment un héritière du pays pouvait-elle fuir son propre royaume ? C'est donc en abusant de mensonges et de notoriété que tes pas furent menés en dehors du village de la roche. Tu n'étais pas fière de cette manipulation ; mais restait-il encore en toi quelque chose dont tu pouvais être fière ?

La première indication était relativement simple : les vents du Nord soufflaient très largement sur les Crocs Rocheux pour que leur sifflement indiquent avec précision le sens de la marche à suivre ; et la ceinture ambrée était déjà visible même de très loin. Ton avancée se fait donc discrète, parmi un tas de marchants, itinéraires ou non. Petit à petit, les routes s'étiolent, les visages s'éloignent, peu de marcheurs s'aventuraient vers l'ascension de cette immense chaîne montagneuse. Seuls les locaux semblaient revenir, fiers ou non d'avoir commercé avec le village caché. La montée fut rude, assez pour que ton corps commence à se raidir sous l'effort, mais pas assez pour que ton regard ne s'attarde pas sur le décor vertigineux qui trônait en haut des premiers monts. Les rivières endormies furent aisées à trouver ; il ne s'agissait pas de neige, mais bien de rocailles émiettées qui semblaient avoir dégringolé d'un col annexe. Les suivre serait par contre une tache plus complexe qu'escompté : chaque morceau de roche semblait à peine stable, et un simple pas créeraient sans doute une avalanche terreuse et meurtrière. Il te fallait donc escalader sur les côtés les plus stables, en usant du Suimen pour t'accrocher aux parois les plus pentues. Un geste de travers, et tu chuterai de plusieurs dizaines de mètres dans le vide. La pression te fait retirer ton masque ; il encombrait ta vision et ton esprit. Ici, plus personne ne devrait être en mesure de reconnaître tes traits. L'ascension progresse vite ; mais pas assez pour que la nuit ne vienne pas endormir les monts avant la fin de celle-ci. Tu avais sous-estimé la hauteur de cette faille et la voracité de la nuit hivernale. Les journées étaient bien plus courtes qu'avant ton sommeil ; et tu te retrouvais piégée par une nocturne sans étoiles, à avancer vertigineusement vers un sommet que tu ne pouvais même plus percevoir. Par chance, une petite estrade naturelle te permit de reposer tes muscles et d'enfin poser un regard à l'horizontale sur le paysage. Un trou béant ; un lac obscur. Tes yeux peinaient à voir plus loin que les quelques mètres de vide qui se trouvaient devant toi. Déçue mais vite rattrapée par la fatigue ; tu t'endort à moitié sur un maigre perchoir en ignorant presque que tu pouvais aisément chuter.

Le réveil est douloureux ; le confort de la rocaille laissait à désirer, mais ton esprit était déjà happé à la contemplation des rivières enrochées dont le sommet était à une poignée de main. Un regain de motivation te fait ignorer les muscles bridés et les douleurs internes ; la grimpée prend fin en à peine une heure seulement. Tu pensais apercevoir une zone aplanie, dormant sous une nappe enneigée ; mais au contraire ; le mont s'étend à reculons et à perte de vue. Son sommet est noyé derrière les nuages ; pouvait-on seulement l'atteindre vivant ?

Continuer jusqu'à ce que l'espoir disparaisse

Tu avais pourtant l'impression que ton espoir avait déjà disparu ; emporté à la seconde même ou tu avais compris que ce que tu avais escaladé ne représentait même pas un tiers de la montagne en elle même. Le palais... se trouvait-il vraiment au sommet ?

Tu avances, hésitante. Pour la première fois, tes pieds sont enrobés des neiges éternelles, et le froid commence à te ronger de l'intérieur. Il fallait que tu te décides , avancer avec fermeté pour garder ta chaleur corporelle ; ou renoncer et chercher de nouvelles pistes. L'entre deux te tuerai à coup sur.

La course démarre comme un appel au suicide ; tu avais beau aller vite, la crainte de devoir grimper des jours durant t'angoissait. Redescendre serait une épreuve aussi. Il te fallait penser à tout ; mais dans chaque cas, la raison ne gagnait pas. Ce qui te poussait à avancer relevait de l'irréel, de l'imperceptible. Une conviction interne que tu avais besoin d'aller à ce palais.

Les heures passent et l'oxygène se raréfie. La folie des grandeurs t'enlève ; ton visage n'est plus fermé, il rigolerait presque. Des hallucinations apparaissent ça et là, maquillant un désert blanc par des touches colorées et joviales. Tu ne te plaignais pas ; cela rendait l'effort plus ludique, mais tu comprenais aussi que cela témoignait de tes limites. Si l'hérésie te prenait ; tu perdrais alors ton but premier, et t'égarerais dans tes propres folies... de nouveau.

Le froid devient mordant ; les efforts physiques rapides ne suffisent plus à contraindre sa faim. Indéniablement, tes mouvements en pâtissent, stagnent, fatiguent. Bientôt, la douleur fait place au néant ; tes membres ne sont que des morceaux de bois désarticulés qui avancent pour toi. Puis vient le sommeil, cette délicieuse envie de fermer les yeux et d’accéder à un repos salvateur. Tu méritais... Une petite... pause...

Une fraction de seconde d'absence, et ton corps chute lourdement, à la verticale ; le réveil est brutal, sur une roche peu clémente. Sauvée de justesse du vide interminable par une estrade... originale. Ton visage explose sous les dents du gel ; quelques gouttes de sang salissent la pureté des flocons. Ta paume veut alors effacer ton passage, rendre à la nature son aspect légitime. Le blanc meurtri laisse place à une roche sombre ; délicatement gravée d'un tas de reliques et signes incompréhensibles. Tes doigts suivent les lignes, les dessinent ; révèlent leur présence en effaçant la poudreuse. Alors enfin ; tes yeux se lèvent, et tombent sur une mince fissure qui était encadrée des mêmes sigles. Une porte discrète vers une grotte, ou peut-être plus. Ton corps s'y enfonce sans crier gare ; le passage est étroit, assez pour te forcer d'y avancer de travers. Les murs content des histoires, de dessins, de mots et d'ornements gravés. Quelques mètres plus loin, une lumière exceptionnelle fend les parois elles-mêmes ; t'empêchant de discerner l'aboutissement de cette ouverture.

Un cratère immense ; nappé de blanc, d'argent et de gris. Lever un regard au ciel permet de l'entrapercevoir, loin, bien loin au dessus. La montagne était vide ; et en son sein se trouvait... Le temple du Ciel.





_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Dim 10 Mai 2020 - 17:20

Ombre et lumière


L'entrée du palais grisaillant est moins impressionnante qu'escomptée : les parures sont pauvres et les voûtes trapues. Rudimentaire mais écliptique ; la plupart des signes semblent venus d'un autre monde. Les piliers maintiennent un ordre interne de manière rigoureuse, mais l'endroit semble déserté à son sort isolé depuis des décennies. Un vestige ancien et indescriptible, loin des tendances actuelles et de leurs jeux structurels. L'aboutissement de la pièce principale donne sur un immense mur criblé de gravures et peintures aux allures antiques. En son cœur, une stèle mise en évidence avec des mots tantôt familiers, tantôt étrangers. L'impression de connaître une écriture sans l'avoir jamais vue. **

Ombre et lumière [Solo] Wqdn1pm

Ton visage penche de côté ; s'interroge. C'était la seule pièce du temple mais elle ne semblait donner sur rien d'autre que ce mur scindé en deux par une fissure bien droite. Comme une porte qui ne demandait qu'à s'ouvrir. Ton esprit, bien qu'embrumé, perçoit un jeu énigmatique. Il manquait quelque chose ; mais quoi ? Avais-tu fais tout ce chemin pour manquer d'un élément essentiel ? Il y avait au cœur de la stèle, un réceptacle à la forme exotique, dont le cœur découlait sur une immensité de rivières en gravure : fallait-il un objet précis ? Un artefact ? Une relique ?

Le message au dessus semblait définir le besoin ; mais il échappait à ta compréhension. Du moins, sous cet angle de vue... Une idée germe, idiote, cruelle, résignée; dans ta paume germe un miroir cristallin. L'origine de tout tes maux.

La terreur naît; le désespoir, l'absolution. Ton regard s'y plonge et s'y perd. Le message devient lisible au travers du reflet emporté par le cristal. ** Les larmes et le sang ne manquent pas; tu es épouvantée à l'idée de te perdre de nouveau dans tes propres maléfices ; épuisée et blessée par ton ascension jusqu'au palais. Une larme, une goutte de sang ; et les murs s’affolent, grincent, dansent, t'éblouissent. L'ouverture sur un nouveau monde. Irréel.

Une plaine enneigée sans limite ; qui n'aurait jamais pu tenir dans un si petit palais. Pas de ciel, juste le sol blanc à perte de de vue. Tout était, si lumineux.

En face ; une bête immense, familière, au plumage aussi pur que son environnement. Elle te fixe ; avec le même regard que jadis, dans tes rêves, dans ta réalité, quelque part au milieu des deux.

- Cela faisait longtemps... Byakuren Yume.

Ombre et lumière [Solo] UWhlYdA

Spoiler:
 





_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Sam 16 Mai 2020 - 12:24

Ombre et lumière


La bête avait une aura presque divine ; elle surplombait un temple qui ressemblait plus à un trône qu'à une tanière. Tu comprenais enfin pourquoi la foi avait remplacé la raison ; L'immense paon transpirait une forme de quintessence mystique. Ton corps oublie le froid et s'approche dangereusement du titan de lumière. Ses prunelles n'ont plus rien d'effrayant, au contraire, elles reflètent une sagesse bienveillante.

- Êtes-vous... réellement un dieu ?

Si le paon avait pu sourire ; il l'aurait probablement fait. Au lieu de cela, son corps reste statique et te surplombe de plusieurs mètres.

- Peut-être... peut-être pas.

S'amusait-il à te rendre encore plus indécise que tu ne l'étais ?

- Certains hommes aiment à croire que nous le sommes ; Nos histoires sont souvent mêlées à celles de ceux que vous appelleriez « dieux ». Mais qu'est-ce qui définit un tel être, selon toi ? La puissance ? La sagesse ? L'immortalité ?... Ramener les morts à la vie ?

La question est ouverte mais les réponses sont fermées ; des adjectifs absolus viennent définir l'idée de divinité sans pour autant paraître convaincants. Qui est un dieu... mais surtout... pour qui ? Tout était question de perception, d'illusion, de fantasme ou d’interprétation. Il fallait voir pour y croire ; sentir pour connaître ; débattre pour comprendre. Ton cœur soupire ; évacue son surplus ; ta quête n'était pas de savoir si les dieux étaient réels, mais si cette bête était ton reflet ; ton idéologie, ta divinité.

- Il y a 20 ans...Vous... vous n'avez pas aidé mes parents

- Un Dieu dirait qu'il est allé repêcher ton âme en prenant un morceau des leurs... Un... Sage dirait que leur amour seul a outrepassé ce que la raison pouvait créer.

Tout prenait sens ; Ce double jeu entre le réel et l'illusion ; ce que l'on croit et ce que l'on crée, ce qui nous appartient et ce qui nous échappe. Ton regard fuyait depuis des années vers des issues aguichantes ; ignorant alors tout ce qui t'étais essentiel. Tu avais défié tes parents, ton titre, ta vie entière pour une idéologie pour laquelle tu ne te battais qu'à moitié, alors que tout se trouvait déjà à portée de vue. Tu avais rêvé de liberté et n'avait gagné qu'une Prison de plus. Tu avais rêvé de mérite mais était tombée dans un cercle infernal d'échecs. En voulant construire ; tu avais brisé. En voulant briser ; tu avais bâti. Ce monde parallèle était le tien, un monde de reflets inversés ; de jeux sans suite.

Tes genoux rejoignent le sol mais ton visage reste levé vers le paon. Comme pour l'implorer, comme pour le prier ; comme pour avouer et confesser.

- J'ai peur, peur du passé qui me rattrape, du présent qui m'étouffe, du futur qui m'échappe. J'ai l'impression d'échouer, de tomber, de faillir. J'ai peur de voir ces visages meurtris ; j'ai peur des condamnés de Wasure, de leurs regards, leur injustice. J'ai peur de ces enfants que je croise au village et qui portent déjà le bandeau ninja. Peur d'avoir déçu, de l'avoir été. J'ai l'impression de n'être qu'un échange coûteux auprès de la mort qui devrait déjà m'avoir emportée tellement de fois ; je vole les vies que je mène ; J'ai été sculptée pour porter la voix féodale que j'ai trahie en rejoignant les forces armées d'Iwa.

Il avait fallu deux ans et une ascension jusqu'au mont le plus haut de Tsuchi pour que tu vomisses enfin les horreurs qui te pourrissaient les entrailles. La peur. Une peur viscérale ; une angoisse qui t'avais transformée en quelque chose de figé, intemporel, condamnée dans un entre deux qui...

 ..jamais ne vit, jamais ne meurt 

Tes yeux se relèvent, bordés de cristaux aqueux ; ils trouvent un écho dans ceux du paon, dans l'histoire qui t'avais amenée à lui ;

- Sommes-nous... pareils ?

Cette fois, l'immaculé sourit vraiment ; ses plumes frémissent alors que son cou se baisse ; ramène une tête immense à quelques centimètres du tien. Son iris est un immense ciel pigmenté qui ne demande qu'à être contemplé.



_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc
Byakuren Yume
Byakuren YumeEn ligne

Ombre et lumière [Solo] Empty
Mer 20 Mai 2020 - 13:40

Ombre et lumière


Dans son iris naît une nouvelle image ; un ciel à perte de vue, tantôt froid comme l'océan, tantôt incandescent comme aux aurores matinales. Tu te voyais voler sans ailes ; vibrer sans vent. Une liberté privilégiée, la vie d'un autre ; la grâce d'immenses oiseaux élancés. Une migration hors pair, qu'une voix grave vient commenter. Tu étais dans un livre illustré, que le paon s'amusait à narrer ;

- Les plus anciennes de nos légendes racontent que nos ancêtres étaient des voyageurs célestes ; libres et indomptables. Leurs vols étaient souvent interprétés comme des messages divins ; les apercevoir était une bénédiction car leurs pouvoirs étaient... immenses. Ils étaient éternels, mais avaient quand même le luxe de vieillir. Ils mourraient... pour revenir à la vie.

Ton regard ne peut que suivre les plumes élancées qui tremblent sous la vitesse ; leur physique est différent du paon qui t’accueillait. Beaucoup plus grands, plus fins, une allure qui ne ressemblait à aucun autre animal recensé dans les archives scientifiques. Une créature... mythique ? La voix reprend, amusée, comme si elle avait déjà lu tes pensées et tes interprétations :

- C'est ça... Nos origines prennent racines dans les contes du phénix, symbole de justice et de grâce. Source de guérison, de paix, de justice. Adulé par certains ; craint par d'autres. Il était l'oiseau de feu, l'écho le plus direct et le plus pur du Soleil lui même.

Mais qui dit pouvoir immense... dit aussi convoitise.


Le rêve s'assombrit, affiche des visages serrés, avares. Il y avait des hommes et des bêtes rassemblés autour de ce qui semblait être un perchoir comblés de nids. Ce qui était au début être une simple conversation se transforma en pénitencier ; on accusait l'injustice de leur existence ; de son égoïsme. Nul être ne devrait être capable de vivre éternellement, sauf si il décidait de partager cette vertu à autrui. La curiosité malsaine avait cherché à puiser l'immortalité en son sein le plus divin... en vain.

- Il est dit que pour fuir cette convoitise, ces dieux auraient... abandonné leur propre nature, s'enfermant dans un monde parallèle ; où le temps s'écoule différemment ; où le ressenti n'est qu'illusoire, où la pensée prévaut l'action. Un monde...

- Kai



- D'illusions..

Les cieux disparaissent. Des murs de grisaille les remplacent. Le palais a recouvert sa taille normale ; le paon réapparaît, mais il est moins grand, moins prestigieux, tu penses même apercevoir quelques stigmates et imperfections qui ternissent son plumage nacré.

- Nous sommes pareils, jeune fille, parce que tu erres depuis trop longtemps dans des songes et un monde illusoire. Tu as même failli t'y perdre et t'y enfermer à tout jamais... Comme nous.

D'autres silhouettes s'approchent ; des dizaines de volatiles, plus ou moins grands, au regard plus ou moins perçant ; Ils ne t'entourent qu'en un demi-cercle, comme pour te repousser, te reprocher d'être venue si proche de ce qui s'apparentait à leur mirage.

- Vous... ne pouvez pas sortir ?

Ton ressenti devient empathique ; au point de comprendre d'un coup que tu parlais à ton simili, enfermé à jamais dans sa tour d'argent.

- Non ; nous sommes scellés à jamais dans un entre deux, à mi chemin entre votre réalité ; et les rêves.

Tu remarques enfin toute la symbolique des gravures mystiques qui jonchaient le sol et les murs ; les mots étaient des chaînes, les signes des barreaux. Ce mont n'était pas un lieu de prière ; c'était une prison éternelle à ce qui avait jadis été la quintessence de la sagesse. Une injustice cruelle crée par la jalousie et l'avarice. Une aberration qui te faisait tendre une main frigorifiée vers l'ailé ;

La balance devait être rééquilibrée. Ce peuple qui t'avais sauvée de ton subconscient appelait aujourd'hui à une réconciliation avec la réalité.

- Vous méritez de voler librement ; pas d'étouffer dans ces montagnes.

Les célestes croisent des regards peinés ; ils ne volaient plus que dans leurs pensées et semblaient nostalgiques d'une croisade réelle et spontanée.

- … Et je sais que vous m'attendiez pour cela.

Un genou à terre ; la tête penchée, pas par soumission mais par respect. Pour la première fois, la princesse de Tsuchi témoignait son honneur, ses respects.

- Pour qu'un reflet soit possible ; il faut une complémentarité, la même émotion... des deux côtés du miroir.

Parce que ton cœur avait les même mœurs, les même valeurs, la même tristesse, joie, envie, utopie, rêve, hantise. La même aisance à transgresser les limites du réel. Tu avais posé un pied sur une terre inaccessible ; avait ouvert une porte invisible, rendant possible un échange entre deux univers. Parce que tu avais besoin d'eux tout comme ils avaient besoin de toi. Un échange équivalent ; une paix pour une autre.

Un parchemin de lin avait virevolté jusqu'à toi ; une plume majestueuse y était incrustée. Une paume endolorie ; un regard croisé ; quelques gouttes de sang... et une énorme bourrasque venteuse qui emporte tout sur son passage, toi comprise. Tu es projetée loin du temple ; propulsée jusqu'au précipice de la montagne. Le vide ; la chute ; l'envol.

Le froid fait place à une chaleur réconfortante ; le néant est rattrapé par une douce caresse. Ton corps ne chute plus ; il plane au creux d'un dos immense et soyeux. Les plumes sont assez grandes pour te recouvrir de moitié, te bercent par leur danse joueuse. Tes mains enlacent l'encolure du paon, tes yeux se ferment.

Une brève apparition se dessine ; une accolade sacrée. Le début d'une renaissance.

Ombre et lumière [Solo] DD7AAHF




_________________
Shiroi Kujaku — I am blooming from the wound where I once bled
Revenir en haut Aller en bas
https://www.ascentofshinobi.com/t2234-le-paon-blanc https://www.ascentofshinobi.com/t3335-byakuren-yume-le-paon-blanc

Ombre et lumière [Solo]

Page 1 sur 1

Ascent of Shinobi :: Souvenirs et correspondances :: Flashbacks
Sauter vers: