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Mer 19 Fév 2020 - 20:50
Été 194 – Murashigure

Dans une nuit sombre, les astres camouflés par un épais océan de nuages arrosant la capitale de précipitations incessantes, l’ébullition de Murashigure demeurait tout aussi éternelle. Les flammes des lanternes disséminées dans les rues se confondaient au sein d'une lumière terne à travers les toits. Dans un petit appartement pouilleux, partie intégrante d'un projet de complexe immobilier abandonné, la luminosité peinait à traverser la fenêtre au verre brisée, recouverte de planches clouées, s'immisçant pour éclairer timidement une salle vétuste. Les murs recouverts de graffitis se dégradaient à vue d’œil. Le plancher, composé d'un mauvais bois humide, dégageait une odeur inquiétante et menaçait de s’écrouler à chaque mouvement brusque. Dans un coin de celui-ci traînait un matelas qui détonnait avec la pièce de par sa propreté. Assise en tailleur dessus aux côtés de la jeune Amiko, Fuyumi essayait de garder son calme pour ne pas effrayer l'enfant.

Contrainte à fuir son logement quelques jours plus tôt, elle trouva refuge en ces lieux, mais l’anxiété ne la quittait pas. Acculée dans ses retranchements, rattrapée par ses erreurs et ses choix vindicatifs, Fuyumi faisait finalement face aux conséquences de ses actes. La liberté saisie, l’empressement de l'exploiter pour satisfaire la moindre de ses pulsions s'empara rapidement de la jeune fille, qui se retrouvait poussée à différencier ses celles-ci de ses envies et ses besoins. Aveuglée par sa vengeance, elle gagnait peu à peu en lucidité sur sa situation et les dangers qui lui rôdaient autour. Pour sa sécurité et celle de sa protégée, elle se retrouvait dans l'impossibilité de poursuivre sa quête aliénante. La tête baissée, les mains recueillies, elle fixait le sol de son regard cramoisi. Scrutant une fissure sans y prêter la moindre attention, elle restait immobile dans une introspection profonde.

Un craquement de bois la sortit de sa torpeur. Sursautant d'effroi, Fuyumi détourna le regard vers sa source, parfaitement anodine, avant d'abaisser sa tête à nouveau, dépitée de son propre état.

Que Votre volonté éclaire la voie que nous prendrons, implora la jeune fille dans un doux murmure à peine audible, que nos choix célèbrent Vos idéaux. Puissiez Vous accorder la grâce à Vos ennemis de découvrir l'aberration de leurs mensonges.

Plongeant son visage dans le creux de ses mains pendant quelques instants, elle finit par essuyer ses yeux des quelques larmes qui s'y accumulaient peu à peu. Relevant la tête, elle retourna son buste vers Amiko, vérifiant si elle dormait toujours.

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Lun 2 Mar 2020 - 13:12
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Été 194 – Murashigure

Spirale infernale, tout tournait dans l’esprit meurtri de cet enfant côtoyant la douleur et l’horreur. Sous ce toit protégeant les lieux insalubres dans lesquels les deux fuyardes s’étaient cachées, elle survivait. Les pupilles écarlate l’avaient attrapé et sortit d’une fin de vie imminente. La fillette dépourvue de volonté, s’était laissé mourir dans les rues pluvieuses de la capitale, jusqu’à ce qu’on l’arrache de ce profond puits. Un vrai calvaire, ce fut ce qu’elle vécu, et ce qu’elle fit subir à la colombe qui elle-même, essayait d’échapper à ses propres démons. Ces deux-là s’étaient bien trouvées à y réfléchir, reliant leur chemin et leur destin par le sang et la désolation. 

De ses dix années, Amiko avait tellement vécu que son esprit s’était emmuré, elle avait presque perdu la parole et se battait contre les ombres qui agrippaient sa gorge avec férocité. Le manque était là, présent, le sang bouillait dans tout son être et les rares fois où elle ne tremblait pas et qu’elle ne tombait pas dans la démence, étaient lorsqu’elle dormait. La Sakki avait suivi Fuyumi sans dire un mot et depuis, elle ne la quittait plus et marchait dans son ombre, tel un zombie. En suivant son chemin, elle vivait avec les tourments et la vengeance de celle-ci, qui se battait pour une liberté méritée.

Devant le regard de l’enfant à qui on avait retiré toute innocence, un long chemin étroit et sombre, dont les murs perlaient de ce liquide rougeoyant qui faisait battre son cœur. Au bout, une lumière, celle appelée liberté, tendue par sa sauveuse. Entre le tiraillement et la soif, l’envie de s’arracher le cœur pour ne plus souffrir de ses crimes et de sa souffrance, l’envie de liberté lui donnait l’espoir qu’elle pourrait sortir de cette litanie infernale et sanglante. De ses dix années, alors qu’elle pensait être à la fin de sa vie, la voilà prête à en commencer une nouvelle. 

Ses paupières s’ouvrirent brusquement, offrant une douceur rosée qui contrastait avec les ténèbres dans son coeur, tandis qu’un craquement de bois venait de la sortir d’un sommeil difficile. Tremblante, transpirant, suffoquant presque, la petite Amiko se recroquevilla contre elle, se positionnant en boule, tandis que ses petits doigts serraient le matelas de fortune. Un murmure qu’elle pourrait reconnaître entre mille se glissa jusqu’à ses oreilles, ne parvenant pas à en comprendre le bout. La brune, dont la chevelure emmêlée et de pagaille, descendait très bas dans son dos et s'étalant sur le matelas, se retourna alors difficilement. Elle retrouva sa sauveuse à genoux, mains devant le visage et l’observa silencieusement. L’amejin se rendait compte qu’elle n’aimait pas voir Fuyumi triste et désemparée ainsi, alors qu’elle lui avait offert la rédemption et la renaissance. 

Celle-ci se retourna alors, sûrement pour vérifier comment se portait l’enfant et elle y rencontra des prunelles innocentes qui croisaient ses deux rubis humides. Sa gorge la brûlait, tout son être réclamait ce qui circulait dans les veines de son amie de quelques mois, ce qui l’horrifiait encore plus. 


« Fu… Fuyumi... »

Lâcha-t-elle dans un soupir de désespoir apocalyptique. Ses petites mains tremblaient, la fillette se détestait de ressentir cela, elle haïssait son clan de l’avoir rendue ainsi, elle maudissait la vie de l’avoir fait naître auprès d’eux. Son regard se détourna, honteuse d’éprouver ce désir intarissable à son encontre, alors qu’elle la protégeait et se battait pour elles. Les craquements continuaient, arrachant par intermittence ce silence qui trônait dans ce lugubre appartement, mais ne l’empêchait pas d’entendre son cœur lui réclamer son dû. 

« Aide-moi… »

Termina-t-elle en fermant les yeux, tandis qu’elle tentait de calmer ce manque en s’enfonçant les ongles dans la peau de ses avant-bras, et qu’un autre craquement plus lourd se fit entendre. 

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Sam 7 Mar 2020 - 23:10
Se retournant vers l’enfant, elle entrevit un regard suppliant, reflet de la détresse insondable qui parasitait son esprit. Désemparée, elle attrapa le visage d’Amiko dans le creux de ses mains, essayant de la rassurer de son mieux. Attachée à la petite après des mois de périls en sa compagnie, elle ne pouvait se résoudre à l’abandonner avec ses crises, mais celles-ci ne pouvaient se réduire au milieu d’autant de stress et d’instabilité. Fuyumi n’était pas exempte de doutes la concernant, mais elle ne comptait pas renoncer pour autant.

Alors que les craquements de bois s’intensifiaient sous la pression de la pluie, un autre, plus intense, vint aussitôt alerter la jeune fille. Celui-ci n’avait pas rien d’anodin et provenait de la porte d’entrée. Il fut aussitôt accompagné d’un léger nuage de poussière soulévée par la puissance du choc. Sans attendre, Fuyumi saisit sa protégée d’un bras et son sac de l’autre avant de se précipiter en direction de la fenêtre. Ne pouvant rien faire au sujet de la crise d’Amiko, elle se retrouvait réduite à espérer que celle-ci ne frenât pas sa fuite. La porte vola alors soudainement en éclat, laissant découvrir trois hommes qui se pressèrent à l’intérieur. « C’est elle ! »Hurla le plus grand des trois, dont l’équipement bien plus prestigieux laissait supposer qu’il dirigeait les deux autres, avant de charger aussitôt les deux filles.

Fuyumi ne fit cependant pas l’erreur de s’arrêter dans sa course pour analyser les intrus et d’un bond, se défenestra, traversant jambes en avant les planches de bois qui la bloquaient. Saisissant au vol le rebord de la fenêtre au travers de son sac, qui se déchira au contact du verre brisé, elle se rabattit contre la paroi de l’immeuble. Stabilisant sa chute en concentrant son chakra dans ses pieds contre le mur, elle reprit alors sa course en direction du sol. Serrant Amiko contre son corps, elle sauta à nouveau, atteignant le toit du batiment qui leur faisait face.

Simultanément, à proximité de la fenêtre qu’elles venaient de franchir, le mur de leur refuge se brisa, laissant tomber de nombreux blocs de pierre dans la rue en contrebas. Les trois hommes, se tenant face au vide, regardant l’agile jeune fille les échapper. Elle avait deviné qu’aucun d’eux étaient en mesure de passer au même endroit qu’elle avec aisance et avait gagné ainsi quelques précieuses secondes.

— Tu peux courir Fuyumi ! Hurla le chef tandis que ses deux hommes se jetèrent dans le vide à la poursuite de leur proie. Nul n’échappe à la Nuit. Cette ville ne te cachera pas bien longtemps.

D’un mouvement soudain, il scinda alors l’air devant lui avec le sabre qui venait de lui servir à briser le mur. De l’éclat bleuté de l’arme surgit alors une grande lame de chakra qui fusa en direction des deux filles. Survolant le toit du batîment sur lequelle Fuyumi courait inlassablement, le projectile la rattrapa rapidement avant de dépasser sa tête lorsqu’elle plongea dans la rue en contrebas. La technique poursuivit alors son chemin jusqu’à traverser une vieille batisse voisine, découpant son toit dans un fracas monstrueux.

La mort aux trousses, Fuyumi se jeta corps et âme à travers une course effrainée dans les rues de la capitale. Sous couvert de la pluie battante et de l’obscurité de la nuit, elle finit par atteindre une zone plus éclairée, mais également plus active de la ville. Se faufilant au travers de des passants, elle parcourut la ville pour atteindre le quartier commerciale, pullulant de vie à toute heure. Serrant tout autant Amiko contre elle, la jeune fille se devait de trouver refuge aussi vite que possible. Peu confiante en ses capacités de détection, elle ne pouvait compter sur ses sens pour vérifier la présence de ses traqueurs. Grâce à l’anonymat de la foule, elle pouvait se déplacer discrètement, mais finit tout de même par s’éloigner dans une petite ruelle avant de se glisser dans une auberge.

Rassurée de finir enfin à l’abri de ses poursuivants et du déluge, elle déposa enfin son amie au sol avant de la conduire à une petite table où tronait une cruche d’eau et une corbeille de pain.

— Je suis désolée d’avoir été brusque,
dit-elle alors à Amiko entre deux inspirations éprouvantes, tout va bien maintenant, personne ne nous retrouvera ici. Tu vas mieux ?

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Lun 9 Mar 2020 - 14:12
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Été 194 – Murashigure

Le contact de ses mains sur son visage électrisa l’enfant qui sursauta. Ses petites paumes s’y déposaient pour serrer ses doigts, luttant comme elle le pouvait. Sa respiration frénétique était affolante et Amiko savait que cela inquiétait sa sauveuse. La situation instable dans laquelle elles étaient toutes les deux n’aidaient en rien à aspirer au calme sain pour pouvoir apprendre à se contrôler. Puis tout se passa très vite. Le courant d’air venant de la porte d’entrée qui venait de s’ouvrir brutalement fit voler la poussière qui dominait le plancher en bois de cet appartement. Fuyumi l’agrippa et attrapa le peu d’affaires qu’elles avaient. Comprenant à moitié ce qu’il se passait, et combattant son état second et confus, elle tenta de suivre l’albinos sans trébucher.

Un trio d’individus venir de faire irruption, violant leur intimité et le calme dont les deux fuyardes avaient besoin. L’amejin comprit très vite qu’ils visaient la jeune femme, tandis que l’un d’eux la pointait du doigt. Ils chargèrent et les pupilles rubis n’attendirent pas pour l’emporter à travers la fenêtre qui se brisa dans cet élan de survie.De toutes ses forces, la brune aux mèches rousses s'agrippa autour du cou de Fuyumi, s’y blottissant. De justesse et avec une agilité et une grâce féline, celle-ci se rattrapa aux murs. De sa petite tête qui dépassait son épaule, la Sakki avait une vue sur l’angle mort de la jeune femme, et pouvait voir les briques céder et créer une plaie béante dans l’immeuble insalubre. Impuissant, il laissa ses deux hommes prendre la relève, le chef faisant comprendre à sa cible qu’elle ne s’en sortira pas comme cela.

Ses pupilles s’agrandirent lorsqu’il trancha l’air de sa lame bleutée qui filait droit sur elle. Elle ferma les yeux et nicha sa tête dans son cou et compta sur la colombe pour s’en sortir. Le contact du projectile contre le toit voisin fit bondir le cœur de l’enfant, le fracas résonnant dans tout le coin. Ouvrant de nouveau ses yeux, son regard perdu et confus cherchait ses traqueurs qui allaient avoir affaire à une foule encombrante. Fuyumi eut la bonne idée de prendre la direction de l’endroit le plus blindé, qui pourra les aider à se cacher, mais cela pouvait être aussi risqué, chacun présence pouvant être une menace et elles allaient vite le comprendre. Rapidement, la pluie qui ne cessait de s’écraser sur leur tête s'atténua, avant de disparaître.

Les deux fugitives posèrent le pied dans une petite auberge à l’abri des regards. Reprenant ses émotions, Amiko suivit sa partenaire à travers les tables pour se poser dans un coin. Fuyumi était essoufflée de sa course effrénée tandis que la sanguine l’était pour une autre raison. L’enfant se blottit contre son amie, tremblant de froid, une main contre sa poitrine.


« Tu nous as sauvées… Mais pour combien de temps Fuyumi ? Que te veulent-ils à la fin ? »

Avait demandé la fillette qui se questionnait, toujours devoir fuir, ne pas regarder derrière soi, combien de temps cela allait-il durer ? Entre Fuyumi qui cherchait à s’échapper d’ombres qui la suivaient et elle qui devait se cacher des membres de son clan qui la recherchait pour le crime qu’elle avait commis quelques mois auparavant. Et si cela était suffisant, la Sakki devait supporter cette inlassable faim qui brûlait sa gorge encore et encore.

Lorsque la porte s’ouvrit, s’accompagnant du bruit de la pluie torrentielle, Amiko se figea lorsqu’elle aperçut les visages des arrivants. La petite fille cacha son visage contre la jeune femme, posa sa capuche sur sa tête et pria le seigneur pour qu’ils ne l’aient pas remarquée. Ses pupilles, elle les reconnaissait entre mille. Et lorsqu’elle entendit les deux hommes questionner le tavernier, elle comprit. De longues secondes passèrent avant que la porte ne s’ouvrit de nouveau, disparaissant avec. Si jeune, et pourtant déjà si grandie, ce n’était pas ce genre d’enfance dont en rêvait. Amiko faisait preuve de clairvoyance et de maturité, cette situation ne pouvait pas durer, elle ne s’imaginait même pas ce que les deux jeunes filles pourraient subir si elles étaient attrapées.


« Personne… Quand il ne s’agit pas de tes traqueurs, ce sont les miens qui se montrent… Qu’allons-nous faire Fuyumi ? La Nuit, le Sang, ils sont là, toujours… »

Tout son corps tremblait, elle ne savait pas si elle sera assez solide pour continuer ainsi. Comment vivre en fuyant constamment, tout en résistant à sa nature, ce qui allait simplement la tuer à force ? Elle n’était pas solide, pas aussi forte que l’était Fuyumi, elle savait maîtriser ses pouvoirs de sang, mais de manière sommaire, serait-ce suffisant pour aider la jeune femme ? Elle en doutait, ces hommes semblaient vraiment forts et entraînés. Les iris saumon d’Amiko se posèrent sur les orbes sanguines de sa sauveuse, avait-elle une solution pour les sortir de cette prison qu’était Ame ?






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Mar 12 Mai 2020 - 18:38
Cachée aux côtés de sa protégée, Fuyumi réalisa bien vite que l’auberge qui leur servait de refuge ne lui était pas aussi étrangère que prévu. Si cela faisait désormais plus d’une année qu’elle n’y avait pas mis les pieds, elle s’était déjà rendue dans cet établissement. Entre honte et colère, elle détourna le regard de la clientèle pour se recentrer sur Amiko.

- Je n’ai jamais entendu parler d’une telle organisation, avoua la jeune femme. Je suppose qu’ils ont été payés pour m’éliminer, probablement des chasseurs de primes.

Elle eut à peine le temps de terminer sa phrase qu’elle remarqua l’attention de la petite fille être happée par l’arrivée d’un petit groupe dans l’auberge. Incapable de les reconnaître, elle comprit cependant aussitôt de quoi il s’agissait à la réaction d’Amiko qui se refugia contre son corps, cachant son visage de son mieux. Les arrivants discutèrent quelques instants avec le tavernier avant de reprendre leur route, démontrant qu’ils étaient bien à la recherche de quelque chose, ou en l’occurrence, de quelqu’un.

- C’est vrai qu’ils sont persistants, mais ils n’auront jamais notre détermination. Ils ne sont jamais que des pions déplacés sur notre trajet, nous leur montrerons leurs erreurs.


Ignorant si elle essayait de convaincre la petite ou elle-même, Fuyumi la serra dans ses bras quelques instants avant de s’écarter brusquement en apercevant l’aubergiste s’approcher d’elles. Croisant le regard de ce dernier, la jeune femme fut rapidement envahie par un sentiment de dégout, se rappelant leur dernière rencontre. Bousculant légèrement son amie vers l’arrière, elle lutta contre sa nausée pour adresser un sourire innocent au vieil homme.

- Mais ça ne serait pas Fuyumi par hasard ? Qu’est-ce que tu fais ici par toi-même ? Je vois que tu me ramènes une jolie jeune fille en plus.

Légèrement surpris par cette rencontre, le tenancier affichait malgré tout un sourire carnassier. Il vint directement au contact de la jeune femme sans attendre de réponse, déposant sa main contre sa hanche ce qui provoqua aussitôt un mouvement de recul chez elle.

- Bonsoir,
répondit Fuyumi détournant alors le regard vers son sac, y cherchant ses économies, nous ne sommes là que pour un peu de repos, j’ai de quoi payer.

La déception transforma le visage de l’homme pendant quelques instants avant qu’il ne réalisât, en même temps que la jeune femme, que le sac de cette dernière s’était vidé au travers d’une déchirure malencontreuse. Il replaça alors sa main avec un peu plus d’insistance avant d’approcher son visage du sien.

- Ne t’inquiète pas, dit-il, tu n’as pas besoin de payer quoi que ce soit tant que tu es avec moi.

Ne pouvant tenir plus longtemps sous la pression de sa répulsion, Fuyumi finit par attraper le cou de l’aubergiste et le plaquer contre le mur à proximité, lui décrochant au passage un sourire encore plus sordide. Resserrant sa prise, elle lâcha son sac pour venir tirer le rideau qui séparait les différentes tablées leur octroyant ainsi l’intimité dont elle avait besoin. Elle brisa alors sa nuque d’un geste vif avant de le jeter sur la table et de s’essuyer les mains.

- Tu peux te nourrir si tu veux, on va devoir partir d’ici peu, désolée de t’infliger ça.



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Lun 25 Mai 2020 - 11:37
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Été 194 – Murashigure

Un simple frisson parcouru l'échine de la Sakki. Savoir qu’elle était poursuivie et sûrement que sa tête avait été mise à prix rendait les choses bien difficiles. Elle savait que son clan ne démordait pas avec ce qu’elle avait engendré, pour autant, Amiko avait une confiance aveugle en l’albinos. Pour couronner le tout et comme elle le redoutait, son attention se porta sur les personnes qui venaient de rentrer. Il n’était pas difficile de les reconnaître avec leurs pupilles rosées. Bien plus foncées que l’enfant, ce trait restait celui qui décrivait bien les membres de son horrible clan. L’instinct la poussa à se cacher contre Fuyumi et prier qu’ils ne l’avaient pas vue. Si elle ne voulait pas qu’ils la retrouvent et lui fassent vivre le pire des châtiments, elle ne voulait pas non plus mettre Fuyumi dans une situation qui pourrait lui coûter.

Ses mots et son étreinte rassurèrent rapidement la fillette qui se contenta de hocher de sa tête. Jusqu’à se retrouver écartée de son vêtement chaud. Amiko se redressa clignant des yeux de surprise par cette réaction soudaine. Puis son regard de cristal se posa sur l’homme qui s’approcha, et à la tension des épaules de son amie, il s’agissait là d’une présence non désirée. La pupille de sang se positionna de manière à protéger l'assoiffée de sang. Sauver les apparences, rester de marbre, l’enfant sentait là qu’il y avait quelque chose d’étrange dans cette rencontre. Le tavernier s’adressa à la fugitive d’un timbre qu’elle n’appréciait guère. Une peur vint remplir le creux de l’estomac lorsqu’il posa un regard sur elle et qu’il la complimenta d’une manière intéressée. Cet individu devint bien trop tactile et sûr de lui, la réaction de Fuyumi lui faisait bien comprendre qu’il n’était définitivement pas le bienvenu. La brune suivit du regard sa précieuse amie qui chercha de quoi payer, malheureusement, le sort semblait être contre elles.

Derrière la silhouette de sa partenaire de fuite, elle ne voyait que cette main qui se resserrait autour de sa taille et aurait bien aimé le lui trancher. Amiko ne savait pas ce qui les liait, mais elle détestait cet homme au plus au point, sans savoir pourquoi. Fuyumi semblait de cet avis, car très rapidement, celui-ci fut plaqué contre le mur de sa main. Tout se passa de manière vive, alors qu’elle les cachait d’un rideau. Le regard alerte, de peur qu’elles aient trop attiré l’attention, Amiko se contenta de rester en retrait. Un léger sursaut fit secouer ses épaules au bruit de la nuque brisée. Le corps mort gisait sur la table et la chevelure immaculée lui proposait de se nourrir, s’excusant par la même occasion. Si l’enfant était morte de faim et que la tentation était très forte, une mine de dégoût pouvait se lire lorsqu’elle posa ses pupilles saumon sur cette face qu’elle n’oubliera pas. Son minois se leva vers son amie, son cœur battait vite et tous les poils de ses bras étaient hérissés à son paroxysme.


« Il pue le poison, je n'en veux pas. Nous devrions y aller Fuyumi, je sens que les membres de mon clan ne sont pas loin. »

Tant que cette sensation ne la quitterait pas, Amiko ne sera pas sereine. Lorsque la porte s’ouvrit en fracas alors, elle comprit. Sa petite main attrapa celle de l’amejin avant de se diriger vers les escaliers et les étages. L’enfant utilisait une force qu’elle n’avait pas pour inciter son amie à la suivre. Elle entendit à peine les voix des hommes qui la cherchaient en bas et se dirigea vers la première fenêtre qui donnait vers l’extérieur.

« Emmène-nous loin d’ici s’il te plaît ! »




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Ven 26 Juin 2020 - 21:11
La jeune Fuyumi se laissa aisément conduire par Amiko à travers les escaliers. Sachant sa protégée craintive et anxieuse, elle ne pouvait lui reprocher de refuser de se repaître malgré les risques que cela pouvait engendrer par la suite. L’arrivée soudaine de membres du clan Sakki à la recherche de l’enfant n’arrangeait définitivement pas la situation, démontrant une persistance étonnante de leur part. L’étau semblait constamment se refermer sur elles, libérées de leurs entraves, mais constamment prisonnières de leurs passés. Arrivée face à un fenêtre menant sur une petite ruelle à l’arrière de l’auberge, Fuyumi l’ouvrit simplement, avant d’y passer la tête, observant les passants en contrebas. Il n’y avait qu’une faible distance jusqu’au sol, rien de bien compliqué à descendre, sauf pour une petite fille. Elle se tourna alors vers Amiko avant d’abaisser à son niveau, affichant un sourire se voulant rassurant et déposant une main chaleureuse sur le sommet de son crâne.

- Tout va bien se passer. Mets-toi contre le rebord de la fenêtre, je vais nous faire sortir de là dans quelques instants.


La jeune fille se releva alors, avant de tourner le dos à son amie et à la fenêtre. Fixant patiemment l’étage inférieur au travers des escaliers, elle suivait du regard les hommes en contrebas. Ceux-ci fouillèrent la salle sans ménagement, avant de tomber finalement sur le corps laissé quelques instants plus tôt, confortant aussitôt leurs soupçons. L’un d’eux finit alors par jeter son regard vers celui de Fuyumi, devinant aussitôt l’identité de l’enfant cachée derrière elle. Il ne fallut alors pas longtemps pour voir l’ensemble des hommes se ruer en direction des escaliers.

Les yeux cramoisis de la jeune fille, rongée par la haine, brulaient d’intensité tandis qu’elle effectuait une série de mudras. Elle relâcha alors un souffle ardent dans leur direction, traversant les marches et terminant sa course au travers de la salle inférieure. Le torrent de flamme se reput ainsi du bois composant le bâtiment et des nombreux tissus le décorant. Entre les hurlements et les craquements de bois, Fuyumi saisit Amiko dans ses bras avant de se jeter au travers de la fenêtre, un grand sourire aux lèvres. Si l’établissement abritait de nombreuses personnes n’ayant aucun lien avec leurs situations, elle connaissait très bien le genre d’individus qui composaient la clientèle. À ses yeux, ils pouvaient bien tous périr sous ses flammes. Aucun d’entre eux n’aurait droit à une prière de sa part.

Arrivant dans la ruelle, la jeune fille se mit à courir, s’éloignant rapidement du bâtiment en proie à des flammes grandissantes. Tenant toujours Amiko dans le creux de ses bras, elle traversa l’avenue commerçante à vive allure, ignorant les regards médusés des passants, avant de s’engouffrer, plusieurs longues minutes plus tard, au sein d’un immeuble d’habitation. Essoufflée, elle déposa alors délicatement la petite fille, la laissant marcher à ses côtés au travers d’un couloir plongé dans la pénombre.

- On sera tranquille un moment ici, rassura Fuyumi en lui tendant sa main, au moins le temps que tu te nourrisses un peu et que je prépare un plan pour la suite.

Elle guida alors l’enfant à travers les escaliers du bâtiment, montant quelques étages avant de s’arrêter devant la porte d’un appartement laissant passer l’éclat léger d’une lumière. D’un coup sec, elle força l’ouverture de la porte, faisant sauter son verrou. Elle rentra alors à l’intérieur pour y découvrir un jeune couple discutant paisiblement autour d’une petite table, éclairé par une simple bougie. L’habitation était misérable, mal entretenue, mais correspondait plutôt bien à la norme de la capitale.

Le jeune homme se leva aussitôt avant de se placer devant sa compagne, saisissant un couteau qui trainait dans l’espoir de défendre son foyer.

- Partez d’ici ! S’écria-t-il, la voix tremblante. Il n’y a rien à voler ici et je n’hésiterais pas à vous attaquer.

Dans le plus grand des calmes, Fuyumi referma la porte derrière elle avant de relâcher la main de la petite fille et d’avancer vers le couple.

- Je suis profondément désolée, dit-elle avec une voix teintée de tristesse, j’espère que vous trouverez la paix là où vous irait.

Le jeune homme armé n’avait pas besoin d’expérience ou de connaissances particulières pour comprendre que quelqu’un du gabarit de Fuyumi arrivant à briser un verrou avec la simple force de ses membres présentait un danger immédiatement pour lui et sa partenaire. Prenant son courage – et son arme – à deux mains, il se mit à courir dans sa direction, frappant sans hésiter.

D’un mouvement fluide et assuré, Fuyumi saisit la paume serrée contre la manche du couteau, avant de récupérer ce dernier sans se faire opposer la moindre résistance. Sans interrompre son mouvement, elle se retrouva derrière le jeune homme et lui trancha la gorge brusquement avant de l’assommer avec le manche de l’arme. Elle projeta alors l’arme en direction de la jeune femme, restée en retrait, qui n’avait pas eu le temps de réaliser ce qu’il se passait.

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Dim 19 Juil 2020 - 2:53
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Été 194 – Murashigure

Plus jamais elle ne voulait retourner là-bas, plus jamais. Sa seule pensée était de fuir cet endroit, de s’éloigner de ces hommes qui lui rappelaient le calvaire qu’elle avait vécu. La peur et l’appréhension lui manquèrent de tomber dans les escaliers, mais elle tint le coup. L’idée d’enfin trouver sa liberté et de s’échapper des barreaux qui menaçaient de se refermer sur les deux amejins, poussait la Sakki à redoubler d’efforts. Fuyumi prit la relève et ouvrit une fenêtre du couloir du niveau supérieur de la maudite taverne. Amiko comprenait très bien ce qu’elle voulait faire et ce n’était pas la première fois qu’elle verrait sa vie défiler en traversant une fenêtre… L’enfant se contenta de hocher de la tête et de lui rendre son sourire, elle lui avait donné toute la confiance qu’une fillette de dix ans qui n’avait plus de repère pouvait offrir.

Surveillant les faits et gestes des traqueurs qui trouvèrent le cadavre, ils tombèrent ensuite sur l’albinos et reconnurent la sanguinaire enfant derrière sa silhouette. La panique atteint le regard rosé d’Amiko restant derrière l’adolescente, s'agrippant au vêtement de celle qui leur offrit un déversement de flamme. Le feu commença à ronger le bois et à brûler petit à petit toute la bâtisse, les visiteurs étaient en train d’exprimer leur dernier cri. Il était temps pour les deux fugitives de s’enfuir, l’enfant se retrouva dans les bras de sa sauveuse et cacha son visage contre elle. Les pas de Fuyumi arpentaient la ruelle à une vitesse qui pourrait surprendre les passants. La Sakki se contenta de rester blottie et de laisser celle qui la portait la diriger où elle le voudrait.

Un endroit plus calme et plus discret, regorgeait de nombreuses habitations sur plusieurs étages s’offrit à elles. Une fois que ses pieds posèrent la terre ferme, un frisson parcourut son échine. Elle était fatiguée, éprouvée et assoiffée et son état n’allait pas aller en s’améliorant si elle ne trouvait pas une solution. Un peu brumeuse, la fillette attrapa sa main et se laissa guider à travers les étages et les escaliers. La vision devant elle changeait entre le carmin qui l’attirait tant et l’obscurité, son équilibre se faisait de plus en plus instable. Elles s’arrêtèrent devant un logement occupé par un couple qui fut surpris de l’entrée brutale de Fuyumi. Le couple semblait médusé par leur présence et l’homme tenta de mettre la pression aux deux fuyardes, mais il n’était pas tombé sur les plus obéissantes.

La jeune fille sachant ce qu’il allait se passer, à l’écoute des excuses de Fuyumi, elle resta plaquée contre la porte et observa son amie arracher la vie de ceux qui étaient là au mauvais moment et au mauvais endroit. L’odeur du sang commença déjà à chatouiller ses narines, éveillant ses sens comme jamais. Depuis longtemps, elle n’avait pas ressenti cette avidité. Le dernier lancer de l’albinos planta dans la gorge de la femme, qui posa ses mains sur l’endroit ciblé tandis que le flot de liquide rougeâtre : tout ce qui donnait envie à la Sakki. Son regard rosé se posa sur celle qui avait tranché la vie au couple, puis se posa sur les cadavres sans vie. L’enfant aux airs innocents, apeurés et perdus se transforma alors tandis que ses pupilles prenaient un reflet presque sauvage et avide. Amiko s’approcha alors de la femme qui agonisait sur le sol poussiéreux et se pencha au-dessus. Elle avala difficilement sa salive avant d’arracher le couteau qui était planté et de la laisser se vider de son sang. Son doux visage se jeta alors sur le flot qui se déversa et laissa ses lèvres s’entrouvrir pour laisser le liquide au goût de fer couler dans sa gorge.

C’était comme si elle revivait de nouveau. Ses petits doigts s'agrippent fermement sur les épaules de son repas, tandis que l’âme de cette pauvre femme quittait son corps. Amiko quitta le cou du corps sans vie et inspira profondément. Sa bouche, son nez et sa joue étaient recouverts du breuvage sanguinolent. Elle observa ses mains tachées de sang et se redressa sans les quitter, elle avait encore cédé, une fois de plus à cette pulsion intarissable. Elle tenta de s’essuyer sur le premier tissu qu’elle trouva, mais rien ne partait et frénétiquement, elle continua sans arrêt tandis que ses yeux menaçaient de manifester cette peine lourde et épuisante en elle. Ses pupilles saumon cherchaient Fuyumi désespérément avant de courir se blottir contre elle et de se cacher de sa monstrueuse nature.

Qu’allaient-elle devoir faire maintenant ? Comment allaient-elles s’en sortir de ce cercle vicieux de fuite et de poursuite ?





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Fuyumi
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Lun 26 Oct 2020 - 0:53
Fuyumi contempla sa protégée tandis qu’elle se repaissait de la jeune femme gisant au sol. Satisfaite de voir Amiko assouvir ses besoins vitaux, elle en gardait une amertune marquée. Elle ne connaissait désormais que trop bien le désir de la petite fille de se démarquer de cette envie face à la complexité de sa condition. Assassiner deux innocents, quelles qu’en furent les raisons, n’était pas non plus à son goût.

Laissant alors la jeune fille à ses occupations, Fuyumi se mit à fouiller le domicile de ses victimes. Leur situation précaire ne leur permettait aucune erreur et la moindre ressource se devait d’être saisie. Pauvreté locale obligeait, il n’y avait aucune démonstration d’oppulence dans ce lieu, seulement de la nourriture pour quelques jours et du linge propre. Ceci était malgré tout bien suffisant pour elle, qui en profita aussitôt, préparant des vêtements de la jeune femme comme change pour elle et Amiko. Elle retourna alors immédiatement auprès de cette dernière lorsqu’elle eut fini de s’abreuver, voyant la recherche de réconfort dans son regard innocent. La serrant dans ses bras, elle finit par la diriger vers la salle de bain pour l’aider à se nettoyer du sang qui recouvrait son visage.

— Tout va bien maintenant, ils ne nous trouveront pas ici avant un moment.


Une fois les ablutions terminées, Fuyumi apporta quelques vêtements bien trop grand pour la petite fille avant de la conduire dans la chambre du couple. S’allongeant à ses côtés dans le lit, elle resta avec elle un long moment, caressant ses cheveux pour la rassurer de son mieux. La jeune femme avait de nombreuses tâches à accomplir avant de pouvoir s’accorder un véritable repos après cette nuit agitée, mais elle ne pouvait laisser sa protégée seule et craintive au milieu d’un lieu austère sans un minimum d’attention.

— Je vais devoir te laisser, j’ai des affaires à résoudre pour que l’on puisse séjourner ici en sureté. Je vais barricader la porte, ne l’ouvre sous aucun prétexte. Je vais essayer de faire au plus vite, mais ne t’inquiète pas, je ne me permettrais pas de te laisser toute seule si je n’avais pas parfaitement confiance en ta sécurité. Essaie de dormir un peu, si tu te réveilles après l’aube, tu te réveilleras entre mes bras.

Elle s’extirpa alors du lit, affichant un sourire réconfortant à son amie, avant de retourner dans le salon. Avant de quitter l’immeuble, elle saigna de son mieux le couple de cadavre, remplissant rapidement plusieurs bouteilles de sang en prévision. Découpant ce qu’il restait en morceaux dans la cuisine, elle remplit plusieurs sacs de leurs restes avant de bloquer la porte avec un meuble et de s’éclipser par la fenêtre.

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Amiko
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Mar 27 Oct 2020 - 0:14
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Été 194 – Murashigure

La vie que menait Amiko, enfant de dix ans, était tout sauf une vie normale. Quelle fillette de son âge se retrouverait dans un appartement à côté de deux cadavres se vidant de leur sang alors que ses canines et ses veines criaient famine ? Intérieurement, la jeune fille criait à l’injustice et se demandait toujours pourquoi sa propre famille avait pu lui faire cela. Mais comment comprendre quand on était encore qu’un enfant et qu’on s’était simplement laissé faire par les siens, pensant qu’ils faisaient cela pour son bien ? Conclusion : la Sakki avait massacré son propre père et son frère les laissant dans un bain de sang et fuyant pour sa vie. Fuyumi était comme un ange tombé du ciel, elle-même qui fuyait ses propres démons et qui acceptait ceux de la native d’Ame sans broncher.

Elle aimait le sang, elle aimait le sentir couler dans sa bouche et ne comprenait pas pourquoi, mais cela lui procurait une satisfaction si inouïe qu’elle en tremblait de tous ses membres. Dans sa bulle, Amiko oubliait tout et se jetait corps et âme dans ce breuvage qui lui avait tant manqué. Puis la buveuse de ce liquide carmin stoppa net et reprit ses esprits : la déchéance commença de nouveau. Pourquoi ? Pourquoi fallait-il qu’elle cède ? Alors qu’elle tentait de s’essuyer, la plus jeune de son clan chercha de ses pupilles rosées celle qui avait su atteindre son pauvre cœur meurtri. De sa petite silhouette et de ses petits pieds, elle s’empressa de rejoindre les bras les plus chauds et réconfortants qu’elle avait connus. Se dirigeant vers la salle de bain, elle écoutait les mots de l’albinos tout en sachant qu’elle ne voudrait plus se séparer d’elle.

Noyée dans les tissus des pauvres victimes, la chétive Amiko se laissa transporter dans le lit. Son visage se logea contre la poitrine de Fuyumi, car elle pouvait presque sentir les battements de son cœur la bercer. Ses petites mains s’accrochaient à elle, comme si elle voulait chasser tout ce qui pourrait la perturber en cet instant. Lorsqu’elle celle qui arrivait à l’apaiser lui expliqua devoir quitter le domicile temporaire, son cœur se serra tout comme sa gorge se noua. Hochant difficilement de la tête, elle comprenait très bien que sa sauveuse avait aussi ses propres problèmes à régler et sa présence était sûrement plus qu’un poids qu’autre chose. La seule chose qu’elle pouvait lui demander, c’était de revenir…


« S’il te plaît… Reviens dès que tu le peux Fuyumi… Je veux rester avec toi pour toujours ! »

Ses joues gonflées et rosées tremblaient, elle observait l’adolescente faire le ménage dans la pièce pour rendre le tout plus “propre” et se débarrasser des preuves tandis qu’elle lui gardait de quoi se ressourcer lorsqu’il sera nécessaire de le faire. Assise sur le lit, au milieu de ce long tissu qui recouvrait ses épaules, elle observait silencieusement son ange gardien quitter la fenêtre. Elle se retrouva alors seule dans un silence de mort qui la faisait énormément peur. S’enfermant dans la chambre, la fillette regroupa des oreillers et des couvertures dans un coin de la chambre et s’y cacha. Les rideaux tirés, l’enfant ne pouvait que prier maintenant le retour de celle qui l’avait sauvée d’une mort certaine.



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Fuyumi
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Mar 16 Mar 2021 - 1:57
Malgré l’averse qui claquait perpétuellement la jeune Fuyumi, elle ne pouvait que distinguer l’odeur qu’elle dégageait, tenant encore les restes des anciens propriétaires de leur nouvel abri. Si les meurtres n’avaient rien d’inhabituel au sein de l’infame capitale de la Pluie, les rapaces à leur poursuite ne semblaient pas omettre le moindre détail. Le moindre indice pouvant être tracé jusqu’à Amiko ne devait être sous-estimé. Il fallut à la jeune femme une quinzaine de minutes pour se débarasser de ce qui l’inconvéniait, brulant les sacs à divers endroits du quartier.

Soulagée de cette tâche accomplie, elle souffla quelques instants sous la pluie, profitant d’un léger repos salvateur pour élaborer un plan d’action pour sa nuit. Les gouttes drainaient petit à petit l’odeur du sang qui émanait de la jeune femme, mais cela ne l’empêchait pas de ressentir d’avoir toujours le poids de leur mort dans son esprit. Aucun regret ne venait parasiter ses pensées, sa détermination ne pouvant se laisser limiter par quelques âmes perdues le long de sa voie. Cette absence de remords ne suffisait cependant pas à contenir les larmes de Fuyumi qui se contenta de les observer tomber une à une sur ses paumes ouvertes, encore incapable de comprendre leur signification.

Elle resta ainsi quelques minutes, dissimulée par l’obscurité des bâtiments encadrant l’étroite ruelle où elle s’était faufilée. Puis, lorsque ses pensées revinrent concentrées sur son objectif, elle se remit en mouvement. Délaissant sa capuche, elle bondit rapidement sur la toiture d’un kiosque avant de finir sur le toit de l’immeuble voisin. Exagérant volontairement le poids de ses pas, elle attira rapidement l’attention des passants tout en se précipitant à travers la ville. Au bout de quelques instants, elle termina sa course en arrivant au centre d’une petite place peu éclairée des sous-quartiers. Abritant peu de vie nocturne, le lieu servait principalement de résidence à un petit temple et un groupe de sans-abri trainant autour. Ceux-ci arrêterent leurs occupations en voyant la jeune femme arriver, tout d’abord intrigués. Ils finirent cependant par tous s’enfuir silencieusement en apercevant une escorte d’individus armées s’approcher d’elle.

Alors que le groupe se positionna à une distance sûre de Fuyumi, visiblement préparé à un affrontement imminent, l’un des hommes le composant s’avança seul sur quelques pas.

— J’ignore qui vous êtes, mais le clan Sakki n’abandonnera pas sa propriété. Remettez-là nous et nous fermerons les yeux sur nos récentes … alercations.



* * * * * * *



L’immeuble était des plus tranquilles depuis l’incident récent et personne à l’intérieur n’avait l’intention d’enquêter sur les bruits qu’ils avaient pu entendre. Lorsque de nombreux pas se firent alors entendre à travers les escaliers, aucun n’eut l’audace de jeter un œil à l’extérieur pour vérifier leur source.

— T’es sûr que c’est ici ? Demanda alors d’une voix forte le plus grand d’entre eux.

Ne recevant alors qu’une hochement de tête du questionné, il soupira avant de dégainer son sabre.

— Pff… Il me dégoute ce Shineko avec ses techniques. C’est pas naturel ces conneries je vous le dis. Il a toujours cet air hautain et sûr de lui, mais vous ne le verrez jamais mettre les pieds sur un champ de bataille.


— Chef ? Interpella alors un des hommes restés quelques mètres plus loin dans le couloir. Il n’y a qu’une personne à l’intérieur, c’est la petite.

— Faut croire qu’on n’aura ptet même pas à se battre alors, répondit-il en éclatant la porte d’entrée et le meuble censé faire barrage d’un coup de sabre. Choppez moi ça et on remballe.

En quelques secondes, ce fut une demi-douzaine d’individus armés qui entrèrent bruyamment dans l’appartement.

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Jeu 25 Mar 2021 - 12:21
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Été 194 – Murashigure

L’ignorance était sûrement l’un des pires sentiments au monde. Ne pas savoir, être dans l’inconnu, ne pas comprendre, c’était difficilement supportable pour beaucoup de personnes. Mais c’était aussi normal pour une jeune enfant de dix années de ne rien savoir de ce qui l’attendait. Pour autant, ne pas savoir où était Fuyumi, si elle allait bien, si elle allait revenir était insoutenable. Ses pieds tapaient frénétiquement le parquet poussiéreux au rythme des battements de son cœur. Le silence était tel qu’elle pouvait l’entendre dans sa tête, Amiko posa ses mains sur ses oreilles et ferma les yeux, comme pour essayer de combattre cette peur qui l’animait.

Son attention se porta sur une odeur familière et particulièrement troublante qui venait de ses mains. Ses pupilles roses constatèrent sans étonnement que des taches du sang de ses victimes s’étaient incrustées entre les plis de ses petits doigts. L’organe qui faisait circuler son propre sang dans son organisme se mit à battre plus fortement, comme si elle ressentait alors un manque, de nouveau. Une perle coula le long de son front, elle déglutit, comme si sa gorge était aussi sèche que le désert de Kaze. Non, ce n’était pas le moment, non… L’esprit de la Sakki se retrouva alors en pleine confusion. Machinalement, Amiko quitta sa cachette et chercha un point d’eau où elle pourrait s’hydrater. Seulement, à chaque pas qu’elle faisait, des tremblements rendaient sa démarche bien plus instable. Tel un demi-cadavre, elle se rapprocha de la cuve de fortune réservée à la réception de la seule source aqueuse de cet endroit.

L’eau coula dans la gorge, la brûlait comme si elle n’était pas la bienvenue, comme si elle lui faisait comprendre que ce n’était pas ce qu’elle voulait. Grimaçant, elle recula de quelques pas et toussa frénétiquement. Ses mains chétives se posèrent contre sa poitrine qui se serrait, son regard s'emplit de larmes qu’elle refoulait depuis qu’elle avait vu ce couple mourir. Comment pouvait-on vivre dans une telle situation ? Comment allait-elle faire toute seule enfermée dans cette maison pour combattre cette soif qui lui procurait une intense satisfaction ?

Cependant, elle n’avait pas le temps de se poser une quelconque question qu’elle pouvait des voix de l’autre côté de la porte. Son visage se tourna brutalement vers l’endroit barricadé alors que son instinct la força à reculer. Comme à tout moment de crise, son esprit divaguait et pourtant, elle savait que quelqu’un était là. Etait-ce Fuyumi ? Non, ce n’était pas sa voix, conclut rapidement la manipulatrice du sang. Alors qu’elle courrait en direction de la pièce la plus éloignée de l’entrée - la chambre - un bruit assourdissant éveilla tous les voisins de l’appartement : ils étaient rentrés. La première chose qu’elle fit, fut de jeter un œil à ce qui venait détraquer sa tranquillité.

Son regard s'agrandit. La peur, l’incompréhension et la surprise défilaient dans l’esprit de l’ingénue qui recula doucement. Venant chercher le "colis", celle-ci comprenait alors qu’ils avaient réussi à la trouver grâce à l’influence qu’avait encore son clan. Mais grave erreur lorsqu'elle reconnut ces hommes qui recherchaient son amie et ils se rendaient compte qu'elle n'était pas là.

Dans un instant d’habitude, la brune chercha du regard sa tendre Fuyumi jusqu’à se rendre compte qu’elle avait quitté les lieux. Étaient-ils tombés sur elle lorsqu’elle avait quitté les lieux ? Le troupeau armé commença alors à battre des pieds, se lançant dans une course pour attraper l’enfant. Son instinct de survie s’éveilla, la poussant à battre en retraite. Prisonnière entre quatre murs, la seule possibilité pour elle était de passer par la fenêtre. Grâce à l’enseignement de son clan et maîtrisant déjà les bases chakratiques, la fillette concentra du chakra avant de foncer comme sa vie en dépendait dans la fenêtre. Elle se protégea le visage avec ses avant-bras, sentant sa peau se faire entailler de toute part, par les morceaux de verres détruits dans le choc, dessinant les traces de sa fuite. Sentant l’air frais sur cette même peau où le sang s’écoulait abondamment, elle ouvrit les yeux et usa de son agilité pour avoir un appui sur un mur.


« Rattrapez-la ! C'était la gamine qui était avec notre cible ! »

Entendit Amiko avant de commencer à longer l’immeuble de ses petites jambes. Il fallait qu’elle quitte cet endroit, il fallait qu’elle retrouve Fuyumi, mais elle n’avait aucune idée d’où elle se trouvait. En cet instant, un douloureux sentiment de solitude et les souvenirs qui y étaient liés revinrent à faire écho. Était-elle de nouveau seule et livrée à elle-même ? La fillette ravala ses larmes, se faisant force pour garder l’esprit clair et trouva un coin pour reprendre son souffle et trouver une idée. Elle en profita pour raccourcir la robe de la victime qui lui était trop grande, faisant apparaître une peau pure et blafarde, salie par les marques de son monstre de père.

Au sein de cette ruelle où peu de personnes passaient, elle serra les poings pour calmer ses tremblements. Pendant quelques instants, elle en avait presque oublié sa propre soif, mais elle revenait au galop.


« Elle est là ! Bloquez-la ! »

Entendit-elle en écho à sa gauche. Par simple logique, elle commença alors à détaler vers la droite jusqu’à tomber sur un autre groupe armé. Et au-dessus, elle pouvait voir des hommes prêts à la réceptionner. Elle était bloquée. Alors c’était ainsi que son destin était dessiné ? Après avoir réussi à fuir, après s’être laissée mourir, après avoir été sauvée et aimée pour la première fois de sa vie, elle allait simplement se faire attraper comme un petit chaton et sa proie, dans le seul but de potentiellement faire précieux sur Fuyumi ? ?

Durant un instant, elle chercha autour d’elle un moyen de mettre fin à ses jours. Oui, elle préférait finir en enfer que de causer davantage de problèmes à la jeune femme. Mais elle se souvint des mots de l’albinos, elle lui avait promis de revenir pour elle. Il fallait qu’elle se batte, il fallait qu’elle arrête d’avoir peur et qu’elle affronte ses démons. En attendant que sa sauveuse la retrouve. De son corps et sans bouger, elle fit apparaître des sortes de liane de sang qui vinrent frapper les armes qui la menaçaient. Elle savait qu’ils étaient trop nombreux et qu’elle ne pourrait pas les retenir, même en essayant de toutes ses forces. Alors dans un élan de désespoir, elle usa de sa voix, celle qu’elle contenait souvent, celle qui était brisée pour appeler sa rédemption, l’espoir de pouvoir vivre sereinement, de ne plus souffrir.


« Fuyumiiiiiiiiii ! »

Fit écho alors durant de longues secondes dans toute la rue et bien au-delà. Était-ce la fin ?



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Mer 9 Juin 2021 - 19:04
Les habitants de la petite place de Murashigure ne purent observer par leurs fênetres cette dernière qu’au bout de plusieurs longues minutes, lorsque le nuage de fumée qui l’avait recouverte se commença à se dissiper. Le spectacle qui s’offrit alors à leurs yeux en poussa alors la plupart à se réfugier dans leurs logements tant il démontrait un chaos impressionnant, même pour cette capitale du crime. Quelques bâtiments et de nombreuses échoppes brulaient toujours tandis que l’ensemble de la place baignait dans une marre de sang aux proportions démesurées. Les participants du conflit semblaient également avoir disparu que ce fussent la petite armée venue en découdre ou la jeune fille qui les opposait.

A quelques centaines de mètres de là, Fuyumi avançait sous la contrainte d’une dague derrière sa nuque. Les poignets liés et la bouche baillonée, elle semblait dans un état plutôt correct, malgré sa condition peu enviable, ne démontrant que de simples coupures le long de ses membres. Elle fut rapidement conduite au travers de la ville jusqu’à un petit entrepôt industriel. Le bâtiment visiblement délabré de l’extérieur se confondait parfaitement avec une série de lieux similaires désaffectés. En pénétrant à l’intérieur de celui-ci, elle y découvrit une décoration bien plus soignée, quelques torches éclairant les lieux avec difficulté pour éviter d’attirer le moindre soupçon en dehors. Au centre de la pièce principale se trouvait une grande table métallique sur laquelle deux hommes étaient assis. Devant les deux individus, un troisième, bien plus âgé, siégeait sur un fauteuil en cuir en observant le groupe arrivant. Finissant de parler au groupe autour de lui, il leur fit signe de s’écarter avant d’hausser la voix.

— Voici donc l’esclave qui nous a volé notre possession ! Malheureusement pour toi, je n’ai plus besoin de tes services pour la récupérer. Le Soleil Noir s’en est chargé pour nous, mais tu pourras les remercier en personne très bientôt, ils sont pressés de te revoir.

D’un geste de la main, il congédia alors aussitôt la jeune fille dont le baillon empêchait toute réponse. Elle fut alors aussitôt bousculée jusqu’à une salle annexe où deux gardes l’attachèrent à un tuyau traversant le mur de part en part.

Sans lutter contre ses ravisseurs, Fuyumi se laissa attacher docilement et les gardes se postèrent alors de chaque côté de la porte de la seule sortie, gardant leur attention sur elle. De l’autre côté du mur, la voix de celui qui semblait diriger les lieux se faisait toujours entendre, bien que largement diminuée.

— Préparez vous, la réputation du Soleil Noir ne me laisse rien présager de bon pour cette recontre et je ne veux pas prendre de risques inutiles. Si vous les voyez tenter quoi que ce soit, abattez-les, faites attention à Amiko tout de même.


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Mer 16 Juin 2021 - 8:55
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Été 194 – Murashigure

La voix de l’enfant chétive, effrayée et piégée fait écho dans toute la zone du quartier de Murashigure. Avec une telle détermination dans cet appel à l’aide, Amiko avait l’espoir immense de voir sa jeune amie intervenir pour la sauver de leur griffe. Mais rien ne vint, seulement des bras solides et résistants qui attrapèrent la fillette comme une vulgaire poupée de chiffon. Celle-ci essaya de se débattre de toutes ses forces, mais le coup derrière la tête qui vint, mit fin à toute chance de s’échapper.

Quelques minutes, qui semblaient être une éternité s’étaient déroulées. Les mouvements brusques réveillèrent la manipulatrice de sang qui gémit de douleur suite au coup porté à la tête.


« Amiko, te voici. Quel plaisir de te revoir. Bien, nous allons pouvoir enfin faire cet échange et enfin régler cette histoire qui nous fait perdre trop de temps, allez me chercher la petite esclave. »

« Lâchez-moi ! Vous n’avez pas le... »

Le claquement sur sa joue se fit sentir, tellement fort qu’il fit pivoter le visage innocent de la fillette sur le côté. Un filet de sang coula le long de sa lèvre.

« Tu vas te taire, sinon je te saigne jusqu’à ce que tu comprennes où est ta place ! »

Chef… N’oubliez pas qu’on doit la garder intacte, c’est... »

« Faites donc ! Vous n’imaginez pas la chandelle que vous me feriez ! Plutôt me faire vider comme un porc que de retourner là-bas ! »

Cracha la jeune Amiko de paroles bien violentes et profondes pour une si petite personne. Même pouvait se surprendre à trouver ces mots bien difficiles pour une vie si jeune, qui avait tout à vivre encore. La brune aux mèches de feu profita de ce moment de surprise pour tourner son visage vers la main qui maintenait son biceps gauche pour le mordre de toutes ses forces. Ses petites canines acérées approfondirent la blessure au point où l’hémoglobine chaude et fluide qui coulait dans ses veines vint arroser la peau blanchâtre de la gamine déterminée à se sortir d’ici. Mais pas sans Fuyumi. Un hurlement de douleur fit écho, et entre la surprise et la douleur engendrée, l’homme n’eut d’autres choix que de la lâcher, la faisant tomber à genoux. La petite fille en profita pour se faufiler à quatre pattes entre les jambes de celui-ci avant de prendre ses jambes à son cou. Son objectif était de retrouver sa précieuse amie qui était sûrement ici, d’après les dires de son ravisseur.

Etrangement, il n’y avait que les hommes de main de son clan qui cherchait à l’arrêter, qui étaient les autres hommes ? Que lui voulaient-ils ? Ils n’avaient clairement rien à voir avec les Sakki, et pourtant… Étaient-ils là pour cet échange ? Un flash fit son apparition dans son esprit alors, se souvenant du moment où les deux filles avaient fui leur lugubre cachette. “La Nuit” : c’était ainsi qu’ils s’étaient annoncés et leur accoutrement s’y coordonnait. Ils étaient là pour Fuyumi ? Cela signifiait qu’elle était ici aussi ? Était-ce cela l’échange ? Afin de faire comprendre qu’elle était là aussi, elle usa de sa voix pour faire vibrer les murs.


« Fuyumiiii ! Je suis làà ! »

A l’entente du prénom de la potentielle prisonnière, l’un des gardes réagit et tenta d’arrêter la Sakki qui esquivait les tentatives grâce à sa petite taille. L’endroit était suffisamment grand pour les faire courir à son bon vouloir. Par moments, elle faisait apparaître des flaques de sang pour les ralentir dans sa course, mais la fatigue commençait aussi à pointer le bout de son nez. Sa limite allait être atteinte, et elle ne savait toujours pas où était la blonde. Son attention se porta alors vers une porte gardée par deux hommes moins attentifs étant donné qu’ils suivaient du regard l’enfant. Elle tenta alors une course vers celle-ci, en espérant y trouver sa chère Fuyumi. Alors qu’elle était à quelques centimètres de la poignée, l’un d’eux l’attrapa autour de sa petite taille et la soulever comme une plume. Se débattant de toutes ses forces, elle tourna la tête pour lui cracher une légère nuée liquide de sang dans les yeux pour le contraindre à la lâcher. Celle-ci retrouva alors vite le sol et fonça avec détermination sur la porte.

Le regard de la Sakki s'éclaircit lorsqu’elle aperçut la silhouette attachée de Fuyumi. Le bonheur était tel qu’elle en perdit toute concentration sur ce qu’il se passait autour.


« Fuyu… ! »

Sans avoir le temps de pouvoir terminer son exclamation, un garde qui se trouvait dans la pièce l’attrapa, glissant sa main devant sa bouche. Il était beaucoup plus fort que le précédent et elle ne pouvait pas faire grand chose.

« Incapables de maintenir une gamine, pas besoin de s’étonner pourquoi le Soleil Noir est intervenu. Bien, nous allons pouvoir procéder à l’échange. »





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Sam 14 Mai 2022 - 1:39
La remarque du chef des mercenaires venait visiblement d’énerver le Sakki présidant son groupe. Jetant un regard noir à celui qui venait de le provoquer, il garda toutefois son calme avant de faire signe au garde présent devant la cellule improvisée. Ce dernier ressortit rapidement en poussant Fuyumi devant lui, maintenant ses liens et s’approchant du groupe. Le garde qui tenait fermement Amiko pour l’empêcher de bouger et de parler s’écarta alors doucement, mettant de la distance entre les deux prisonniers en s’approchant des mercenaires.

— Mais viens ici !
Scanda alors le chef des Sakki, on n’a pas fait tout ça pour leur rendre la gamine.

Observant la scène avec surprise, le mercenaire laissa sortir un rire moqueur, pointant du doigt le garde à ses hommes.

— Où est-ce que vous les trouvez vos hommes ? J’en reviens pas que vous ayez réussi à capturer Fuyumi avec ça !


Le Sakki leva alors la main en l’air, mettant immédiatement en alerte la moitié des personnes présentes dans le batiment. Le garde transportant la jeune femme s’arrêta aussitôt. La tension était palpable tandis que le chef finit par se lever de son fauteuil et s’approcha non sans être accompagné du mercenaire.

— Tu sais à qui tu t’addresses là ? Vous êtes six, dans notre territoire et les deux otages sont en ma possession. Tu ferais mieux de réfléchir avant d’utiliser ta langue.


Le petit sourire sur le visage du mercenaire s’élargit alors lorsqu’il entendit ce qui avait tout d’une menace. Il porta alors sa main au dessus du manche de son katana à la ceinture, invitant presque son interlocuteur à l’affrontement.

— Fais le malin et l’esclave meurt. C’est aussi simple que cela.

Comprenant l’indication, le garde aux côtés de Fuyumi sortit un kunaï qu’il plaça sous sa gorge.

— Je sais très bien à qui je m’addresse : à quelqu’un qui n’a pas compris que je n’ai pas besoin d’elle en vie.


Pendant qu’il parlait, le garde qui maintenait Amiko prononça alors quelques mots dans le creux de son oreille avant de relâcher grandement son emprise :

« Cache-toi derrière les caisses. »

Repoussant alors l’enfant dans la direction des caisses, il se mit à courir en direction du groupe de mercenaire. La scène se passant hors de son champ de vision, le géant ne remarqua rien et saisit son arme. Le chef des Sakki surprit par sa réponse et par la réaction de son propre garde n’eut pas le temps de réagir à temps face au coup de sabre arrivant brusquement dans sa direction. Le coup sanglant fut immédiatement suivi par un chaos général où chacun comprit que le moment de se battre était venu. Le premier à réagir fut le garde tenant Fuyumi qui trancha sa gorge sans la moindre hésitation. Alors qu’un petit nuage de fumée apparut, les techniques commencèrent à fuser à travers la pièce. Pendant plusieurs dizaines de secondes, le vacarme et la poussière provoqués par le combat empêchaient toute compréhension de la scène.

Soudainement, hors du conflit, une des fenêtres bordant le bâtiment se brisa pour laisser passer une ombre qui atterrit au milieu du conflit dans un bruit assourdissant. Quelques instants plus tard, les attaques s’interrompirent et la poussière retomba. Un grand mur de cristal séparait désormais les deux camps, déjà bien décimés. Le nouvel arrivant tenait le géant par la nuque, plaquant violemment le visage du mercenaire contre le mur au niveau de sa taille. Alors que deux des trois mercenaires restants semblaient tout d’abord vouloir venir en aide à leur chef, ils s’arrêtèrent aussitôt qu’ils reconnurent l’homme face à eux.

Le géant n’essayait pas de se dégager de la situation inconfortable dans laquelle il se trouvait, mais plaida tout de même pour sa défense.

— Qu’est-ce que vous faites patron ? On allait bientôt en finir ici !

Relâchant la nuque qu’il maintenait, l’arrivant recula d’un pas avant de donner un puissant coup de pied dans l’arrière de son crâne, l’encastrant à travers le cristal.

— Mais ferme ta gueule une fois dans ta putain de vie !

Répétant alors le coup qu’il venait de porter à plusieurs reprises jusqu’à ce que le corps qu’il frappait cessa de se débattre, l’homme retira le mercenaire du mur, le laissant tomber au sol.

— Je t’avais dit quoi la dernière fois ? Tu croyais que tu allais avoir une troisième chance ? Tu crois que j’en ai quelque chose à faire que tu gagnes un combat ? Contre des partenaires en plus ? Il te suffisait de ne pas l’ouvrir et effectuer l’échange, mais non, c’est trop difficile pour toi. Je t’apprécie Taiyô, mais tu ne me laisses plus le choix.

Alors qu’il saissisait le sabre du mercenaire pour assemer un coup de grâce, l’un des trois mercenaires restants se mit alors à agir. Tranchant la gorge de ses deux collègues sans leur laisser le temps de réagir, il sauta alors en avant avant de prendre l’apparence de Fuyumi en plein vol. Lorsque le véritable chef des mercenaires entendit les corps de ses hommes tomber au sol et qu’il commença à se retourner, c’était déjà trop tard. La jeune femme dévoilée atterrit alors sur le dos de sa cible et saisissant son crâne à deux mains, brisa sa nuque d’un mouvement dénué de la moindre hésitation.

Retombant alors au sol, elle s’approcha alors du mur qui lui faisait face derrière lequel se trouvait encore une poignée de Sakki estomaqués.

— Vous voulez que je joue avec vous aussi ?
Demanda la jeune femme en dessinant un point d’interrogation sur le mur avec le sang qui en coulait encore.

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